Burundi: assassinat du leader d'opposition Zedi Feruzi

Zedi Feruzi, le leader de l'Union pour la paix et la démocratie (UPD), un petit parti de l'opposition burundaise, a été abattu avec son garde du corps ce samedi 23 mai dans la soirée à Bujumbura par des inconnus. C'est la première fois, depuis le début de la crise qui secoue le Burundi depuis quatre semaines qu'un leader d'opposition est assassiné. Les auteurs du crime ne sont pas encore identifiés mais le pouvoir est déjà montré du doigt malgré les dénégations de celui-ci.



Zedi Feruzi, président de de l'UPD, photographié à son bureau de Bujumbura le 13 janvier dernier. RFI / Charlotte Cosset
Zedi Feruzi, président de de l'UPD, photographié à son bureau de Bujumbura le 13 janvier dernier. RFI / Charlotte Cosset

Zedi Feruzi, le président de l'Union pour la paix et la démocratie (UPD), a été assassiné alors qu'il rentrait chez lui dans le quartier de Ngagara, vers 19h à Bujumbura. Il était accompagné de trois policiers qui lui servaient de gardes du corps. Peu après l'incident, son corps ensanglanté et celui d'un policier garde du corps gisaient devant son domicile.

Le leader de l'UPD circulait apparemment à pied quand il a été attaqué. Il s'est arrêté pour discuter avec un collègue journaliste burundais qu'il venait de rencontrer. Un voisin qui n'a pas assisté à la scène, mais qui était à proximité au moment de l'incident raconte : « Nous avons entendu une vingtaine de coups de feu, tout le monde a plongé par terre, des gens ont vu une voiture Toyota s'enfuir précipitamment », a-t-il témoigné.

Les passagers ont tiré à la kalachnikov à bout portant. Le président du parti UPD est tombé touché à la tête et à la poitrine. Un de ses gardes du corps a également été tué alors que le journaliste et un autre garde du corps ont été blessés. Le journaliste de la radio Bonesha FM qui a survécu affirme avoir vu les assaillants qui portaient la tenue de la garde présidentielle. Le responsable de la communication de la présidence affirme qu'il sagit d'une manoeuvre destinée à brouiller les pistes et à faire acccuser le gouvernement.

 

 
Ils portaient des tenues policières, la tenue que les gens de la garde présidentielle porte
Jeab-Baptiste BirehaJournaliste blessés et témoin de la scène24/05/2015 - par Esdras NdikumanaÉcouter

 

Des témoins qui étaient assis à moins de 10 mètres du groupe assurent qu'ils n'ont rien vu. D'autres ont directement accusé le pouvoir burundais d'être derrière l'assassinat de ce leader opposé à un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza. Petit parti d'opposition, l'UPD s'est un moment divisé, une faction se rapprochant du parti au pouvoir CNDD-FDD. Mais l'UPD était retourné récemment dans l'opposition.

De son côté, le chargé de la communication de la présidence s'est rendu sur place cette nuit. Il a condamné cet assassinat et a demandé une enquête. Dans un communiqué, la présidence exhorte la population « au calme et à la sérénité ». Elle affirme aussi réitérer « son engagement à tout mettre en œuvre pour la sécurité des citoyens et des étrangers vivant sur tout le territoire burundais ».

Réactions des anti-troisième mandat

Ce soir dans le quartier de Ngagara, on est loin de la trêve de deux jours décrétée par le collectif contre le troisième mandat de Nkurunziza. Les barricades ont réapparu et de jeunes manifestants encore sous le choc se préparent à combattre la police burundaise accusée de tous les maux. Dans un communiqué, le comité anti-troisième mandat s'est dit consterné de l'assassinat de « l'un des leaders du Mouvement Arusha contre le troisième mandat. » Il précise aussi suspendre sa participation au dialogue initié par la mission des Nations unies au Burundi entre le Gouvernement du Burundi et les différents acteurs socio-politiques.

Charles Nditije, l'un des leaders de la coalition des indépendants de l'espoir accuse le pouvoir d'avoir commis un assassinat politique : « Depuis quelque temps, on était au courant que le CNDD-FDD avait planifié d’assassiner tous les opposants au 3e mandat du président Nkurunziza, à commencer par les manifestants. Il y avait des listes qui étaient dressées pour les leaders de l’opposition, de la société civile et même des médias. La plupart d’ailleurs d’entre eux sont en exil. Aujourd’hui, c’est chose faite. On vient d’assassiner un des présidents d’un parti de l’opposition. » Et s'il ne possède pas de preuve à ses affirmation, Charles Nditije reste convaincu : « Cela ressemble étrangement aux pratiques que nous connaissons de la part CNDD-FDD. Ces informations ont les avaient de longue date. Il est assassiné pour des raisons politiques cela ne fait pas l’ombre d’un doute. »

Maître Dieudonné Bashirahishize avocat et activiste de la société civile regrette lui la perte d’un « vrai patriote » et dénonce un assassinat fomenté par ceux qui veulent faire taire les voix dissonantes : « C’est vraiment désolant de constater que dans un pays quelqu’un puisse être assassiné simplement parce qu’il a des idées qui ne pourraient pas plaire à tel ou à tel autre. On était ensemble mardi de la semaine passée à Musaga. On s’était joint à la population dans une marche à l’issue de laquelle il avait prononcé un discours rassembleur, un discours de vrai patriote. Donc ce soir le pays perd un vrai patriote. Pour ceux qui croient que la terreur, le terrorisme peuvent vaincre la vérité, je pense qu’ils se trompent énormément. C’est pourquoi nous profitons de cette occasion pour lancer un appel vibrant à tous les Burundais, à la communauté internationale, à être vigilant pour que finalement cette bande qui terrorise ce pays puisse être défaite. Sinon ce sont toutes les personnes qui contestent, qui sont dans la rue qui finiront par être complètement décimées. »

Et de rajouter : « Zedi Feruzi était très impliqué dans ce mouvement de contestation contre le troisième mandat. Au moment où il savait qu’il était menacé de mort, il avait pris le risque de se joindre aux autres pour leur demander de vaincre la peur, pour leur demander de rester uni, pour leur demander de ne pas retourner en arrière dans les basses idées divisionnistes. En assassinant un politicien de poigne comme lui, ils ont voulu d’une part intimider les autres acteurs politiques et de la société civile qui refusent son mandat illégal, qui refusent d’enterrer les accords d’Arusha. Je vois dans cet acte d’assassinat ignoble une tentative de faire taire à jamais toute voix dissonante. »

Vendredi soir, le 22 mai, trois personnes avaient été tuées et plusieurs dizaines blesséesdans une attaque à la grenade  en plein centre de la capitale.

 

Ecoutez le reportage de notre envoyé spécial qui s'est rendu sur les lieux peu de temps après l'assassinat24/05/2015 - par David ThomsonÉcouter

 

CHRONOLOGIE ET CHIFFRES CLÉS

BBC Afrique

Dimanche 24 Mai 2015 - 07:57



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