COP21: le dérèglement climatique fait le jeu du terrorisme

Le réchauffement climatique est de plus en plus cité comme cause favorisant le terrorisme, en plus du recours aux énergies fossiles, sources de financement de Daech notamment. Plusieurs études vont dans ce sens et les états-majors de plusieurs pays ont déjà intégré le climat dans leurs stratégies de défense.



« Le réchauffement annonce des conflits comme la nuée porte l’orage ». La phrase date d’hier et elle a été prononcée devant 150 chefs d’Etat par François Hollande lors de son discours d’ouverture de la COP21 au Bourget. Quelques minutes plus tard, la journaliste et activiste canadienne Naomi Klein, également présente à la COP21, mettait les dirigeants du monde devant leurs responsabilités en affirmant : « il ne faut pas choisir entre le terrorisme et le climat ».
Terrorisme, climat, les deux mots juxtaposés résonnent d’un écho particulier dans la capitale de la France où se tient jusqu’au 11 décembre une conférence cruciale dans la lutte contre le réchauffement de la planète et où ont été commis, le 13 novembre, les pires attentats jamais perpétrés sur le sol français en une seule journée.

En réalité, plusieurs rapports récents l’ont souligné : le dérèglement climatique représente un danger direct pour la paix car il crée des déséquilibres politiques qui favorisent l’émergence de groupes terroristes. L’exemple le plus souvent repris est celui de la Syrie, ce pays en décomposition où sont allés s’entrainer les auteurs des attentats du vendredi 13, tous formés par Daech, cette organisation qui a pris possession d’une partie des territoires syriens et irakiens. 

L’Académie américaine des Sciences, mais elle n’est pas la seule, a conclu dans un récent rapport que le réchauffement climatique avait contribué à la crise syrienne en aggravant la sécheresse qui sévissait dans le pays.

Entre 2006 et 2011, 1,5 million de Syriens ont ainsi été forcés de migrer des zones rurales où ils étaient implantés depuis des générations vers des villes où rien n’était prêt pour les recevoir. Loin d’entrainer la chute du régime de Bachar el-Assad que certains, particulièrement à l’Ouest, espéraient, cette situation explosive n’a fait que déboucher sur une guerre civile qui dure maintenant depuis près de cinq ans, poussant des millions d’autres Syriens vers l’exil et participant à l’émergence du groupe Etat islamique, Daech.
Comme le font remarquer les experts américains, mises côte à côte, la carte des territoires où a sévi la sécheresse et celle où Daech s’est implanté sont pratiquement identiques. Bernie Sanders, l’adversaire d’Hillary Clinton pour l’investiture démocrate à la présidentielle américaine de 2016 l’a réaffirmé lui-même lors du débat télévisé du 15 novembre dernier : « le dérèglement climatique est directement lié à l’expansion du terrorisme».

 Le sénateur du Vermont s’appuyait sur des rapports de la CIA et du Pentagone, le ministère de la Défense.
Directement concerné, le Pentagone qualifie d’ailleurs désormais le réchauffement climatique de « menace immédiate ». Bien au-delà de la Syrie, les militaires américains s’inquiètent en effet de la menace que fait peser la lente montée des eaux sur les troupes US stationnées à l’étranger car de nombreuses bases US sont implantées en bord de mer. Si ces troupes étaient contraintes de déménager, les Etats-Unis et leurs alliés s’en trouveraient affaiblis. C’est bien la raison pour laquelle Barack Obama a récemment reconnu que le changement climatique était « l’une des principales menaces stratégiques » qui pesaient sur son pays. L’Armée française aussi a intégré cette donnée nouvelle, exposée par la sénatrice EELV Leila Aïchi dans son Livre Vert de la Défense qui consacre au phénomène un chapitre intitulé «

Le changement climatique : une donnée stratégique pour la défense ». La sénatrice souligne entre autres que le dérèglement climatique, «
accroîtra la vulnérabilité des sociétés aux tensions hydriques et nourricières et exacerbera les tensions existantes ». Cette donnée est à prendre doublement en compte quand on sait que le Tchad, le Niger, la RD Congo et la Centrafrique, autant de pays situés dans la zone d’influence de la France en Afrique, sont parmi les plus exposés au dérèglement sur le court terme.
 
En arrière-plan des récents conflits en Irak, en Libye, en Syrie, il y a toujours évidemment la question des énergies fossiles. Tous les écologistes le disent : diminuer sa consommation, et être plus sélectif dans ses achats de pétrole et de gaz, réduirait forcément les chances de guerre et la menace terroriste.  Mais l’impact du dérèglement se fait aussi sentir ailleurs : l’assèchement du lac Tchad est par exemple associé à la montée en puissance de Boko Haram dans cette région. Et en Somalie, les pirates d’aujourd’hui sont les pêcheurs d’hier, appauvris par la raréfaction de poissons, une raréfaction due pour une bonne part à l’acidification des océans.
 
Une autre région enfin préoccupe particulièrement les scientifiques : le sud-est asiatique, la zone la plus densément peuplée du monde. « On peut se demander si le Bengladesh (168 millions d’habitants ndlr) ou l’Indonésie (252 millions d’habitants ndlr), majoritairement musulmans, deviendront à leur tour un terreau fertile pour la radicalisation » s’inquiétait récemment François Gemenne, chercheur à Sciences Po Paris dans une interview accordée à L’Express. Comme le rappelait encore Naomi Klein lundi au Bourget « Les causes du changement climatique et celles des guerres sont, en fait, les mêmes ».
 

 

Dior Niang

Mercredi 2 Décembre 2015 - 09:54



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