CREI : l’archétype d’une justice au service d’un holocauste politique Les trois mots de Montesquieu qui confortent le combat contre la CREI



CREI : l’archétype d’une justice au service d’un holocauste politique Les trois mots de Montesquieu qui confortent le combat contre la CREI
Fiction : « Nous sommes en Décembre 2010, le Président Wade réactive la loi et la cour sur l’enrichissement illicite et envoie en prison beaucoup d’opposants, y compris Macky Sall. Le peuple sénégalais répond à l’appel des médias et de la société civile, descend massivement dans la rue pour contester la loi et la cour. La communauté internationale se mobilise aux côtés des Sénégalais. Ou bien notre pays bascule dans une crise rendant impossible la tenue d’élections présidentielles ; ou bien une infinité de scenarii débouchant tous sur autre chose que sur l’élection du Président Macky Sall. Où en serions-nous aujourd’hui ? Tous ceux qui s’abstiennent de critiquer la CREI et sa démarche sélective auraient-ils la même posture ? ». Voilà tous le sens et toute la portée du premier mot de Montesquieu « pour qu'un homme soit au-dessus de l'humanité, il en coûte trop cher à tous les autres.

L’absurde devient SENS : La CREI est créée au lendemain de l’avènement de Macky Sall au pourvoir, mais ses investigations sont exclusivement orientées vers les leadeurs du PDS parce qu’ils font montre d’une richesse anormalement insolente au regard de la misère quotidienne du peuple. Au même moment ceux qui sont au pouvoir sont prémunis de toute forme d’enquête concernant leur patrimoine. Nous n’accorderons aucune espèce d’importance à l’argument selon lequel il revenait à Wade de faire ce travail, car notre conviction est que si vraiment Macky est dispensé de faire tout ce que Wade n’a pas fait, il ne fera rien du tout et ce, non pas parce que Wade n’a rien fait, mais parce qu’il y a toujours quelque chose à faire quelque soit ce qu’on fait. Par contre l’argument consistant à dire que les libéraux sont coupables parce que « tout le monde le dit ou le sait » pourrait nous intéresser. En effet, un tel argument ne prouve rien d’autre qu’on est dans la dynamique d’une tautologie juridico-politique : cela veut dire que c’est parce qu’on sait qu’ils sont coupables (et que leurs adversaires sont innocents) qu’on les traque exclusivement et qu’on les somme de justifier leur richesse (c’est-à-dire de montrer qu’ils ne sont pas coupables). Donc ils sont dans tous las cas coupables avant même que la justice ne soit saisie de leur affaire ! Voilà donc une entreprise aussi saugrenue que celle consistant à démontrer qu’un triangle a trois angles.

Leçon de morale : Tout cela veut dire que la Justice n’est qu’un affiquet ou un alibi de la conviction des individus. Ils sont alors interdits de mouvement sur la seule base de cette conviction « populaire » ou d’une certitude d’une élite constituée de politiques et de « société civile. Or,
- Au même moment la scène politique sénégalaise est remplie de personnes riches comme crésus jouissant d’une présomption d’innocence qui leur permet d’ores et déjà d’effacer toute trace illicite de leur richesse et on promet aux libéraux d’être équitable !
-Au même moment un ex libéral devenu Président déclare une fortune qui émeut touts les hommes épris de justice et d’éthique authentique : mais lui c’est le Président, on ne peut pas… Et alors ?

Quand la justice devient de la casuistique : Nous sommes dès lors dans l’univers de la casuistique, or c’est justement pour éviter que les problèmes de la communauté fassent l’objet d’un traitement au cas par cas qu’on a créé le droit positif pour suppléer (voire se substituer à) la morale. Et même si on restait dans le cadre de la morale stricte, les agissements autour de la CREI ne sauraient être légitimés. Car là également le précepte kantien est clair : « agis de telle sorte que tu puisses vouloir que la maxime de ton action devienne une loi universelle ». Par cet impératif, le sage de Königsberg s’adresse aujourd’hui à Macky Sall, à Ousmane à Tanor Dieng, à Idrissa Seck, à Moustapha Niass, à Landing Savané, etc : ils sont tous riches et pourtant personne ne leur connaissait une quelconque richesse avant qu’ils exerçassent des responsabilités étatiques. Dans leur propre introspection et devant Dieu, ils ne pourront occulter l’évidence que cette loi ne laisse aucune chance à ses victimes et que leur liberté actuelle n’est due qu’à l’arbitraire d’une justice qui a délibérément enlevé de ses yeux le bandeau symbolique de son impartialité. Cette loi et cette cour sont contraires à la philosophie fécondatrice des droits de l’Homme ; et la manière dont elle est mise en œuvre est tout aussi antinomique à cette philosophie et même au bon sens.

Une loi peut être injuste : Les défenseurs de l’État sénégalais dans sa dynamique liberticide ont cependant poussé la témérité jusqu’à arguer qu’il faut laisser la justice faire son travail et que ceux qui n’ont rien à se reprocher n’ont pas à se plaindre. Il faut remarquer le manque d’esprit qui sous-tend une telle argutie, car le combat pour les droits de l’Homme et pour la vérité est, par principe, anonyme, impersonnel et inconditionnel. Il ne faut jamais perdre de vue que dès lors que les principes sont assujettis à des contingences, ils ne sont plus des principes. Et Montesquieu leur rappela alors qu’« une chose n’est pas juste parce qu’elle est loi ; mais elle doit être loi parce qu’elle est juste ». Si le fait d’être institué en loi suffisait pour légitimer tout acte, aucune loi ne serait abrogée et on en serait encore à la monarchie absolue, à l’Apartheid, etc. C’est sous ce rapport précis que tout mouvement de contestation contre la CREI est à la fois légitime et nécessaire, car nul n’a le droit de s’aliéner de sa propre nature humaine. La mauvaise foi et l’ignorance ont amené certains hommes politiques à dire que Wade avait tout le loisir d’abroger la loi sur l’enrichissement illicite. Ils ne voient pas dans tous les codes du monde il y a des lois qui tombent en désuétude d’elles-mêmes. En France la loi (un texte du 26 brumaire de l'an IX, le 17 novembre 1799) qui stipule que le port du pantalon par la jeune fille parisienne est assorti de l’autorisation préalable du préfet ou de l’officier de police n’est pas abrogée : y a-t-il un homme d’État français assez loufoque pour brandir cette loi contre les jeunes filles d’aujourd’hui ? Le caractère anticonstitutionnel de l’arrêté du 26 brumaire est effarant et pourtant personne n’a jamais reproché aux différents gouvernements et parlementaires français de ne pas l’avoir abrogée. Bref, je ne vois aucun homme vraiment affranchi des pesanteurs de l’émotion et de l’intérêt conjoncturel défendre la loi et la cour sur l’enrichissement illicite. C’est curieux d’ailleurs de constater que ceux qui soutiennent une telle argutie sont précisément ceux qui étaient prompts à insulter et à menacer les membres du  conseil constitutionnel il n’y a guère longtemps. Ces Sénégalais ont donc le droit de contester les décisions du conseil constitutionnel là où les autres n’ont pas le droit n’ont pas le droit de se plaindre devant une juridiction non seulement inférieure, mais aussi d’exception ! L’argument paradigmatique est que ce que le peuple veut, Dieu le veut, or le peuple exige, sous forme de demande sociale que les libéraux soient astreints à une « reddition des comptes » sans complaisance. Voilà comment, par un manichéisme primaire, on divise le peuple pour mieux l’asservir, voilà comment on a réussi à anéantir les droits inaliénables de la personne humaine ou à les circonscrire à des contingences purement artificielles.

La longue marche de la supercherie démocratique : Ils ont d’abord réussi à créer « le peuple des assises », ils ont ensuite décréter que la CREI est la matérialisation d’une demande populaire, ils ont en outre désigné aux peuple ses ennemis. La bonne gouvernance n’est pas un simple mot d’ordre, c’est une culture et une pratique qui découlent d’une loi immuable de la raison. Il est facile de proclamer des credo du genre « gestions sobre et vertueuse », « la patrie avant le parti », mais les faits montrent que le pouvoir politique n’est guère un monastère ; loin de là, le pouvoir est un lieu de délices et délires bruyants (parce qu’on y a souvent l’impression que plus on parle plus on est beau, juste, véridique,… L’on se rappellera le feu d’artifice sur la corniche à l’occasion des fêtes de fin d’année : ce fut vraiment un symbole fort de la gouvernance sobre et vertueuse. On se rappellera également tout ce qui s’est passé depuis en termes de nomination et dépenses superflues : on aura une idée juste de l’ampleur de la mauvaise foi des hommes politiques. Au regard de toutes ces considérations nous pensons qu’il est nécessaire de conclure par le très sobre Montesquieu qui souffle dans nos oreilles qu’« il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice ». Hitler avait ses lois, Mobutu aussi ; quand Mandela a été jugé et envoyé en prison, c’était au nom et sous le prétexte d’une loi et d’une justice sud-africaine réputée être libre ; quand certains de nos ancêtre furent injustement condamnés, exilés et assassinés par les colons c’était également sous le régime d’une loi. On voit donc que toutes les forfaitures de l’humanité ont été commises sous l’autorité et la bénédiction de quelque loi. Pour cela nous disons à tous les opprimés : « résistez  et vous aurez à vos côtés tous les hommes épris de justice ; faites profil bas et cela n’ébranlera nullement notre détermination à vous défendre pour la seule raison que chacun d’entre vous porte l’humanité en lui ».
 
Alassane K. KITANE, professeur au lycée Serigne Ahmadou Ndack Seck de Thiès.
Site: Kitane.unblog.fr  
 

Alassane K. KITANE, professeur au lycée Serigne Ahmadou Ndack Seck de Thiès

Mercredi 7 Mai 2014 - 20:45



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