Centenaire de la naissance d’Albert Camus : rappel de sa leçon sur la déontologie du journalisme

2013 est l'année du centenaire de la naissance d'Albert Camus. Reconnu et honoré pour son œuvre littéraire, il fut également un brillant journaliste. Peu séduit à ses débuts par le métier, son regard sur la presse s'est peu à peu aiguisé à coups de reportages et d'éditos. Il finira même par en extraire un salut, un espoir, une éthique.



Centenaire de la naissance d’Albert Camus : rappel de sa leçon sur la déontologie du journalisme
Dans le 'Dictionnaire Albert Camus ', Jeanyves Guérin  l'affirme, ''la littérature était sa vocation première : c'est par nécessité que Camus  est devenu journaliste professionnel''. C'est donc comme simple gagne-pain que l'auteur envisage d'abord le métier. Des premiers pas peu convaincants, puisqu'il avouera à Jean Grenier que ''ce métier est décevant''. Mais rapidement, ses comptes rendus de procès et ses reportages en Kabylie pour L'Alger républicain transforment son sentiment. En observant ses lecteurs, il comprend que ses articles peuvent agir sur l'opinion publique. Si elles restent finalement anecdotiques, ses participations éditoriales au sein des journaux n'en sont que plus importantes. A chaque titre, Camus change de poste, révélant toujours un professionnalisme hors du commun. Reporter à L'Alger républicain de 1938 à 1939 puis éditorialiste au Soir républicain, il devient rédacteur en chef à Combat de 1944 à 1947 – y signant ses plus célèbres éditoriaux – avant de terminer son parcours journalistique par un poste de pigiste à L'Express de 1955 à 1956. Au regard de cette carrière, il s'avouera heureux d'avoir fait ''le plus beau métier du monde''. (1) Entre objectivité et analyse, ses articles sont devenus des références. Albert Camus a mis au point une déontologie du journalisme, aujourd'hui encore étudiée dans les écoles.
 
Vérification des faits
 
Dès ses débuts dans le métier, Albert Camus pose en priorité la question des sources. Les enquêtes sur le terrain, fondamentales, permettent une véritable observation des événements. Aller voir est la première chose à faire. Ensuite, il est nécessaire de vérifier les diverses perspectives possibles, en donnant la parole à tous. Il n'est pas question d'éluder le point de vue de l'adversaire, mais au contraire de l'entendre et de l'analyser. Le jeune journaliste prône une équité inviolable. ''Quand il est question de discours, explique Jeanyves Guérin, ''l'honnêteté'' et le ''bon sens'' exigent qu'ils ne soient pas tronqués, que les citations ne soient pas tirées de leur contexte.'' La vérité est au cœur du débat, et pour l'atteindre, le journaliste doit ''privilégier l'effort d'exactitude'' et ''la recherche des nuances''. Pour chaque information parue dans Le Soir républicain, par exemple, l'éthique camusienne entend rendre public son caractère exact : est-elle officielle, officieuse, non contrôlée, réservée ? Sans cesse la vigilance est de rigueur. Le journaliste ne doit pas tomber dans la facilité pour aller vite.
 
Objectivité engagée

Idéalement, ''Un journaliste est un homme qui, d'abord, est censé avoir des idées ; ensuite un homme chargé de renseigner le public sur les événements de la veille. Un ''historien au jour le jour'' dont le premier souci est la vérité'' (2), affirme-t-il. Pour atteindre cette vérité, l'objectivité est de mise, essentielle. Le mot résonne dans tous les écrits du journaliste. Mais paradoxalement, pour Camus, il ne rime pas avec neutralité. En fait, ''Le goût de la vérité n'empêche pas la prise de parti'', affirme-t-il.(3) C'est à partir de données concrètes et d'informations scrupuleusement exactes que le journaliste peut se permettre d'avancer son point de vue. Non pour se faire entendre personnellement, mais pour ce qu'il juge être dans l'intérêt général. Le journalisme est la voix de l'humanité. Mais dans cette quête, la liberté d'expression est essentielle, et les pressions financières ou politiques n'ont pas à interférer dans la production des journaux. Albert Camus s'est toujours battu contre la censure, comme au Soir républicain en 1939. Pendant la guerre, ce combat s'intensifie. Le journaliste est d'une fermeté implacable : ''Nous acceptons librement la censure militaire sur les nouvelles pouvant servir à l'ennemi. Nous n'acceptons à aucun moment la censure politique.''
 
Source : Evene


Vendredi 25 Octobre 2013 - 17:56



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