Changement climatique : les Africains doivent-ils payer pour les autres ?

« Pourquoi chaque fois que l’on parle de financer la lutte contre le changement climatique, l’Afrique est toujours perçue comme une demandeuse d’aumône ? » Lorsque Carlos Lopes lance cette question, il a bien conscience qu’elle va provoquer un déluge de réactions passionnées. Le secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, s’exprimait dans le cadre d’un débat sur la question, à l’occasion des assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) qui se tiennent depuis le 25 mai, à Abidjan, en Côte d’Ivoire.



Selon le Global Carbon Project, la Chine et les Etats-Unis ont représenté, en 2013, 42 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Avec moins d’une tonne de CO2 par habitant, l’Afrique est le continent qui émet le moins de dioxyde de carbone. Une facture salée qu’il faut bien payer, reconnaît le Bissau-Guinéen Carlos Lopes, spécialiste en économie du développement. Le Fonds vert pour le climat, lancé officiellement en 2011, prévoit de lever 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour financer la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre et développer des énergies propres. « Mais tout le monde ne peut pas faire le même type de concessions, les Africains ne peuvent pas assumer la responsabilité morale du changement climatique au-delà de leur propre part », ajoute-t-il, s’attirant l’approbation d’une bonne partie de l’auditoire.

Pour Trevor Manuel, l’une des solutions, c’est le prix du carbone. « On ne peut pas indéfiniment reporter cette question. C’est comme si nous avions peur de donner un coût au carbone. Nos gouvernements doivent s’impliquer davantage sur ce point et parler d’une même voix », explique l’ancien ministre sud-africain des finances, 59 ans, aujourd’hui reconverti dans la banque privée. Des propos qui font bondir une dame dans l’assistance venue nombreuse dans la salle du palais de congrès de l’hôtel Ivoire. Le micro tenu fermement, elle lance : « S’il y a quelque chose que la population africaine aura du mal à comprendre, c’est si elle doit payer quoi que ce soit, alors que dans l’ensemble elle reste pauvre et qu’elle n’est pas la principale responsable du changement climatique. »

L’Afrique doit s’imposer et non plus subir

C’est alors qu’intervient un autre panéliste. Makhtar Diople vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique depuis mai 2012. « Parce que nous subissons le plus les effets des changements climatiques, nous devons être le plus ingénieux possible. Dans le cadre des négociations pour la conférence sur le climat de Paris, l’Afrique doit imposer un ordre du jour et non en subir un », souligne Makhtar Diop, qui en profite ensuite pour détailler le rôle que peuvent jouer les institutions financières. Inciter le secteur privé à investir dans les énergies propres et intégrer systématiquement un volet développement durable dans toutes les opérations.

Et Trevor Manuel de rappeler une évidence : « Il est impossible de séparer les impératifs de développement des questions de lutte contre les changements climatiques. » Pour lui, il faut d’abord définir un agenda collectif des pays africains en matière de développement. « Que pouvons-nous mettre en place pour améliorer la vie des populations ? C’est à partir de là que le continent pourra mieux peser sur les négociations pour la Cop 21 », s’explique-t-il en évoquant l’échéance de la conférence sur le financement du développement prévue à Addis Abeba, en Ethiopie, en juillet prochain.

« Avant de parler de financement, il faut d’abord comprendre ce qu’on entend par changement climatique. En réalité, beaucoup ne comprennent pas toujours de quoi on parle. Pourquoi ne pas commencer par l’information et la sensibilisation, en particulier dans les zones rurales », intervient une personne dans la salle qui se présente comme géologue au Liberia. Pour lui,« c’est une démarche primordiale, sinon il est impossible de savoir ce qu’il faut financer et pourquoi il faut le faire ».


LEMONDE.FR

Mercredi 27 Mai 2015 - 14:54



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