Climat tendu pour la venue de José Manuel Barroso à Lampedusa

La macabre mission se poursuit au large de Lampedusa, cette île de la Méditerranée, au large de la Sicile, tristement célèbre pour ses drames liés à l’immigration illégale. Le dernier en date, jeudi 3 octobre, laisse un bilan toujours provisoire de 289 morts, dont une majorité de passagers venus d'Erythrée. Tandis que les recherches sous-marines continuent, l’île accueille, ce mercredi 9 octobre, une délégation européenne emmenée par le président de la Commission José Manuel Barroso, mais aussi le président du Conseil italien Enrico Letta.



Climat tendu pour la venue de José Manuel Barroso à Lampedusa

A Lampedusa, pour les élections nationales, les candidats ne font quasiment jamais le déplacement. Et en quelques jours, l’île a vu plus de ministres que pendant des années. Cette nouvelle visite est bien perçue comme un geste de reconnaissance face à la gravité de la situation.
 

Mais la mobilisation générale, internationale, autour de Lampedusa laisse les habitants pour le moins sceptiques même si la maire de l’île, Giusi Nicolini, et la présidente de la Chambre des députés, Laura Boldrini, l’avaient dit, chacune à leur façon, il y a quelques jours : il faut venir à Lampedusa pour comprendre la gravité, l’absurdité de la situation.
 

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Sous les huées

Au minimum, José Manuel Barroso se rendra compte aujourd’hui du dénuement dans lequel se trouve l’île. Le président de la Commission européenne et le chef du gouvernement italien Enrico Letta ont d'ailleurs été accueillis sous les huées à leur arrivée. En outre, il est loin d’être certain que les berlines, les convois officiels et les camions de police circulent très facilement sur les petites routes.

Les manifestants ont continué à crier leur colère au passage de l'escorte officielle - dans laquelle figuraient également la commissaire chargée des Affaires intérieures, Cecilia Malmström, et le vice-premier ministre et ministre de l'Intérieur italien Angelino Alfano- vers le petit port.

Là, les personnalités devaient se recueillir devant les corps de 289 migrants, en majorité érythréens, repêchés en mer et alignés dans un hangar, après le naufrage de jeudi dernier qui a fait entre 300 et 390 morts. Sur l'île de moins de 6 000 habitants, la tension est à fleur de peau, alors que les immigrés clandestins sont parqués dans un centre d'accueil surpeuplé.

Stratégie

Si le président de la Commission européenne se rend sur place à Lampedusa, c’est que l’Europe réfléchit à une nouvelle stratégie migratoire. Les ministres européens de l’Intérieur ont commencé hier à se concerter lors d’une réunion à Luxembourg.

Mais cette réunion n’a guère fourni de résultats tangibles, si ce n'est l’annonce du renforcement du dispositif Frontex, l’agence de surveillance des frontières. Face à cette tragédie de Lampedusa, l'UE va fournir une aide à l'Italie mais pour le moment, le président de la Commission n'a pas donné de précisions sur la nature de cette assistance.

En France, le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, s'est exprimé sur le sujet : « C'est toute la stratégie qui doit être revue, a-t-il affirmé. Je ne parle pas de Frontex. C'est la stratégie de l'Union européenne avec les pays tiers, les pays de la rive sud de la méditerranée. Ensuite, il y a la question des moyens et de comment on intervient au large des côtes des pays cocnernés par les départs de migrants : la lutte contre l’immigration clandestine et les réseaux bien sûr, le soutien à des pays comme la Libye et aux pays tiers, mais aussi évidemment des moyens nouveaux qu’il faut affecter. Prise de conscience oui donc, volonté de doter l’Union de moyens nouveaux pour faire face à cette situation bien sûr. Nous, nous espérons que de ce drame, de ces débats, sortiront un certain nombre de positions concrètes qui montrent la volonté de l’Europe de s’attaquer à cette question. »
 

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Scepticisme

Personne n’y croit vraiment. Même si aujourd’hui, les responsables locaux feront bonne figure. Il n’y a rien de très nouveau dans tout cela pour les Italiens, les accords avec la Libye existent même si évidemment les choses là-bas sont bouleversées. Les liens avec la Tunisie sont forts. Quant au renforcement de Frontex, les Italiens souhaitent évidemment plus de moyens en matière de surveillance.

Mais là, on soigne le symptôme et pas les causes. Qu’il s’agisse des racines des flux migratoires ou de l’accueil des réfugiés, il faudra pour changer la donne des mesures et des politiques très ambitieuses, très fortes, que les divisions rendent impossibles. Et à quelques mois des élections européennes, on peut craindre que cette visite de José Manuel Barroso illustre une fois de plus le décalage entre les institutions européennes et la réalité quotidienne des citoyens.
 


Rfi.fr

Mercredi 9 Octobre 2013 - 16:35



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