Commedia dell’arte



Commedia dell’arte
Il est où le Président dont l’ambition démocratique suprême était de «réduire l’opposition à sa plus simple expression» ? Il est où le Président dont l’éthique dominante consistait à faire l’éloge de la transhumance politique ? Il est où le Président qui déclarait, martial, «J’ai décidé… Un point un trait» à propos de la position du Sénégal sur la guerre entre l’Arabie saoudite et le Yémen ? Il est où le Président qui avait juré aux Sénégalais et aux gens du monde de réduire immédiatement son mandat de sept à cinq ans ?

Macky Sall est le Président qui, avec son rouleau compresseur mécanique qu’est l’Assemblée nationale, est passé en force sur les deux grandes questions démocratiques du mandat présidentiel en cours : l’Acte 3 de la décentralisation et le référendum constitutionnel du 20 mars 2016. Et comme par hasard, il s’agit là des deux ressorts fondamentaux de son pouvoir politique au plan local !

La vérité que nous percevons dans la démarche du chef de l’Etat est qu’il fait les choses à sa manière, selon la vision qu’il en a, lâchant du lest sur les modalités secondaires. Le «dialogue» auquel il invite autour de la mise en œuvre des réformes constitutionnelles en est le parfait exemple.

Macky Sall a très bien entendu les remarques pertinentes des experts en développement – où alors ils sont tous nuls - concernant les conséquences pernicieuses d’une application hâtive des Accords de partenariat économique avec l’Union européenne sur notre tissu économique. Mais lui a déjà décrété que le Sénégal les ratifiera quoi qu’il en coûte, se faisant même le porte-parole des négociants européens auprès des autres Etats de la Cedeao. Que n’eût-il mis sur la table cette question cruciale qui engage l’avenir industriel et commercial de notre pays – et de la région ouest-africaine ? Que lui ont offert la France et/ou l’Union européenne pour qu’il adopte une démarche si aveugle et si méprisante de l’opinion des autres ?

Le Président Sall, à la fois mystérieux et prévisible, s’est inscrit depuis bien longtemps dans la logique du sectarisme, de l’arrogance et du culte de soi. Autant de contre-qualités qui, en politique, n’engendrent jamais que déceptions et désillusions. Par la fenêtre il était passé pour imposer son référendum. Par la porte il revient pour légitimer a posteriori son passage en force. C’est en cela que le «dialogue national» apparaît autant comme une vaste escroquerie politicienne que comme une entreprise de communication destinée à sa remise en selle auprès de l’opinion publique.

Le Président est en quête d’égaux : il s’était renié sur la réduction de son mandat, il voudrait que
ceux qui l’avaient combattu sous l’emblème du «NON» déposent les armes et se renient à leur tour. Qui parmi ceux qui avaient porté le NON et qui ont mis les pieds à la salle des Banquets du Palais oserait désormais lui rappeler son…reniement ?

La commedia dell’arte, héritage du génie italien, a de beaux restes chez nous. Il est seulement dommage que nos comédiens d’un 28 mai ne soient pas des professionnels de l’art, d’une part, et qu’ils n’aient pas jugé utile de porter leurs masques, comme dans la pure tradition transalpine. Tant qu’à faire du cinéma, nous dirions oui à une conférence nationale pour être fidèle aux besoins de notre pays. Car, pour ce qui est des Assises nationales, Macky Sall vient peut-être d’en prononcer l’oraison funèbre…   

Momar Dieng

Jeudi 9 Juin 2016 - 16:09



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