Comment le piège s’est refermé sur Nicolas Sarkozy

Mis en examen notamment pour « corruption active », Nicolas Sarkozy se retrouve encore une fois précipité dans une affaire dont il se serait bien passé, lui qui se voyait revenir en politique dès la rentrée prochaine. Une condamnation au motif de corruption active vaudrait l’inégibilité à l’ex-chef de l’Etat. Après 15 heures de garde à vue, l’ancien président de la République s’est vu signifier sa mise en examen tout comme son avocat Me Thierry Herzog et un haut magistrat de la Cour de cassation, Gilbert Azibert.



Avril 2013 : le parquet de Paris ouvre une information judiciaire contre X pour trafic d’influence, faux et usage de faux, abus de biens sociaux, corruption active et passive, blanchiment, complicité et recel de ces délits. Les enquêteurs espèrent ainsi découvrir si, comme ils le soupçonnent suite à des informations données par Ziad Takkieddine, Nicolas Sarkozy a pu faire illégalement financer sa campagne présidentielle victorieuse de 2007 par des fonds provenant de la Libye de Mouammar Kadhafi. 
Mars 2014 : l’hebdomadaire L’Express (le 5), révèle que les domiciles et les bureaux de l’avocat de l‘ex-président, Me Thierry Herzog ont été perquisitionnés comme l’ont été ceux du haut magistrat de la Cour de cassation, Gilbert Azibert. Cette action de la justice a pour cadre une information judiciaire ouverte le 26 février pour trafic d’influence et violation du secret de l’instruction.    
                       Le 7 mars, Le Monde nous apprend que Nicolas Sarkozy a été mis sur écoutes. Ces écoutes laissent supposer que l’ex-président et son conseiller Me Herzog, ont sollicité le magistrat Gilbert Azibert pour avoir des informations sur la procédure Bettencourt dans laquelle Nicolas Sarkozy sera mis en examen puis finalement blanchi. A cette occasion, M. Azibert aurait demandé à être soutenu pour obtenir un poste prestigieux à Monaco. Me Herzog dément tout trafic d’influence.
 
Levée de boucliers des avocats
 
Christiane Taubira, lors de la conférence de presse du 12 mars 2014.REUTERS/Philippe Wojazer
Le 10 mars, levée de boucliers de centaines d’avocats qui dénoncent une atteinte au secret professionnel suite aux écoutes de leur confrère Me Herzog. Affaire dans l’affaire, la Garde des Sceaux Christiane Taubira soutient avoir appris l’existence des écoutes par Le Monde.
                      Le 11 mars, François Fillon (UMP) réclame une commission d’enquête parlementaire alors que président de l’UMP, Jean-François Copé veut savoir si « oui ou non, le président Hollande était au courant ». Le Canard Enchaîné affirme de son côté que la garde des Sceaux et Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, étaient informés des écoutes depuis le 26 février. Jean-Marc Ayrault, alors Premier ministre, finit par admettre que l’exécutif connaissait leur existence, mais « pas de leur contenu ».
                       Le 12 mars, Christiane Taubira admet avoir été informée des écoutes le 28 février mais affirme qu’elle en ignorait « la date, la durée et le contenu » ; elle dit aussi n’avoir rien transmis au président Hollande, se contentant d’informer le Premier ministre. Jean-François Copé réclame sa démission l’accusant d’avoir « menti ». La garde des Sceaux et admet s’être « trompée de date ».
                      Le 18 mars, Médiapart met en ligne des extraits de conversations entre Nicolas Sarkozy et son avocat, Me Herzog où ce dernier parle des « bâtards de Bordeaux » à propos des juges qui ont mis en examen son client dans l’affaire Bettencourt avant qu’il ne bénéficie d’un non-lieu. « J’ai pu me lâcher », admet l’avocat qui deux jours après, le 20, contre-attaque et dépose une plainte pour violation de l’instruction.      
Sarkozy présenté au juge     
Thierry Herzog, ami et avocat de l'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy.AFP/FRED DUFOUR
Juin 14 : Le 30, Me Herzog, et deux hauts magistrats, Gilbert Azibert et Patrick Sassoust sont placés en garde à vue.
 
Juillet 14 : Le 1er, Nicolas Sarkozy est lui-même placé en garde à vue à l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (Oclciff) de la police judiciaire de Nanterre.
                   Le 2, après 15 heures de garde à vue dans les locaux de l'Oclciff, une première pour un ancien chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy est mis en examen pour recel de violation du secret professionnel, corruption et trafic d'influence actifs. La corruption et le trafic d'influence sont des délits passibles de peines pouvant aller jusqu'à dix ans de prison. Me Herzog, et Gilbert Azibert  sont également mis en examen alors que Patrick Sassoust n’a pas été présenté au juge. Nicolas Sarkozy n’est pas soumis à un contrôle judiciaire.

RFI

Mercredi 2 Juillet 2014 - 16:36



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter