Comment ses "communicants" exposent le président Macky Sall ? selon Elisabeth Monteil, spécialiste en communication


Spécialiste en communication appliquée au marketing, Elisabeth Monteil a été responsable de communication au ministère de la formation professionnelle, de l’artisanat et de l’apprentissage. C’est en experte donc qu’elle traite «des difficultés de la communication gouvernementale». Pis, selon elle, «ils (les communicants du président) réagissent à des articles et parlent beaucoup aux journalistes». Ce, allant jusqu’«à vendre le leader de Rewmi, Idrissa Seck» auprès de l’opinion et amener le président Macky Sall à s’exposer sur la chaude question de l’homosexualité. Toujours aussi saignante, Elisabeth Monteil précise que la structure proposée est loin d’être la solution. Des réformes au niveau des ministères s’imposent auparavant.



Comment ses "communicants" exposent le président Macky Sall ? selon Elisabeth Monteil, spécialiste en communication
Madame Monteil, dernièrement le gouvernement a tenu un atelier sur la communication gouvernementale, en tant que experte, ne pensez vous pas que c’est un aveu d’impuissance des communicants de l’Etat ?

C’est un constat global, ça ne marche pas. Le gouvernement communique mal ou plutôt a des difficultés à prendre en charge un domaine stratégique. On est dans un sujet qui émerge en réalité et les gens commencent à peine à s’y intéresser. Si vous remontez dans les années 92, il n’y avait presque pas de responsable de communication. Il n’y avait que des tentatives dans le marketing. Les ONG, les organisations avaient déjà des gens qui prenaient en charge le volet communication. L’Etat a senti la nécessité et s’est rendu compte qu’il ne peut plus s’adapter, il faut qu’il se professionnalise. Donc, je pense que c’est plutôt cette professionnalisation qui est recherchée et dont il faut saisir les tenants et les aboutissants pour pouvoir régler les problèmes.
 
A l’issue de l’atelier, l’idée d’une structure a été mise en branle, pensez-vous qu’elle soit la solution à ces problèmes ?

Si l’on considère la principale résolution du séminaire qui est de mettre sur pied une structure qui coordonne la communication gouvernementale, c’est-à-dire entre les ministères et les administrations, vous vous rendez compte qu’on va vers des difficultés. Cela peut prendre un an et demi ou deux ans pour que la chose prenne forme. Parce que, dans les ministères, il n’y a pas l’organisation, l’armature adéquate pour supporter le mécanisme. Sur quoi va se reposer cette organisation. On ne peut pas coordonner des structures qui n’ont pas d’organisation. C’est comme si vous mettiez votre étage sans avoir votre rez-de-chaussée. Le rez-de-chaussée, ici, c’est avoir dans les ministères, une direction de la communication à côté de la direction des ressources humaines, de la direction administrative, la direction de l’administration générale. Et cette direction pourrait prendre en charge un les différentes composantes de la communication comme  «la communication interne, externe, les relations médias, la communication de crise entre autres». Elle va s’occuper aussi de la recherche du partenariat autour de l’information gouvernementale. L’information gouvernementale, c’est tout ce que le service public me doit. Je dois savoir où je peux trouver ma carte grise, à quel adresse, à quel endroit… ? Ce sont des basiques qu’on doit à l’usager du service public. Cette structure ne peut pas venir avant qu’on ait réformé l’organisation ou l’organigramme des ministères. Il faut vraiment entrer dans les ministères et organiser la communication. Avec la formation professionnelle, il y a 83 établissements de formations professionnelles au Sénégal, une vingtaine de chambres des métiers et autres organismes affiliés à l’artisanat. Il y a une dizaine de projets sur l’apprentissage et tant qu’on ne peut pas donner des informations qui concernent l’ensemble de ces structures déconcentrées, on ne communique pas pour le ministère, on filme des agents en séminaire, on clôture, on ouvre mais on ne communique pas.

Si je vous entends bien, le gouvernement met la charrue avant les bœufs ?

Je le dirai comme cela. Pour moi, il faudrait entamer une profonde réforme. Par exemple, lorsque, le président Macky Sall est arrivé au pouvoir, les nouveaux décrets de répartition des services ont fait beaucoup d’erreurs structurelles dans l’organisation. On a copié et collé des organes qui existaient dans d’autres ministères et qui sont venus en doublon dans d’autres ministères. J’ai vécu ses erreurs dans l’organisation de la communication du ministère aussi bien de la jeunesse, de la formation professionnelle et de l’emploi que de l’actuel ministère de la formation professionnelle. Ils en ont supprimé aussi des services solidement ancrés  qui avaient un début d’organisation. Ce sont des choses qui ont fait que les choses ne s’arrangent pas vraiment. Il y a beaucoup d’amalgame. 

Tantôt vous avez parlé de l’information gouvernementale, qu’en est-il exactement de la communication gouvernementale ?

En communication, on ne réagit pas. La meilleure communication est celle qui anticipe et qui prend en charge. En réalité, la communication est un outil de la stratégie marketing et dans la stratégie marketing, l’objectif, c’est de séduire, d’arriver à marquer des points. Et dans cette stratégie de séduction, on a besoin d’un outil qui s’appelle la communication. Communiquer, ce n’est pas parler, c’est faire réagir la personne à qui on a parlée. C’est toute une démarche. Si on prend l’exemple du problème sur l’homosexualité, c’est dommage qu’on en soit arrivé à ce que le président de la République se prononce dessus. Le porte-parole du gouvernement, Abdou Latif Coulibaly aurait dû depuis le début sortir un communiqué et dire que l’Assemblée nationale n’a reçu aucun projet de loi sur la question. Et le président de la République n’aurait pas eu à le faire. Le gouvernement doit communiquer dans la transparence. Si vous prenez les différentes orientations stratégiques des ministères, cela ne signifie rien pour moi la Saloum Saloum de Kassas. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir dans cette orientation, à telle période mon arachide va être vendue, à tel prix et à telle personne ou organisation. Et c’est comme cela qu’on va refaire le capital semencier, en termes clairs et précis. Il faut que le gouvernement comprenne qu’il ne parle ni aux journalistes ni aux Dakarois. Et jusque-là, on l’a bien vu, le gouvernement parle beaucoup aux journalistes. Ils réagissent à des articles sans avoir même mesuré la profondeur des réactions. Vous prenez la sortie de M. Seck sur l’an 1 du pouvoir, le gouvernement à créer tout seul son buzz. Il a vendu M. Seck qui a marqué un point, ce jour là.


Mercredi 1 Mai 2013 - 19:13



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