Conférence internationale sur l’excision à Rome à l’initiative des Nations unies

C’est ce mardi 22 octobre que s’ouvre, pour trois jours, la conférence internationale sur les mutilations et les excisions génitales féminines, à Rome. En 2013, ce sont 125 millions de femmes de par le monde qui sont concernées par ce fléau. On estime qu’elles seront 30 millions de plus dans dix ans.



Conférence internationale sur l’excision à Rome à l’initiative des Nations unies
Certains la voient comme une pratique ancestrale, une coutume qu’il faut défendre. D’autres, de plus en plus nombreux, la considèrent comme un geste barbare qu’il faut faire disparaître. Malgré les campagnes d’informations, la pratique de l’excision reste d’actualité, puisqu’il n’y a eu que 2 % de cas en moins lors des dix dernières années, un chiffre infime.

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On peut prendre l’exemple du Burkina Faso, qui a pourtant légiféré sur le sujet », explique Marie-Jo Bourdin, directrice adjointe du centre Minkowska  à Paris, un établissement qui accueille des migrants et dans lequel elle accompagne des femmes excisées. « 28 fillettes viennent d’y être excisées, dans un village à une centaine de kilomètres de Ouagadougou. » Pareil au Cameroun : « On a longtemps considéré que c’était une pratique des nordistes musulmans, mais on s’aperçoit qu’elle est également répandue dans le sud-ouest du pays et même dans certains quartiers de Yaoundé. » Au Mali, aussi, ou 80 % des femmes sont concernées.

L’éducation comme moyen de prévention principal


Difficile de faire évoluer cet état de fait, surtout dans des pays où l’on considère encore l’excision comme une tradition qu’il faut entretenir, comme un rite de passage de l’enfance à l’âge adulte. Pourtant, sur le terrain, les choses commencent à évoluer. Certains, à l’image du Dr Mustapha Touré, mènent un véritable combat contre l’excision. Cela fait dix ans qu’il essaie de faire évoluer les mentalités. « Les adolescents, les lycéens, les élèves d’aujourd’hui sont les pères, les mères de demain. Je pense que quand on arrive à faire de grands programme à l’endroit des enseignants, à l’endroit des étudiants, c’est à ce moment qu’on a les plus grands résultats contre cette pratique ». Ce chef de service à l’hôpital de Bamako estime en effet que c’est par l’éducation, en parallèle de politiques de santé publique, que l’on parviendra à réduire sensiblement la pratique de l’excision. Rappeler sans cesse, qu’il s’agit d’une pratique non seulement barbare, mais qu’elle est également dangereuse pour la santé, peut provoquer des infections, des hémorragies et ainsi entraîner la mort.


« J’ai été confrontée à la mort d’une petite fille en pays Dogon, au Mali », raconte Marie-Jo Bourdin. « Il y a encore beaucoup de travail à faire, malheureusement, mais pense qu’au travers des questions de santé, on peut y arriver, en trouvant cette sorte de biais pour en parler sans heurter les populations. » En somme, ne pas les stigmatiser en leur disant que la pratique de l’excision ne respecte pas les femmes, mais plutôt leur rappeler que c’est une pratique dangereuse qui peut prendre la vie de leur enfant.


Des séquelles également psychologiques
 

D’autant plus que cette pratique est non seulement dangereuse, mais a également des conséquences désastreuse sur l’image que les femmes victimes de l’excision ont d’elles-mêmes. Sokhna Fall le constate tous les jours, à l’unité de soin des femmes excisées du professeur Fernandez, au sein d’un centre d’accueil au Kremlin-Bicêtre, en banlieue parisienne. « J’ai des jeunes filles qui me disent que quand elles ont commencé des relations avec des garçons, avant même qu’elles n’aient abordé le côté physique, le garçon, apprenant qu’elles sont excisées prend peur. L’homme qu’elles aiment a alors l’image de personnes sexuellement invalides, qui ne sont plus femmes. Une souffrance qui s’ajoute à leur mutilation ».


Une conférence pour quoi ?


Qu’attendre alors, de ces trois jours de conférence internationale, à l’initiative des Nations unies ? L’objectif avoué des organisateurs est assez modeste : obtenir une déclaration de principe qui engagerait les participants à mener une réelle politique de lutte contre l’excision. Cela passera par l’adoption d’une stratégie et d’un cadre d’action communs. Mais plus concrètement, si l’on en croit les personnes qui travaillent en contact avec les populations concernées, l’excision est une pratique tellement ancrée dans les esprits que même une telle politique n’aurait qu’un effet limité. Ce qui primerait et serait le plus efficace serait la mise en place d’actions menées sur le terrain, au contact direct de la population, par les acteurs de la vie locale.
 


Rfi.fr

Lundi 21 Octobre 2013 - 14:03



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