Conflit au Soudan du Sud: négociations au point mort et communication à outrance

A Addis Abeba, les négociations pour régler le conflit au Soudan du Sud sont au point mort depuis le mardi 7 janvier. Les rebelles représentant Riek Machar exigent en effet comme préalable la libération des prisonniers accusés de tentative de coup d’Etat, mais le gouvernement de Salva Kiir refuse catégoriquement d’accéder à cette demande. Les médiateurs étaient mardi et mercredi à Juba pour tenter de débloquer la situation, mais hier, il n’y a même pas eu de face-à-face direct entre les deux délégations ennemies. Le combat se fait donc sur le terrain, et par médias interposés. Récit d’un blocage.



Conflit au Soudan du Sud: négociations au point mort et communication à outrance

Au Soudan du Sud, l'armée avance lentement sur Bentiu dans l'Etat de l'Unité, alors que les négociations semblent dans l'impasse à Addis-Abeba. Pour Reik Machar, la cause est entendue : tant que les onze responsables du SPLM, le  Mouvement populaire de libération du Soudan, sont en détention, il ne signera pas de cessez-le-feu. Plus qu'une question de principe, c'est une question politique. Ces hommes sont des poids lourds du parti au pouvoir et sont opposés au président Kiir. Leur parole et leur poids politique justifient de fait l'insurrection de Riek Machar

A leur retour de Juba, les médiateurs ont annoncé que les prisonniers politiques faits par le gouvernement, et qu’ils avaient pu rencontrer, ne considéraient pas leur libération comme la condition sine qua none à la poursuite des négociations.

« A nous de décider »

« Les prisonniers nous ont dit que [ça] ne devait pas servir de prétexte pour repousser la conclusion d'un cesser le feu. Et nous pensons que c'est un grand progrès », précisait ainsi à RFI le secrétaire exécutif de l’Igad, l’organisation régionale, Moalim Maboub. Les discussions allaient-elles donc pouvoir reprendre ?

Non, car Hussein Mar Nyot, le porte-parole des rebelles, est venu renier cette position : « Si vous êtes menacés par arme, si vous êtes à la merci d’un dictateur et que vous avez peur de mourir à chaque minute, vous pouvez dire ça, simplement pour sauver votre peau. Mais je n’y crois, et c’est de toute façon à nous, les délégués présents ici, de décider si on abandonne ou si on avance. Mais nous les voulons avec nous pour les négociations. »

Des négociations qui n’ont pas avancé ce jeudi. Mais s’il ne se passe rien d’officiel à Addis Abeba, les rebelles ne se privent pas pour donner des informations sur la situation sur le terrain.

Les rebelles chargent l’Ouganda

Ainsi, ils réussiraient à se renforcer, et critiquent violemment l’Ouganda, qui soutiendrait militairement le gouvernement, notamment grâce à quatre appareils militaires qui auraient bombardé et tué des civils dans trois zones du pays.

Cette stratégie de communication est dénoncée par le gouvernement sud-soudanais. « Ce qui est fait par l’autre camp est en violation flagrante des règles que nous avons établies ensemble, détaille Michael Makuei, ministre de l’Information et chef de délégation. Il ne doit pas y avoir de propagande hostile. Nous, dans l’intérêt de ces négociations, nous avons décidé de ne répondre à aucune des allégations qui ont été prononcées. Cependant, je ne crois pas non plus à un échec des négociations. Nous sommes venus pour parler de paix, et nous ramènerons donc la paix pour notre peuple. » Une perspective qui semble cependant encore lointaine.

La question des prisonniers est loin d’être réglée et elle n’est que le prémisse aux discussions sur la cessation des hostilités, voire sur la recherche d’une solution à long terme.


 ■ VU DES ETATS-UNIS : « Pas de preuve que Machar ait tenté un coup d’Etat »

 

 
Linda Thomas-Greenfield, la «madame Afrique» d'Obama.
Thos Robinson/Getty Images

La commission des affaires étrangères du Sénat américain a tenu hier, jeudi 9 janvier, une audition sur le Soudan du Sud, au cours de laquelle divers experts de l’Afrique se sont exprimés. Le gouvernement était notamment représenté par la secrétaire d’Etat adjointe pour les affaires africaines, Linda Thomas-Greenfield.

La « madame Afrique » américaine a déploré la tragédie du plus jeune pays du monde en danger d’éclatement. Si l’administration Obama avait jusqu’à présent soutenu le président Salva Kiir, démocratiquement élu, elle a donné l’impression hier de prendre ses distances. Linda Thomas-Greenfield a en effet déclaré que les Etats-Unis n’ont pas vu de preuve d’une tentative de coup d’Etat de la part de Rieck Machar.

Intérêts géopolitiques

Ils ne sont pas prêts pour autant à soutenir l’ancien vice-président dont les partisans ont commis beaucoup d’atrocités. Washington souhaiterait que Kiir libère 11 prisonniers politiques afin de faire avancer les négociations en cours en Ethiopie car l’objectif premier est de parvenir à un cessez-le-feu. Les sénateurs ont prêté une oreille attentive aux déclarations des experts, car des intérêts géopolitiques sont en jeu : la majorité chrétienne du sud s’est séparée du nord musulman, les Américains ne veulent donc pas voir les extrémistes islamistes profiter du conflit pour s’infiltrer dans la place, comme ils l’ont fait ailleurs dans la région. 

C’est pourquoi Washington tout en excluant l’envoi de troupes au sol pour rétablir l’ordre, pourrait envisager de fournir une aide militaire à des pays tels que l’Ouganda, l’Ethiopie ou le Kenya pour le faire.


RFI

Vendredi 10 Janvier 2014 - 10:09



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