Contribution - Macky = Wade moins de vertu, plus de défaut


Senegalese politica formula : M = W-V+D



Contribution - Macky = Wade moins de vertu, plus de défaut
Les Sénégalais vivent-ils le supplice de Tantale ? On entend par « supplice de Tantale » la frustration d'une personne qui voit ses désirs toujours sur le point d'être réalisés, mais dont les espoirs sont chaque fois déçus. Un détour par la mythologie grecque, source intarissable d’inspiration, permet de comprendre la façon merveilleuse dont cette expression colle au destin des Sénégalais et ce, aussi bien en politique qu’en sport. Une version de cette mythologie nous explique que, Tantale, reçu à la table des dieux, aurait dérobé du nectar et de l'ambroisie, boissons uniquement réservées aux dieux, pour les faire goûter aux mortels. Une autre version nous raconte plutôt qu’il aurait servi aux dieux son propre fils Pelops en ragoût au cours d'un repas, après l'avoir égorgé. Dans les deux cas, le crime de Tantale fut d’un cynisme et d’une abjection tels qu’il fut condamné par les dieux à subir un supplice horrible et infini : en partie immergé dans l'eau d'un ruisseau, il fut condamné pour toujours à souffrir de soif et de faim. Chaque fois qu'il se penchait pour boire l'eau qui l'entourait, celle-ci se dérobait et lorsqu'il tendait les mains pour cueillir les fruits qui garnissaient les branches à sa portée, ces dernières s'éloignaient poussées par le vent ! Rapportée au contexte sénégalais, cette parabole de Tantale est d’une pertinence exceptionnelle. Que d’espoirs trahis ! Combien de sacrifices le peuple sénégalais a, en vain, fournis pour sortir du supplice de la précarité économique et démocratique ? Toujours trahi par ses élites, constamment persuadé que la fin des déboires est proche, il subit toujours davantage de frustration. Collaboration ou rébellion contre le colon, effort de guerre et envoi de ses fils au lointain front d’un Occident en flammes, deux alternances politiques avec une gamme de projets utopistes voire utopiques… L’on aura tout tenté, tout espéré ! Toutes les fois que l’on a contemplé avec joie l’aurore de l’espoir, on l’a vue, tout de suite après, se transformer en un crépuscule incandescent laissant derrière lui une nuit d’incertitudes, de désespoir, de regrets et de frustrations. A la vitesse d’une étoile filante, tous les rêves sénégalais s’engloutissent dans l’infini horizon de mensonges politiques, de manipulations et de démagogies. Quand je vois ces pêcheurs au regard hagard perdu dans un océan infini d’espoirs déçus s’entasser dans des pirogues voguant dans le vide d’une mer vendue à l’Europe ; quand je vois tous ces paysans désemparés face à un hivernage stérile à l’image de leurs leaders, j’admire le courage  du Sénégalais, mais je dénonce son actuelle docilité. Je vois des étudiants dont l’avenir est sacrifié sur l’autel du bricolage et de l’improvisation populiste se bousculer aux portes exigües de l’Agence pour la sécurité de proximité (ASP) et je n’ai plus le courage de croire ! Tout ce que nous avions détesté et dénoncé sous Senghor, Diouf et Wade est revenu avec force et arrogance. Le clanisme, la mal gouvernance, la gabegie, le mépris de ses adversaires politiques, le gré-à-gré à outrance, la répression des étudiants, le népotisme, la profanation du palais présidentiel, les dépenses de prestige, etc. : tout a empiré dans ce pays. En démocratie, la république est comme un mausolée de saint : à l’intérieur de beaucoup de mausolées de saint à travers le monde reposent paisiblement des escrocs que la ferveur populaire a pris pour des ascètes. De même, dans la république il arrive que des lâches soient pris pour des héros : le politicien le plus insignifiant trouvera toujours des militants pour applaudir ses inepties. On a tout demandé au peuple sénégalais, il a tout donné, mais jamais il n’a supporté des propos si irrévérencieux de la part d’un Président. Les Sénégalais sont tout le temps offensés et abusés comme des enfants par une industrie du mensonge entretenue par des élites que l’appétit du pouvoir a transformés en loquaces laudateurs. La malhonnête consistant à surfer sur la confusion entre fonctionnaire de l’État et fonctionnaire politique pour maquiller la transhumance montre la grande lâcheté de certains intellectuels. Comment peut-on défendre hier la politique de Wade et venir aujourd’hui soutenir, avec la même ardeur, la politique de dénonciation et de néantisation de cette vision de Wade ? Les Sénégalais ont tout le temps donné le meilleur d’eux-mêmes : les seuls tricheurs dans ce pays sont ces intellectuels et ces élites politiques qui se sucrent sur son dos. La seule moisson pour le peuple sénégalais est de se voir taxé de fainéantise, de roublardise et d’allergie à la loi. Nous ne reviendrons pas ici sur ces gamineries présidentielles consistant à toujours se décharger ou à se projeter (au sens psychanalytique du terme) sur le peuple, mais nous ne pouvons pas ne pas nous indigner face à cette énorme décadence démocratique consistant à interdire des manifestations politiques avec comme motif loufoque l’organisation de cette pacotille diplomatique appelée francophonie. Il est de mode de la part de nos gouvernants actuels de rabâcher sans cesse la sentence « force restera à la loi » comme s’ils savent ce que le concept de loi signifie vraiment. Ils auraient dû d’abord demander aux historiens devenus laudateurs de la reine combien de fois Hitler, Mobutu, Compaoré, etc. ont prononcé cette phrase : cela n’a pas empêché qu’ils soient emportés comme feuille morte par le tourbillon de l’exaspération populaire. Il n’y a pas de force au-dessus de la volonté populaire et c’est bien celle-ci que la loi s’efforce de traduire et de sauvegarder. Ils comprendront trop tard qu’en matière de gouvernance des hommes, la force est comme peau de chagrin : elle se rétrécit inexorablement au fur et à mesure qu’elle est sollicitée pour régler des situations. Plus un pouvoir fait usage de la force, il en a paradoxalement besoin pour se justifier et se maintenir jusqu’au moment où il se rendra compte que sa force est épuisée ou qu’elle a buté sur une plus grande.
 
Alassane K. KITANE, professeur au Lycée Serigne Ahmadou Ndack Seck de Thiès
 


Lundi 10 Novembre 2014 - 13:29



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