Côte d’Ivoire: 23 partis d’opposition contre le projet de nouvelle Constitution

En Côte d'Ivoire, 23 partis d'opposition, dont le Front populaire ivoirien (FPI), demandent le retrait du projet de nouvelle Constitution. Un texte en train d'être rédigé et qui doit être soumis à référendum en septembre ou octobre. Une initiative du président Ouattara qu'ils jugent antidémocratique.



C'est une fin de non-recevoir que les 23 partis viennent d'opposer au projet de Constitution d'Alassane Ouattara. Le FPI, Le Lider, le Cojep, l'URD ou encore le RPC montent au front ensemble contre ce projet qu'ils jugent « antidémocratique, illégal et illégitime».
 
Sur le fond d'abord : la coalition rejette les principaux points du projet. Pour elle, la nomination d'un vice-président par le chef de l'Etat est une dérive monarchique qui permettrait à Alassane Ouattara de choisir son successeur. Même chose concernant la création d'un Sénat dont le tiers serait nommé par le président.
 
Sur la forme : la méthode Ouattara est entièrement remise en cause. Le président a confié la rédaction du projet à des experts. Le texte sera ensuite soumis au Conseil du gouvernement, au Conseil des ministres et à l'Assemblée nationale. Avant un référendum en septembre ou octobre.
 
Une procédure jugée « antidémocratique, autoritaire et illégitime» par les mouvements d'opposition. Pour eux ce texte « revêt le sceau du sacré », il faudrait donc un débat constitutionnel rassemblant toutes les couches de la nation, disent-ils.
 
Enfin, les 23 partis voient même un danger dans ce projet qui «menace la paix et la stabilité» d'un pays qui selon eux connaîtrait une résurgence des violences et des frustrations.
 
Pour eux, le moment pour élaborer une nouvelle Constitution est donc inopportun. Les conditions ne sont pas réunies tant que la société ivoirienne reste divisée. « Le pays n’est pas encore sorti totalement de la crise de 2010-2011, avec les nombreux prisonniers politiques, les procès interminables, qui continuent d’entretenir la rancœur et la frustration. Sans compter les nombreux exilés, rappelle Pascal Affi N'Guessan, président du FPI, signataire de la déclaration. La situation nationale est telle que nous considérons que ce n’est pas le moment pour engager un processus qui devrait rassembler tous les Ivoiriens de manière à ce que la nouvelle Constitution nous permette d’éviter les erreurs du passé. Nous appelons le chef de l’Etat à renoncer à cette initiative et à créer les conditions pour que dans l’avenir, nous puissions, avant les élections de 2020 en particulier, si tous les Ivoiriens le désirent, fonder la nouvelle Côte d’Ivoire».
 
Réactions du pouvoir
Un argument rejeté par le porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication ivoirienne Bruno Koné, pour qui le moment est justement bien choisi. « Dans dix ans, on pourra continuer à dire que ce n'est pas le moment opportun, parce qu'il y aura encore des problèmes non résolus au niveau de la nation, souligne-t-il. Il n'y a aucune nation qui n'ait complètement résolu ses problèmes avant d'aller travailler sur une Constitution. Bien au contraire, le bon moment pour travailler sur une Constitution, c'est justement le moment où il y a des difficultés. Et chacun sait que la Constitution précédente a créé à notre pays d'énormes problèmes. Beaucoup de difficultés que la Côte d'Ivoire a traversées au cours des dix, quinze dernières années, sont venues malheureusement de cette Constitution-là. Le chef de l'Etat entame un deuxième mandat, je ne vois pas quel moment peut être plus opportun pour cet exercice».
 
Joël N'Guessan, secrétaire général adjoint et porte-parole du RDR, le parti présidentiel, juge cette déclaration des partis d'opposition incongrue. « On n’a même pas encore soumis le texte à l’appréciation des députés, que des individus se lèvent et disent : "Nous, on n’est pas d’accord". Ils n’ont même pas vu le texte, donc vous comprenez que leur démarche, elle est saugrenue, estime-t-il. Comment peut-on s’opposer à une proposition ? Ce sont des inquiétudes qui n’ont aucun sens. Il nous faut cette révision constitutionnelle pour éviter de tomber dans les dérives passées. Maintenant, ce qui ne veulent pas faire de révision, c’est leur droit, mais qu’ils laissent au moins ceux, la majorité, qui veulent une révision, la faire. On fera un référendum et on verra qui va gagner».

Rfi.fr

Vendredi 1 Juillet 2016 - 02:24



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