Crions haro sur tous «ces fossoyeurs de la République»



Nous avons l’impression que le destin des acquis démocratiques engrangés par un peuple, suite à de longues années de lutte est souvent sabordé par l’inculture et l’ambition iconoclaste d’un clan au pouvoir. La tâche, pour rendre raisonnable un homme de pouvoir qui se bat pour conserver ses privilèges à n’importe quel prix, et éviter, en cas de chute, le retour du bâton, n’est pas facile. 

Son peuple est assailli par de nouvelles inquiétudes face à la politique d’intimidation qu’on n’hésite même plus à aduler, avec des expressions du genre « Le président a les moyens de broyer ses adversaires ». Les mœurs d’un tel Etat, sous l’ère des vengeances inavouées, s’empirent et vampirisent la tenue et la retenue ; elles se posent gravement sous forme d’affrontement entre les véritables préoccupations des populations et les appétits grandissants et incontrôlés d’une nouvelle classe de privilégiés pour qui, la seule liberté qui doit désormais exister est celle de subir, sans broncher, leurs pratiques avaricieuses, leurs dérives insolites et leurs initiatives antidémocratiques de conservation du pouvoir. 

Dans cet affrontement, la démocratie y a tout à perdre, surtout dans les conditions associées de tentatives de musellement de l’initiative politique et citoyenne, de fuite en avant d’un grand nombre d’intellectuels qui semblent avoir la peur au ventre ou l’opportunisme en bandoulière. Quant au secteur religieux, n’en parlons pas ! Beaucoup de ses voix autorisées, dans de tels contextes, deviennent aphones. Pourquoi ? Allez savoir !

La résistance qui pourrait sauver la démocratie du gouffre dans lequel on s’évertue vaille que vaille à la plonger sans gène ne pourrait plus être seulement l’affaire des partis politiques et de la société civile. Elle ne viendrait que d’un élan populaire patriotique, républicain, dépouillé de tout habit de la politique passionnelle et aveugle. Cet élan ne pourrait se réaliser que lorsque le peuple sera conscient parfaitement de son droit d’être le premier rempart contre les agresseurs de sa démocratie. 

Il se sensibilise lui-même et s’arme de cartes d’électeurs, en n’oubliant pas que le coup qui terrasse l’adversaire, on le prépare bien avant le jour du combat. Et celui-ci ne saurait être ni un coup de poing ni un coup de pierre, encore moins uniquement un coup de gueule ; il doit s’agir nécessaire du « coup du bulletin de vote dans l’urne ». Cela nécessite l’engagement d’un Mandela et la sérénité d’un Gandhi.  

 D’où la pertinence de l’existence d’une presse libre et républicaine, qui refuse d’être embastillée par la «carotte ou le bâton». Il ne s’agit pas d’un combat à diriger contre des individus mais contre l’abattage organisé du bon sens, de la morale et de l’éthique ; des valeurs sans lesquelles, le réveil dudit peuple risque d’être brutal. 

Le règne sans partage de la médiocrité et de l’impunité mène sans conteste à l’anarchie. L’Etat ne doit pas être le cimetière des libertés ni « le mal radical » comme le pensent certains anarchistes tels que Bakounine, Kropotkine, les français Elisée Reclus et Jean Grave. 

Crions haro sur tous « ces fossoyeurs de la République », sur toutes ces inepties des boulimiques du pouvoir. « Le pouvoir absolu rend absolument fou »
    
Lorsqu’un pays a une longue tradition de lutte démocratique, aucun de ses fils bien informé n’a le droit d’être amnésique au point d’oublier, comme le concevait Hegel, que « la contradiction est le moteur de l’histoire ». 

Ce n’est pas un catastrophisme que nous faisons, c’est un pressentiment que nous avons : certaines pratiques antidémocratiques têtues renvoient à l’intronisation d’un régime monarchique. Cependant, méfions nous de certaines certitudes du genre : « le peuple accepte tout… tout le temps ». Une telle certitude est une fable qui ne sert que la naïveté de prétentieux au pouvoir ; sa route mène au désordre. Elle a jeté dans la géhenne de la désillusion plus d’un grand dictateur. 

Cette façon de plaisanter avec la patience d’un peuple est dangereuse. Stoppons l’instrumentalisation des institutions qui rende douteuse leur impartialité, surtout celle de la justice ! Encore une fois, réduisons le train de vie de l’Etat qui affecte gravement l’infime possibilité qui reste au panier de la ménagère de son peuple! Cessons les intimidations, les menaces, les insanités pour nous occuper concrètement de la recherche de solutions aux innombrables pénuries des populations qui survivent avec le courage du cascadeur! 

Arrêtons ces agressions insensées contre les leaders d’opinion! Ce n’est pas de cette façon qu’on va réussir à les détruire. Ils sont des patriotes au service de leur nation comme ceux aux pouvoir mais dans une autre dynamique, celle qui apporte la contradiction nécessaire à l’équilibre de la république, et il en sera ainsi pour toujours. Cette déraison ternit l’image d’un pays et en premier lieu celle de son président. 

On n’aide pas un président en dressant son pouvoir, de façon récurrente, contre des leaders d’opinion de son pays. On ne renforce pas un président en multipliant les foyers de tension dans son pays. Aucun président ne s’élève en l’acceptant ou en l’initiant lui-même. Ceci est le fort de certains va-t-en-guerres promus par inadvertance à des fonctions élevées au sommet d’un Etat et qui, de moralité douteuse et à court d’arguments intellectuels pour mener à bien leur mission, n’ont que l’arrogance à la bouche et les biceps pour masquer leur carence. 

Ceux qui auraient encore envie de se rabaisser au rang de pourvoyeurs émérites d’attaques pourront toujours continuer à faire de l’hypocrisie leur gagne pain quotidien ; leur ventre a pris le dessus sur leur dignité. Pacifions l’espace politique, mettons le au service du débat contradictoire et constructeur!

Le militantisme politique est une chose, la gestion de l’Etat en est une autre. La dévalorisation de certaines fonctions étatiques par la nomination d’incompétents, de véritables incarnations de contres valeurs, porte de graves préjudices à la santé d’une république et à l’équilibre d’une nation. 

Une bonne conduite des affaires publiques nécessite, entre autres, deux choses : rigueur et souplesse. Apprivoiser ces deux extrêmes lorsqu’on est une tête bien faite rassure sur l’avenir de la cité. 

Lorsqu’on a combattu pendant des années pour la démocratie, on doit être beaucoup plus regardant sur le choix de ses priorités et de ses proches collaborateurs. On doit se méfier comme de la peste de l’homme qui s’enivre, face à son ambition égoïste,  de ruses et de mensonges et qui prétend, derrière ses masques, détenir l’intelligence et la sagesse ; c’est un imposteur. Il rêve souvent de cortèges motorisés en semant dans les rues des cortèges funèbres. Un guide politique doit s’inspirer de Martin Luther King; il doit mériter mieux que d’être entouré de va-t-en-guerres, de bricoleurs et de larbins. Il n’a pas non plus le droit de se tromper d’adversaire : le sous développement chronique de son pays. 

Cultiver l’esprit de tolérance en étant ouvert à la critique non pas pour les autres mais d’abord pour soi-même, met l’individu au dessus des petitesses telles que les réactions épidermiques, la rancœur et la vengeance. Cela purifie le cœur, offre à l’homme les vertus du sourire lorsqu’il est profondément sincère et généreux. Le pouvoir, l’argent ou la gloire, s’offre au pervers ou au vertueux ; mais la sagesse n’habite que dans le cœur des hommes sensés.  

Evitons les attaques discourtoises contre les institutions lorsqu’elles sont légales, légitimes, utiles et respectueuses vis-à-vis du peuple qu’elles doivent servir. Dans notre petite vie, si insignifiante, nous avons appris qu’on se leurre souvent en pensant tromper son monde. Demain sera, et la trompette chantera.

 Il n’y a pas de secret, les solutions à nos difficultés viendront de nous-mêmes. Autrement, comme disait Aimé Césaire: «La détresse ne se lassera pas de jouer à saute-mouton avec les cratères, même si elle s’attendrit le temps d’un éclairement à quelque épanchement de volcan suicidaire. » 

Tafsir Ndické DIEYE
Poète – Romancier Chroniqueur
Parrain des Rencontres dénommées « Palabres poétiques »
Du Collectif Africa50lyon au « Printemps des poètes » de Lyon –France. 
 


Mardi 14 Mars 2017 - 10:55



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