Crise diplomatique Rwanda/Afrique du Sud: la police s'exprime

L'Afrique du sud a accusé par la voie de son ministre de la Justice, puis par un communiqué de son ministère des Affaires étrangères, quatre diplomates rwandais et un burundais d'être impliqués dans des entreprises criminelles liées à des tentatives d'assassinat et un meurtre d'opposants rwandais en exil sur son sol. Les enquêtes sur l'assassinat de Patrick Karegeya et l'attaque contre la maison de Kayumba Nyamwasa ont été confié à une unité d'élite de la police, les Hawks.



« Nous avions réussi à identifier des suspects dans l'attaque contre la maison de Nyamwasa, explique le capitaine Paul Ramaloko, porte-parole des Hawks. Mais malheureusement, les commanditaires que nous avons pu identifier étaient couverts par leur immunité parce que ce sont des diplomates. Et nous n'avons eu d'autres choix que de transmettre notre dossier au niveau du gouvernement pour que des mesures soient prises contre ces individus que nous ne pouvions pas poursuivre. »

A propos du commando qui a attaqué la maison, le policier refuse de donner trop de détails. Refusant de faire directement le lien avec les diplomates, il se contente de répéter que les commanditaires identifiés bénéficiaient d'un immunité contre toute poursuite.

De même au sujet du piège tendu pour prendre les diplomates étrangers en flagrant délit : le capitaine Ramaloko refuse de confirmer les dires d'officiels sud-africains. « On peut confirmer qu'on s'était assuré que Nyamwasa soit en sécurité, précise simplement le porte-parole des Hawks. Notre équipe a fait un travail extraordinaire pour le protéger et continuera de le faire à l'avenir. »
 

Pretoria confirme avoir expulsé trois diplomates rwandais, qui sont accusés d'espionnage. Cette décision fait suite à l'attaque contre le domicile d'un opposant rwandais, le général Nyamwasa. Jusqu'à présent, la police sud-africaine avait ouvert une enquête pour simple cambriolage. Mais elle n'excluait pas qu'il y ait un lien avec l'assassinat d'un autre opposant rwandais, Patrick Karegeya, l'ancien chef des renseignements retrouvé mort le 1er janvier dernier à Johannesburg.

Le général Nyamwasa avait lui-même été victime d'une tentative d'assassinat, à Johannesburg également, en 2010. L'Etat sud-africain l'avait alors mis sous protection. Mais selon une source diplomatique sud-africaine, Pretoria a eu vent du projet d'attaque contre le domicile de l'opposant rwandais, et l'a donc mis en sécurité, tendant un piège à ses assaillants. L'objectif était de remonter aux commanditaires.
 

Jusqu'à présent, l'Afrique du Sud n'a jamais officiellement fait de lien entre ces attaques contre les opposants rwandais en exil sur son sol et une quelconque autorité officielle rwandaise. On savait qu'il y avait des tensions entre les deux pays. L’Afrique du Sud avait rappelé son ambassadeur au Rwanda pour consultation après la tentative d'assassinat contre le général Nyamwasa. Rien de plus.

Là, non seulement Pretoria expulse trois diplomates rwandais pour espionnage, mais un journaliste du New Times, le journal pro-gouvernemental au Rwanda, relate que Kigali a de son côté expulsé six diplomates sud-africains de haut rang, là aussi pour espionnage. « Ils ne font que répliquer », assure cette source diplomatique sud-africaine. Une information confirmée dans la foulée sur Twitter  par la ministre rwandaise des Affaires étrangères elle-même, Louise Mushikiwabo. Motif invoqué : l'Afrique du Sud a « accueilli des dissidents responsables d'attaques terroristes au Rwanda ».


Rfi.fr

Mardi 18 Mars 2014 - 11:04



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