Cristiano Ronaldo, l’enfant rouge

Real Madrid - Manchester United, c’est surtout les retrouvailles entre Cristiano Ronaldo et les Red Devils, le club qui a été le chercher dans son Portugal natal pour lui apprendre les bonnes manières, à savoir comment tutoyer l’Europe sans le moindre respect. Sauf pour les anciens.



On n’efface pas 292 matchs officiels et 118 buts comme ça. Cristiano Ronaldo retrouve Manchester United, ce soir, en Ligue des champions. Le club qui lui a filé un prénom, lui qui n’était qu’un nom, une coupe de cheveux faussement tendance et des boutons plein la face quand il a quitté le Sporting pour le Nord de l’Angleterre. On est en 2003 et le gamin de 18 ans découvre le Premier League. Cristian Ronaldo débarque à United en même temps qu’Eric Djemba-Djemba. Deux OVNIS. Tous les fans de United sont perplexes. Un Paul Ince low cost et un Lee Sharpe bronzé. La connaissance de la langue et du climat en moins. Le package est estimé à 23 millions d’euros (18 pour CR7, 5 pour l’ex-Nantais). Autant dire que le scepticisme est de rigueur.

Pourtant, les passements de jambe du nouveau numéro 7 de United vont vite dépareiller à côté du néant de Djemba au carré. Les Anglais s’attendaient à voir un ailier portugais aussi fou qu’inefficace. Un énième Ricardo Quaresma. Ils vont assister à la plus belle métamorphose du football moderne. Presque dix ans plus tard, CR s’est étoffé. C’est devenu un patron, un bonhomme, un beau gosse et une machine à scorer avec le Real Madrid (179 matchs, 182 buts). Retrouver United et Ferguson, c’est tout sauf anecdotique pour le deuxième meilleur footballeur de la planète. On va enfin voir de l’humain dans son histoire quotidienne. Parce que oui, avec l’avènement de Lionel Messi, CR7 s’est abonné à l’ombre bien malgré lui. Plus de Ballon d’or (heureusement qu’il a gagné le sien en 2008), plus de Ligue des champions, plus de lumière, plus d’applaudissements. Il n’y en a que pour l’Argentin et son foutu Barça. Cristiano, lui, s’est fait une raison. Il a beau bosser comme un taré, se perfectionner, changer, faire évoluer son jeu (il est né ailier virevoltant et égoïste pour devenir un redoutable buteur de sang froid) et fermer sa gueule, rien ne va. Quand il boude, on en fait des tonnes. Quand il est en désaccord avec José Mourinho, on l’envoie ailleurs (on a longuement parlé du PSG).

Fergie, le papa

On en oublie l’essentiel : le footballeur le plus cher de l’Histoire - 94 millions d’euros - est un athlète hors norme et un homme de principes. À United, Sir Alex Ferguson a couvé le gamin comme rarement. Lorsque Ronaldo et Rooney se déchirent au Mondial 2006, Fergie fait tout pour garder son diamant portugais. Il l’écoute, le conseille, le protège. Une relation père-fils qui se construit encore aujourd’hui dans le respect mutuel. Tout l’inverse d’un Mourinho qui aime piquer l’ego de son poulain. C’est oublier que le Portugais est une machine de guerre. Un mec à qui on a sans doute confié des responsabilités titanesques beaucoup trop tôt. Rien qu’en sélection du Portugal, où il affiche déjà 101 sélections (38 buts), le gamin de Funchal n’a jamais eu le temps d’être conseillé. Il fallait qu’il soit performant dans l’instant. À lui de porter l’équipe à bout de bras. Un peu comme au Real, même s’il est mieux entouré. Mine de rien, qui peut se vanter de prendre autant de place médiatique et sportive que le Portugais ? Alors oui, il a ce côté « je ne pense qu’à ma gueule » qui peut bien souvent exaspérer. Il se fringue comme un pitre, aime le doré, les abdos reluisants, les belles caisses et l’argent. Et alors ? Le type remplit des stades, vend des maillots et porte son équipe à bout de bras. Après quatre années au Real Madrid, CR7 a déjà marqué plus de buts que la légende de Gento. Excusez du peu.

Sa plus mauvaise saison madrilène, la première, s’est terminée par 26 buts et 7 passes décisives en 29 matchs. Là où Lionel Messi fait régner le silence autour de sa personnalité quelconque, le Portugais exaspère par son envie d’être le meilleur. Quel mal à ça ? Ce soir, quand le numéro 7 madrilène croisera ses anciens coéquipiers de United et Sir Alex Ferguson, on lâchera des sourires, des bises et on échangera les souvenirs. Le Portugais sait d’où il vient. Il l’a d’ailleurs avoué : il ne jouera jamais pour un autre club de Premier League. Trop dur d’affronter United. Trop difficile de trahir Ferguson. Question de respect. Le dernier à avoir eu la même réflexion s’appelle David Beckham. On parle du plus grand professionnel de ces vingt dernières années. Il y a un peu de ça dans la gestion de carrière du Portugais. Le football est une passion, mais aussi un métier dans lequel il faut respecter les règles. La plus importante d’entre elles : le travail. Bosser, bosser, bosser, bosser. Leo Messi vient peut-être de braquer les quatre derniers Ballons d’or, mais il lui manque un truc que le Portugais possède. Un cœur pour paraître plus humain. Histoire d’être faillible. Pour mieux triompher...

Par Mathieu Faure(sofoot.com)


Dépêche

Mercredi 13 Février 2013 - 12:06


Nouveau commentaire :
Facebook Twitter