DU DOUTE ET DE L'ECHEC...



DU DOUTE ET DE L'ECHEC...
Le bonhomme président Maky Sall s'y est particulièrement mal pris en convoquant les directeurs généraux par-dessus la tête de leurs ministres de tutelle. Cet acte peut toutefois être interprété de diverses manières. Soit, il fait suite à une rude prise de conscience de l'état calamiteux du climat social. Soit, il est un signal d'une détermination à remanier le gouvernement. On peut certes encore épiloguer sur le caractère immoral de ce désaveu cinglant mais est- ce sans doute le prix à payer pour que notre si émotif bonhomme président recouvre les esprits. Car la situation nationale est si tendue que l'ami Rufin ne s'est pas empêché de livrer sa lecture de la crise au détour de laquelle il explique que la cause de tout ceci tient à l'immobilisme du régime par la faute de la posture défensive de notre bonhomme président.

 
Les zélés laudateurs du bonhomme en ont certainement eu pour leur grade tant rien, absolument rien, ne pouvait justifier l'optimisme dans leurs discours enflammés. Et singulièrement pas les chiffres qu'ils aiment manipuler pour en falsifier l'interprétation car l'ambiance observée jusqu'en 2014 reste toujours de mise en 2015 selon la note de conjoncture du ministère de l'économie et des finances. L'expansion de l'économie  sénégalaise reste fortement dépendante de son agriculture encore source d'instabilité à cause de sa vulnérabilité à l'irrégularité des pluies, politiques publiques inefficaces, absence de vision stratégique. Il s'y ajoute un facteur relativement nouveau à savoir les incidences de plus en plus exacerbées des changements climatiques.

 
Aussi  l'impact négatif de la pluviométrie décevante des dernières années a-t-elle induit à la fois une baisse de la production agricole (12%) ainsi que celle de la production industrielle et par conséquent celle du taux de croissance économique en 2013 notamment. Laquelle tendance semble s'étendre aux secteurs de la pêche et de l'élevage jusqu'ici à l'abri. Même si le secteur des services continue de contribuer principalement à la croissance, sa performance est menacée par la contraction du tourisme dont le redéploiement semble cependant pour longtemps compromis par l'érosion côtière. Il ressort de cette ambiance que les perspectives de l'emploi minées déjà par la chronicité du sous-emploi et le chômage massif des jeunes sont précaires à cause des pertes d'emploi notées  dans les industries, la construction, l'hôtellerie et certains services.
 

Le secteur public sénégalais est le plus budgétivore et son endettement a connu la progression la plus spectaculaire de la zone UEMOA. Autre record, le Sénégal consacre 40% environ  de ses recettes fiscales (en dents de scie) aux salaires de la fonction publique.  Parallèlement aux intentions des autorités de limiter le volume des dépenses publiques qui se sont traduites par une baisse des crédits alloués à l'agriculture, à la santé, au transport et aux infrastructures, celles consacrées aux affaires étrangères et charges communes de l'administration ont connu une forte hausse. Un constat navrant quand on sait que ces dépenses discrétionnaires, de prestige pour l'essentiel, sont une source avérée de gabegie. Il en a résulté une stagnation voire repli de la consommation des ménages plombée par une inflation récurrente sur les produits locaux tels que la viande, le poisson, le poulet et la santé mais aussi l'hôtellerie. Les baisses de prix occasionnelles des produits importés ne font finalement que renforcer notre déficit commercial.
 

On n'est pas alors surpris par le taux de pauvreté évalue à 33% qui est suffisamment alarmant pour que l'on ne se mette à travailler beaucoup plus et bavarder moins comme nous y invite un ancien premier ministre. Le Sénégal fait toujours partie des pays les plus pauvres et les plus endettés du monde, quand même ! C'est que, comme on le voit, la situation est très sérieuse. L'économie mondiale est devenue si erratique qu'elle a rendu obsolètes tous les modèles connus. Il est même à prévoir une pénurie de mots, au train où vont les choses...

 
Au demeurant, si développement, émergence, etc...sont autant de concepts qui ne vivent qu'en théorie et difficilement applicables en réalité c'est qu'ils sont incapables de traduire notre profonde aspiration. Le doute détruit plus que l'échec ! C’est peut être un signal qu'il faut changer de paradigme. Un autre comportement est effectivement possible. Non pas se replier mais faire face davantage aux problèmes domestiques, ceux du plus grand nombre. En d'autres termes, c'est lutter contre la pauvreté, tout simplement ! L'exemple pour une fois est venu de notre bonhomme président, tout de même,  qui a reçu ses directeurs généraux en bras de chemise. Cette simplicité est de bon augure en faveur d'une gouvernance simple dans un cadre plus structurel de la frugalité théorisée par Monsieur Ashis NANDY. Apres tout, ce qui importe vraiment c'est que chaque sénégalais puisse vivre bien où qu'il se trouve, non ?
 
 

Mangone SALL, cilpdak.blogspot.com

Mercredi 2 Septembre 2015 - 14:34



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