Dans l'hôtel de Sousse en Tunisie: après l'attaque sanglante, le choc Par RFI

Vendredi 26 juin, au moins 39 personnes, dont l'assaillant, sont mortes dans un hôtel en bord de mer dans la zone touristique de Sousse. Le bilan pourrait encore s'alourdir puisqu'une trentaine de blessés sont encore soignés à l'hôpital. Le tireur, un jeune étudiant inconnu des services de police, a ouvert le feu sur les touristes en passant par la plage. Sur place, au lendemain des faits, c'est la consternation.



Plusieurs heures après l'attaque, les quelque 500 touristes  de l'hôtel ont encore du mal à réaliser. Janine était une habituée de l'établissement. Attablée au restaurant, cette touriste venue de Liège, en Belgique, témoigne. Elle est sous le choc. « Nous étions au restaurant. On a juste entendu ce que l'on croyait être des pétards. Les tirs, les tirs, les tirs. On entendait les coups de feu. On s'est dit : " Ils courent après nous, ils vont nous rattraper ! Où faut-il aller ? " »

« Nous étions au bar extérieur quand nous avons entendu les tirs, raconte Maggie, une touriste anglaise de l'hôtel. On a juste entendu ces coups de feu, nous ne savions pas ce qu'il se passait, mais nous avons regardé vers la piscine. Tout le monde était en train de courir et criait " Courez pour votre vie ! " Donc nous avons couru. On est arrivé à l'intérieur et le personnel nous a aidés, nous a cachés derrière la réception puis dans une autre salle. »

« On s'est caché sous un bureau pendant près d'une heure, continue Maggie. On entendait les tirs, on sentait même l'odeur de la poudre. Nous ne savions pas si c'était juste derrière la porte, si nous devions rester là. On a entendu du verre se briser. On croyait qu'on serait en sécurité si on restait dans l'hôtel tant qu'on ne sortirait pas dehors. Je veux rentrer chez moi. Je veux rentrer chez moi aussi vite que possible. »

Cellule psychologique

Hény, elle, venait en Tunisie pour la première fois. « On était à la piscine et on a entendu" Tatatatata ! "Les gens de l’animation ont crié " Go ! Go ! Go ! " Tout le monde est sorti de la plage. Avec vingt personnes, moi je suis allée dans le bureau du directeur, sous la table.Et alors, il y a un garçon qui a perdu sa femme et il est entré dans la chambre, à pleurer et en choc. C’est terrible ! Ce n’est pas bon pour oublier. Normalement on doit aller en novembre en Egypte, mais je crois que ça ne va pas aller. »

Après cette attaque, les autorités tunisiennes ont voulu réagir rapidement pour prendre en charge les victimes et les touristes traumatisés. Les touristes évoquent tous un scénario effroyable : de nombreux tirs, la panique dans l'hôtel. Rares sont ceux qui veulent témoigner, beaucoup sont encore traumatisés. Dans un coin du restaurant de l'hôtel, des médecins ont monté à la va-vite une cellule psychologique.

« C'est une cellule d'écoute et de prise en charge des gens qui sont traumatisés, explique Hichem Ben Ahlem, psychologue à l'hôpital de Sousse. On est en train de leur offrir le soutien psychologique nécessaire pour qu'ils puissent se rétablir et retrouver leur calme. »

Les Tunisiens sous le choc

Colère et incompréhension sont aussi des sentiments qui émergent sur les réseaux sociaux tunisiens. Il faut dire qu’en octobre 2013, la plage d’un hôtel de Sousse avait déjà été visée par un attentat kamikaze  raté. Le mode opératoire était similaire à celui qui s’est produit ce vendredi. Alors les habitants s’interrogent. Comment un tel drame a-t-il pu être possible, alors même que les autorités avaient assuré redoubler de vigilance ? Sur le coup, vendredi, les secours se sont mis en place assez rapidement.

La plupart des blessés sont traités à la clinique des Oliviers. Une cellule de prise en charge psychologique accueille des touristes traumatisés. Le président tunisien et trois de ses ministres se sont d’ailleurs déplacés dans un hôpital pour exprimer leur soutien aux victimes, une occasion de rappeler que la Tunisie ne peut pas répondre seule à cette menace, selon les mots du chef de l’Etat.

Le président Béji Caïd Essebsi, qui s'est rendu sur les lieux, a jugé que ces attaques étaient « la preuve qu'il faut une stratégie globale et que tous les pays actuellement démocratiques doivent unir leurs forces ». « La Tunisie est face à un mouvement international. Elle ne peut répondre toute seule à cela », a-t-il dit à l'AFP. La ministre du Tourisme, Selma Elloumi Rekik, a reconnu « un coup dur pour la Tunisie ». Mais « les mesures vont être très dures maintenant. Tout va changer. Il y a une réunion qui va se tenir avec le chef du gouvernement et un certain nombre de mesures vont être prises », a-t-elle ajouté.

« Nous sommes en guerre »

« Tout le peuple tunisien est choqué par ce qui est arrivé, ajoute Selma Elloumi Rekik.Aujourd’hui, on a frappé la Tunisie, on a frappé la France, on a frappé le Koweït. Nous sommes vraiment en guerre contre le terrorisme. C’est un phénomène qui est terrible, qui touche toute la région. Après l’attaque du Bardo, il y a eu des mesures qui ont été prises pour sécuriser les sites touristiques, pour sécuriser les circuits touristiques, les hôtels... Mais on ne peut rien contre un loup solitaire. »

Et la ministre de conclure : « Tout ce que je sais, c’est que nous sommes en guerre contre le terrorisme. Et nous allons réussir parce que c’est une guerre qui est juste. Ils ont visé la Tunisie parce que c’est la seule démocratie de la région, et on ne veut pas que ça réussisse. C’est le seul pays de la région qui a réussi sa transition démocratique et ça ne plaît pas à certains. »



Rfi.fr

Samedi 27 Juin 2015 - 16:10



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