Décapitée par la justice, Aube dorée va-t-elle disparaître?

Quatre députés d’Aube dorée ont été inculpés pour «constitution et appartenance à une organisation criminelle», ce mercredi 2 octobre. L’un d’entre eux, Yannis Lagos, a été placé en détention provisoire. Six députés d’Aube dorée, une quinzaine de cadres du parti et plusieurs policiers avaient été arrêtés ce week-end au cours d'une vaste opération menée par la police antiterroriste.



Yannis Lagos, l'un des leaders d'Aube dorée, à son arrivée au tribunal ce mardi 1er octobre. REUTERS/Giorgos Moutafis
Yannis Lagos, l'un des leaders d'Aube dorée, à son arrivée au tribunal ce mardi 1er octobre. REUTERS/Giorgos Moutafis
Les révélations sur les agissements d'Aube dorée se sont succédées depuis le meurtre, par l'un de ses membres, du chanteur antifasciste Pavlos Fyssas, dans la nuit du 17 au 18 septembre. Dernières en date : les échanges téléphoniques, avant et après l'assassinat, entre le criminel, le chef de la section locale d'Aube dorée, le député de la circonscription, et le dirigeant du parti. Des échanges qui révèlent une stricte hiérarchie au sein de l'organisation et éclairent l'hypothèse d'un geste prémédité et commandité.
 
Les services de police ont par ailleurs trouvé des armes aux domiciles de certains suspects, ainsi qu'une importante cache chez une agente de police chargée de la sécurité de l'un des députés Aube dorée. Des découvertes, parmi d'autres, qui étayent la thèse d'une organisation criminelle. Le numéro 2 du parti, Christos Pappas, s'est par ailleurs rendu dimanche à la police, avec 24 heures de retard. Il est soupçonné d'avoir profité de ces quelques heures pour dissimuler armes et documents compromettants, et réorganiser dans l'ombre la structure du parti.
 
« Organisation criminelle »

 
Quatre députés du parti ont été inculpés, ce mercredi 2 octobre, pour «constitution et appartenance à une organisation criminelle», dont son porte-parole, Ilias Kassidiaris, et les deux figures clé que sont le médiatique Ilias Panayotaros et le député de la banlieue du Pirée Yannis Lagos, ce dernier ayant été placé en détention provisoire. Le leader et fondateur d'Aube dorée, Nikos Michaloliakos, et son bras droit, Christos Pappas, doivent pour leur part être entendus par les juges, respectivement ce mercredi après-midi et ce jeudi matin.

Ilias Panagiotaros, l’un des leaders d’Aube dorée, arrêté par la police antiterroriste grecque, a son arrivée au tribunal le 28 septembre 2013. REUTERS/Giorgos Moutafis
Ilias Panagiotaros, l’un des leaders d’Aube dorée, arrêté par la police antiterroriste grecque, a son arrivée au tribunal le 28 septembre 2013. REUTERS/Giorgos Moutafis
A (re)lire: La Grèce face à ses démons néonazis
Le parti néonazi paraît, de fait, décapité. Mais il n'a pas pour autant disparu de la scène politique, et dans les poursuites en cours, il n'est pas question, pour l'heure, de l'interdire. La Cour de cassation ayant autorisé le parti à se présenter aux élections du printemps 2012, l'arsenal juridique grec ne permet pas de le supprimer.
En revanche, si les députés inculpés ce mercredi sont effectivement condamnés pour «participation à une organisation criminelle», la Cour de cassation pourra alors utiliser ce motif pour ne pas délivrer au parti l'autorisation de se présenter au prochain scrutin. Mais pour l'instant, les députés inquiétés disposent toujours de leurs mandats de parlementaires.
 
La tactique de la violence et du règlement de comptes

 
Ce qui reste d'Aube dorée peut également se transformer, et ainsi présenter, sous un autre nom, une nouvelle formation d'extrême-droite. De fait, le noyau de ses électeurs du printemps 2012 ne semble pas particulièrement entamé, après le meurtre de Fyssas. Le parti avait remporté 18 sièges à l'assemblée, avec 6,9 % des voix. Il tourne aujourd’hui autour de 6 % dans les sondages.
 
Signe que la tactique de la violence et du règlement de comptes, de la haine xénophobe et du rejet du système démocratique trouvent encore un écho chez une partie de la population, à la fois désespérée, et sans plus aucun repère.
 
A (ré)écouter : Les faubourgs du Pirée sous la menace néonazie des militants d’Aube dorée
«On a assisté, avec l'imposition des cures d'austérité, à un écroulement du rapport de représentation des partis politiques dominants, Pasok (socialistes) et Nouvelle Démocratie (droite)», analyse l'historien Dimitris Kousouris - par ailleurs lui-même victime, en tant que syndicaliste étudiant, d'une violente agression d'Aube dorée il y a quinze ans, quand l'organisation néonazie n'était encore qu'un groupuscule. «Mais on a vu aussi les règles même du système démocratique parlementaire bafouées. Le gouvernement légifère de plus en plus par décret, des grèves sont déclarées illégales et des salariés réquisitionnés : cette crise du système parlementaire offre une légitimité plus large aux groupes d'extrême droite.»
 
La crise, ferment de la progression d'Aube dorée

 
L'ascension d'Aube Dorée a été fulgurante ces deux dernières années, alors que son score ne dépassait pas 0,29 % des suffrages avant la crise. Elle fait un premier bond dans certains quartiers défavorisés de la capitale avec l'élection de son chef au conseil municipal d'Athènes, fin 2010. Puis, au printemps 2012, elle fait son entrée au Parlement. Le parti n'a pourtant jamais caché sa filiation nazie. A l'origine, Aube dorée était un journal, né dans les années 1980, dans lequel on pouvait lire des apologies d’Hitler et du IIIe Reich.
 
Le chef du parti s'est en outre distingué par un salut nazi lors de son intronisation au conseil municipal de la capitale. Et, pendant la campagne électorale de 2012, il a publiquement nié l'existence des chambres à gaz. Le symbole du parti, le méandre grec, rappelle étrangement une croix gammée ; le logo est écrit en alphabet runique - un alphabet germanique ancien qu'utilisaient les nazis, où l'on retrouve le «S» caractéristique de la SS. Enfin, fonctionnement en milices d'assaut, glorification de la force virile, accoutrement en noir, entraînements paramilitaires : le modus operandi de l'organisation ne laissait guère planer de doute sur son idéologie.
 
Le meurtre de Pavlos Fyssas, élèment déclencheur

 
Mais ni l’apologie du nazisme et ni le révisionnisme ne sont poursuivis en Grèce, et le gouvernement avait par ailleurs échoué, au printemps dernier, à faire voter un nouveau cadre législatif pour punir les crimes et propos racistes.
 
De son côté, le Réseau d'enregistrement des violences racistes a totalisé plus de 300 agressions à caractère xénophobe depuis l'automne 2011. Un état des lieux alarmant, déjà bien connu des milieux militants de défense des droits des immigrés et de quelques médias grecs engagés, mais ignoré jusqu'à la mort de Pavlos Fyssas par le pouvoir politique et les médias dominants.

Dépéche

Mercredi 2 Octobre 2013 - 13:02



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