Décès de Bara Diouf : Il m’a donné la chance de côtoyer Senghor



Décès de Bara Diouf : Il m’a donné la chance de côtoyer Senghor
C’était il y a 37 ans. Je m’en souviens comme si c’était hier. Je venais juste d’être recruté au Soleil en avril 1979. Après m’avoir mis en observation pendant trois mois sans que je ne le sache, Bara Diouf décida un jour, à ma grande surprise et, sans doute, à la surprise générale, de m’envoyer en mission pour accompagner le Président Léopold Sédar Senghor dans l’une de ses dernières tournées dans les pays de la sous-région. Le jeune garçon que j’étais se souvient encore de cet épisode de sa carrière. Je ne l’oublierai jamais. Ce geste symbolise la grandeur d’âme et la générosité de cet éminent dirigeant qui savait faire confiance aux jeunes et leur donner la chance d’exprimer leurs talents. Je lui en serai éternellement reconnaissant.

Sorti du CESTI avec ma fougue et mon enthousiasme, je caressais l’espoir, comme certains de mes camarades, de poursuivre mon apprentissage pratique du métier de journaliste à l’ombre de mes anciens, les doyens Gabriel Jacques Gomis, Aly Kheury Ndao, Serigne Aly Cissé, Moctar Kébé et autres. Journalistes chevronnés, rompus aux arcannes d’une profession qui, bien qu’étant à ses balbutiements, n’en était pas moins pourvue de journalistes talentueux, perspicaces et d’une finesse d’esprit à toute épreuve, ces messieurs savaient inculquer la pédagogie de l’exemple.

Ils avaient fait du soleil une école de haute maîtrise de la pratique journalistique et du quotidien un espace d’expression de talents sur des questions aussi sensibles que celles touchant à la vie de la nation dans toutes ses composantes. Dialecticiens, débatteurs hors pairs, ils étaient tous maitres de leur art.

En fait, ces journalistes formaient un orchestre dont la symphonie était dirigée par un certain Bara Diouf. Par son verbe haut, sa plume alerte, son discours tranchant qui ne souffrait d’aucune équivoque quant à l’orientation de sa pensée et la conviction de ses idées, Bara était un homme de débat, un homme de dialogue. Président Directeur Général du Soleil dès les premières heures de l’indépendance, l’homme s’était affiché senghorien jusqu’à la moelle des os. Tout en lui respirait Senghor : le discours, les références, les orientations, bref, la pensée. Il puisait dans les mêmes sources que le poète président, tirant ses arguments de la négritude, et du dialogue des cultures qui préfigure la civilisation de l’universel. Bara était plus qu’un disciple de senghor, il était son fils spirituel, celui qui mangeait dans le même bol et buvait dans la même tasse que son mentor.

Au Soleil, nous avions la chance d’avoir en Bara la passerelle qui nous permettait de décoder les messages à transmettre à l’opinion et de décrypter les actes posés par le Pouvoir. L’homme avait le courage de ses idées et la conviction de ses opinions. Il les a défendues envers et contre tous, quotidiennement, à travers les colonnes du Soleil. Il invitait au dialogue plus qu’à la confrontation, à la convergence des pensées plus qu’à la pensée unique. Il savait certes qu’il n’avait pas toujours l’unanimité avec lui, mais il savait prendre l’opinion à témoin en convoquant et l’histoire et les convenances du moment.

Les éditoriaux de Bara Diouf confortaient et réconfortaient ses partisans politiques et idéologiques plus qu’ils n’irritaient ses adversaires les plus coriaces tant il savait convaincre par la dextérité de sa plume, la profondeur de ses arguments, la finesse de sa pensée. Il ne laissait personne indifférent. Son engagement politique ne faisait pas entrave à son professionnalisme et les éditos qu’il assumait avec force conviction étaient pour lui des prises de positions personnelles.

Bara était en plus une source intarissable de sagesse, un homme d’une culture incommensurable qui, toute sa vie, a cherché à partager, à former et à formater ses jeunes confrères.

Hamadou Hampathé Ba a bien raison de dire qu’en Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle. Ce message posthume est un viatique pour les jeunes générations de journalistes qui doivent s’inspirer de l’exemple de Bara Diouf. Un exemple qui se résume à un seul mot : CONVICTION.
Dors en paix doyen. Que la reconnaissance de vos cadets vous accompagne.
 
Mamadou Kassé
Ancien rédacteur en chef du Soleil

Mamadou Kassé

Vendredi 9 Septembre 2016 - 16:03



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter