Décès de Colette Berthoud: l'Afrique aussi se souvient

Colette Berthoud, grande voix de RFI qui avait créé et animé pendant presque 30 ans l'émission Priorité santé s'est éteinte. Cette émission a connu grâce à elle une forte audience et a été une référence pour les personnels de santé en Afrique.



Colette Berthoud à RFI, entourée de ses collègues. ©Jacqueline Papet/RFI
Colette Berthoud à RFI, entourée de ses collègues. ©Jacqueline Papet/RFI

Au Mali, Colette Berthoud  n’avait plus le titre de journaliste de RFI, mais celui d’ambassadrice de la radio mondiale. Elle était connue et appréciée de tous. Surtout du monde médical. « Sa principale qualité est la modestie », explique le médecin colonel-major Charles Fau. Il était en service à Tombouctou lorsque Colette Berthoud est arrivée dans cette ville du Nord pour réaliser sa dernière émission avant la retraite. « Pour moi, Colette était devenue médecin, tellement elle connaissait cette science », explique de son côté le Dr Ali Coulibaly qui exerce dans la région de Sikasso, au sud.

«Priorité santé  était pour nous un cours », reconnaît un autre médecin. La gentillesse et le professionnalisme de Colette Berthoud sont également soulignés au Mali. Elle faisait du terrain. « Elle a aidé le Mali dans la vulgarisation des soins de santé primaire », reconnaît un autre professionnel de santé.

Un professionnalisme qui a inspiré au Togo

Au Togo, des médecins l’écoutaient. Parmi eux, un professeur se rappelle leur première rencontre.

Quand on lui demande si le nom de Colette Berthoud lui dit quelque chose, Moustafa Mijiyawa répond sans hésiter : « Elle animait l’émission de santé sur RFI, elle m’a interviewé il y a 25 ans. » Cette première rencontre avait eu lieu à la Maison de la radio, au 116, avenue du Président-Kennedy, à Paris. « Elle m’avait pris dans son bureau pour me dire ce qu’elle attendait de moi, se souvient-il. Je lui ai dit à peu près les objectifs de la Ligue africaine de rhumatisme et après avoir échangé, elle m’a dit que ce serait bien qu’on parle des rhumatismes en Afrique, et notamment de la goutte. »

Selon le professeur Moustapha Mijiyawa, l’émission fut belle. « Je trouve que c’est vraiment une professionnelle, qui pose les problèmes comme il faut, tels qu’ils sont ressentis en termes de santé publique », explique-t-il.

Grande animatrice, son émission était suivie par de jeunes journalistes sans grande formation qui animaient aussi les radios locales qui venaient de naître en ce début des années 1990 au Togo. Faustin Woussou, un de ces jeunes de l’époque, devenu ensuite chef de programme sur l’une de ces radios, jusqu’à l’année dernière, raconte : « On écoutait religieusement son émission parce que c’était une émission de qualité, souligne-t-il. Nous qui étions jeunes reporters à l’époque, on apprenait beaucoup de choses, surtout quand elle allait dans les maternités au Mali ou au Niger. C’était des reportages très vivants, c’était vraiment comme si elle nous tenait par la main. »

Une inspiration pour les médecins

Doudou Kamule évoque lui « une oeuvre énorme, digne de toutes les félicitations et toutes les références. Selon ce médecin à Lubumbashi, en République démocratique du Congo (RDC), c’est une émission qui met d’accord tout le monde, le grand public et les professionnels de santé. Cela nous empêchait par exemple, ici en Afrique, d’éviter l’interférence des pasteurs et autres tradipraticiens dans la prise en charge de nos malades ».

Ce professionnel de santé de 17 ans d'expérience admet d'ailleurs avoir lui-même beaucoup appris grâce à Priorité santé. « Dans l’introduction de chaque émission, il y a une communication scientifique qui nous rappelle à nous, professionnels de santé, certaines notions qu’on aurait pu avoir oubliées à un certain moment, qui nous reviennent facilement. Et quand les interviews commencent avec les auditeurs, nous nous fixons davantage. Et cela nous permet au fur et à mesure de nous remettre à niveau. »


Rfi.fr

Samedi 27 Décembre 2014 - 11:31



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter