Décision de la CPI: «la justice m’a donné raison», se réjouit Kenyatta

Les accusations de crimes contre l’humanité contre le président Uhuru Kenyatta ont été abandonnées par la Cour pénale internationale (CPI) vendredi 5 décembre. Au Kenya, la décision a été acclamée par le régime et de nombreux chefs de gouvernement africains. Elle a en revanche provoqué la déception du côté des victimes.



Le président kenyan Uhuru Kenyatta (gauche) se réjouit de la décision de la CPI. REUTERS/Thomas Mukoya
Le président kenyan Uhuru Kenyatta (gauche) se réjouit de la décision de la CPI. REUTERS/Thomas Mukoya

« Je suis soulagé par cette décision qui aurait dû être prise il y a déjà six ans. La justice m'a donné raison : je suis innocenté, j'ai la conscience tranquille », s’est réjouit le président kenyan Uhurru Kenyatta, après l’annonce de la décision de la Cour pénale internationale d’abandonner les accusations de crime contre l’humanité à son encontre.

Le bureau du procureur de la CPI a en effet estimé que les preuves réunies ne lui permettaient pas d'établir, au-delà du doute raisonnable, la responsabilité criminelle présumée du président kényan. ll avait réclamé un report du procès qui lui a été refusé le 3 décembre.

« J’ai été catalogué, persécuté dans cette parodie de justice », a estimé le président kényan, dénonçant la partialité de la CPI. Au sein du Jubilée, la coalition au pouvoir, on a célébré la décision de la CPI et les messages de félicitations ont afflué de toutes parts.

De nombreux gouvernements africains satisfaits de cette décision

De nombreux gouvernements africains se sont réjouis de l'abandon des charges visant le président kényan. Pour Robert Dussey, ministre des Affaires étrangères du Togo, « l’Union africaine a pris la décision de soutenir le président kényan. La décision de la CPI vient donc à point nommé pour montrer combien il est important de laisser la justice travailler mais également de prouver qu’on peut être traduit devant la CPI et innocenté ».

Mais selon lui, « la préoccupation essentielle de l’Union africaine et des chefs d'Etat africains est qu’il n’est pas question qu’un chef d’Etat en exercice soit traduit devant la CPI. C’est un problème de principe et de dignité. Nous pensons que la CPI doit en tenir compte pour l'avenir. »

« La CPI a enquêté sur huit pays depuis son entrée en fonction en 2003. Tous sont africains. Ce n'est pas normal », déplore de son côté François Fall, ministre des Affaires étrangères de la Guinée Conakry. « Je pense que la position qui avait été adoptée par l’Union africaine est conforme a une certaine réalité parce que les Africains considèrent que la CPI ne vise généralement que les dirigeants africains alors qu’ailleurs dans le monde il y a des crimes tout aussi sinon plus monstrueux qui sont commis. »

« Un déni de justice »

Du côté des victimes, l'abandon des poursuites est une énorme déception. « C'est un déni de justice pour les 20 000 victimes présumées des massacres post électoraux », s’est insurgé Fernal Gaynor, l’un des avocats des parties civiles. « C’est un déni justice malgré les têtes coupées, les femmes violées, les déplacés, qui n'ont toujours reçu aucune compensation », déplore-t-il. L’avocat accuse le gouvernement kényan d'avoir orchestré une campagne d'intimidation vis-à-vis des témoins. « Ils les ont menacé, leur ont donné de l'argent, et ont empêché les enquêteurs d’interroger des officiels », s'indigne-t-il.

Pour l’analyste kényan Makau Mutua, c’est un jour sombre et traumatisant pour les victimes. D’autres observateurs estiment que cette décision porte même un coup à la crédibilité de la CPI et s’étonnent du fait que les juges concluent à la non-coopération du gouvernement sans qu’il ne soit sanctionné pour autant.

Même consternation du côté d'Amnesty international. « Nous pensons, à Amnesty International, qu’il s’agit là d’une manière d’encourager une impunité et de l’encourager de manière continue pour ceux qui ont commis ces crimes graves, alors que les victimes sont toujours dans l’attente d’une justice, estime l'un des porte-parole de l'organisation, Sadibou Marong. Six années après ces violences, les victimes pleurent encore. L’absence de coopération entre le gouvernement, le Kénya et la CPI est déplorable et la décision de ce 5 décembre ne va pas dissuader Amnesty International de soutenir toutes les victimes dans l’impossible justice. Nous pensons enfin que le retrait de ces poursuites ne constitue pas une victoire pour le président kényan au contraire, cela constituerait à une mise en accusation du gouvernement kényan. Des milliers de personnes sont mortes au cours de ces violences ».

Poursuites maintenues pour William Ruto

Les poursuites à la CPI sont en revanche maintenues vis-à-vis du vice-président William Ruto. « La route est encore longue », a déclaré la ministre des Affaires étrangères, Amina Mohamed. « Nous travaillerons sur son dossier avec la même détermination », a-t-elle ajouté.

Dans son communiqué, le président kényan affirme espérer que William Ruto soit innocenté rapidement. Les deux hommes, anciennement rivaux, ont en effet fondé leur alliance sur le fait d’être tous deux accusés de crimes contre l’humanité. Ils ont été élus en se présentant comme des victimes de la justice internationale. Avec l’un blanchi et l’autre toujours accusé, reste à savoir comment les deux hommes feront survivre cette union pragmatique depuis le début.


Rfi.fr

Samedi 6 Décembre 2014 - 10:13



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