Demba Diop alias Mba ne crachera pas sur une aide des pouvoirs publics



Demba Diop alias Mba ne crachera pas sur une aide des pouvoirs publics
Ce quinquagénaire, père de famille, qui ne fait pas son âge, né dans les années 60 à la Gueule-Tapée (93.000 habitants, fait partie des 19 communes d'arrondissement de la ville de Dakar). Autrefois "Gueule Tapée" était un village de pêcheurs. Le nom vient d'une sorte de lézard (varan) reconnaissable à son demi collier "rouge sang" sous le cou. Nommé Gueule Tapée du fait de cette tache évoquant une blessure, son nom fut finalement attribué à ce quartier populaire de Dakar.

Demba Diop alias Mba (diminutif de Demba) a fréquenté le Lycée Van Vollenhoven (qui était à l'époque le lycée par excellence au Sénégal) jusqu'en 1977.
 
Son parcours est atypique lui qui n'était ni formé ni préparé au métier d'artiste du cuir et encore moins être son propre patron.
 
Féru de Bob Marley et du reggae au lycée, Mba s'est lancé à son propre compte dans les années 80, en commençant d'abord par aménager un petit magasin de 20 m2 dans la maison familiale à la Gueule Tapée avant d'ouvrir un show-room juste en face pour exposer ses créations et espère d'ici un an lancer un réseau de franchisés au Sénégal et en Afrique de l'Ouest dans un premier temps.
 
En effet Mba est un véritable créateur artistique du cuir avec sa marque Fara (Oudé) pour les connaisseurs. Il peut habiller tous les objets en cuir sans compter sa marque de fabrique, ce qui fait sa renommée nationale et internationale, les sandales. Ah, les fameux sandales de Mba, un régal...
 
Mba a été plusieurs fois l'invité de salons internationaux en Europe et en Afrique principalement, mais n'a jamais pensé une seule fois émigrer en Europe où son statut d'artiste du cuir serait plus reconnu  qu'au Sénégal.
 
Mba est également un véritable régulateur social du quartier, raison pour laquelle les hommes politiques le sollicitent lors de leur campagne électorale, mais il se refuse à soutenir untel au détriment d'un autre. Son soutien, il l'apporte à la Gueule Tapée, où il vient en aide régulièrement à des familles en difficulté à travers des fournitures scolaires, des denrées alimentaires ou des problèmes de transport (j'en fus témoin).
 
Quand on lui parle de soutien de la part de l'état pour venir en aide aux petites entreprises, il botte en touche mais ne crachera pas sur une aide des pouvoirs publics ,"je n'ai jamais compté sur quelqu'un dit-il, je me suis toujours débrouillé seul, être né, avoir grandi à la Gueule  Tapée ça forge un homme" dit il avec beaucoup de fierté et j'ai envie de montrer aux jeunes qu'on peut réussir en restant dans son pays si on y croit". "L'état doit venir en aide à des structures comme la mienne, car nous voulons embaucher des jeunes, les former mais nous sommes confrontés à un manque de trésorerie et pour cela il faut que l'Etat Sénégalais aide ces types de structures, car ils créent des emplois durables pour la jeunesse."
 
Mba a su se créer une clientèle hétéroclite mais fidèle qui dépasse les frontières du Sénégal, son parcours était pourtant à l'origine des plus classiques professionnellement mais aussi humainement. Mba n'a jamais fréquenté une école artistique du cuir. Il a tout appris à la force de son poignet et de ses mains.
 
Plus de 60.000 paires de chaussures produites
Son prochain objectif en dehors des magasins franchisés, c'est la mise en place d'une usine afin d'industrialiser sa production à grande échelle, tout en restant "artisanal" pour viser plus l'international. Pour cela dit il "il faut des moyens de financement en adéquation avec mes ambitions car mes produits sont très appréciés aussi bien par les occidentaux que par les africains mais les moyens de financement font défaut". "Je veux tendre vers une qualité de type moyenne industrie."
 
Mba déplore également l'handicap majeur du cuir au Sénégal qui ne peut faire que du travail artisanal, car dit il nos tanneries ne font que du travail semi-fini cuir. "Le cuir est une matière noble, celui que j'utilise est préparé à partir de la peau d'un animal dans plusieurs domaines : la sellerie, la maroquinerie, la cordonnerie avec ses fameuses sandales, les tabourets, les vêtements, la reliure, et divers accessoires tels que porte-monnaie, ceintures, porte clef... "
 
Celui qui a produit plus de 60.000 paires de chaussures depuis les années 80 envisage de se lancer dans la vente en ligne sur internet des ses produits. Pour le moment seuls quelques modèles sur sa page facebook.
 
Sa fierté, c'est de ne pas avoir de dettes et de pouvoir dormir tranquillement le soir sans souci, pour cela il remercie Dieu. Ma santa yalla, ma santa yallaaah. Sacré Mba.



Jeudi 21 Avril 2016 - 10:20



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