Des culottes sales pour lutter contre le viol



Des culottes sales pour lutter contre le viol
En Afrique du Sud où le nombre de viols et d'agressions sexuelles est très élevé, des artistes se mobilisent pour rompre le silence.
Le projet artistique appelé "Le linge sale d'Afrique du Sud" est une exposition d'art contemporain de 3600 sous-vêtements déjà portés et offerts par des anonymes.
Ces culottes sont exposées dans les rues du centre de Johannesburg pendant deux semaines pour dénoncer les abus et les viols.

Il y aura, autour de cette exposition, des prestations assurées par des artistes. BBC Afrique s'est intéressée à cette exposition.

En marge de l'exposition, l'artiste Nondumiso Msimanga réalise une performance inspirée par son histoire. Elle porte une robe de mariée. Autour de sa taille sont attachés huit kilos de culottes blanches déjà portées par d'autres femmes. Son visage est recouvert d'un voile transparent. Elle porte sur la tête un panier rempli de sous-vêtements féminins. Les mouvements de Nondumiso Nsimanga sont saccadés, et l'artiste se souvient des épisodes de harcèlement sexuel dont elle a été victime depuis son enfance.

"J'avais six ans quand j'ai été agressée pour la première fois, et j'ai été violée plus d'une fois. Cette pièce que je joue s'appelle 'Sur la ligne', et il s'agit d'être quelqu'un qui vit avec le traumatisme d'avoir été abusée sexuellement toute sa vie et d'exprimer comment cela a affecté mon corps et mon psychisme de diverses manières", explique Nondumiso Msimanga.

Elle détaille ensuite comment cette performance l'aide à surmonter son traumatisme : "Mon corps tremble, mon cœur palpite et j'ai du mal à respirer. Tout mon être veut s'échapper de cette situation et aller quelque part où je me sens en sécurité. Mais je reste, parce que j'ai besoin de me battre pour moi même, pour être en vie et me sentir libre."

"Pendant la performance, il y a eu un moment où j'ai enlevé la robe, et je porte juste la jupe formée par les culottes, pour me sentir vraiment libérée. Je peux bouger et danser, presque comme la petite fille en moi qui ne s'autorisait pas à faire cela, car elle avait vécu trop de choses. C'est une expérience incroyablement libératrice", poursuit l'artiste qui fait un doctorat en art contemporain sur les traumatismes engendrés par les abus sexuels.

Pendant les deux prochaines semaines, elle va se produire dans les rues de Johannesburg, sous une corde à linge d'une longueur de 1,2 kilomètre. A cette corde sont accrochés 3 600 sous-vêtements sales, qui symbolisent le nombre très élevé de personnes violées ou abusées sexuellement chaque jour en Afrique du Sud.

Jenny Nijenhuis, l'auteure de l'exposition, parle de l'objectif visé. "J'utilise des sous-vêtements parce que c'est, certainement, le vêtement le plus intime que l'on porte. Et c'est aussi le dernier vêtement qui est enlevé lors d'un viol. Et de mon point de vue, c'est beaucoup plus fort, symboliquement, d'utiliser ce vêtement intime", explique-t-elle.

"C'est pour rompre ce silence autour de la violence sexuelle dans le pays. S'il y a juste deux personnes qui voient cette exposition et commencent à en parler (…), le dialogue pourra alors commencer. Et la discussion a déjà commencé pendant la collecte des sous-vêtements, car, durant ces quatre ou cinq derniers mois, chaque personne que j'ai rencontrée m'a remis personnellement ses sous-vêtements et m'a raconté son expérience. Chacun avait une histoire à raconter", ajoute Nijenhuis.
Les réactions des passants sont nombreuses et diverses.

"Je pense que c'est une bonne chose. Ça montre que nous, les femmes, devons être fortes. Et il faut parler des violences que nous subissons, et les gens pourront nous aider si nous nous entraidons", réagit une femme venue voir l'exposition.

Un homme dénonce, en revanche, cette manière d'évoquer les violences faites aux femmes. "Ce n'est pas ce qu'il faut faire. Exposer comme ça les sous-vêtements des gens pour mettre en lumière les violences faites aux femmes ou aux enfants ? C'est choquant du point de vue de la tradition !" proteste-t-il.

Une autre femme estime que cette exposition "est un super moyen de sensibiliser les gens".

"Les viols, les sous-vêtements enlevés, les abus, etc. Ça arrive trop souvent. Je connais plusieurs membres de ma famille qui ne veulent toujours pas parler de ces violences", ajoute-t-elle, en estimant que Nondumiso Msimanga, Jenny Nijenhuis et leurs collaborateurs ont été bien inspirés de dérouler cette exposition. Jenny n'a pas encore décidé ce qu'elle fera avec tout ce linge sale, une fois l'exposition terminée. Elle va peut-être tout brûler et transformer les sous-vêtements en cendres.

Mais Msimanga veut garder sa robe, pour se rappeler tout ce qu'elle a vécu.

bbc Afrique

Vendredi 25 Novembre 2016 - 15:07



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