Des présidents africains Échansons de la Liberté occidentale



Des présidents africains Échansons de la Liberté occidentale
Tous les êtres humains normaux condamnent la barbarie qui s’est abattue sur les journalistes de Charlie Hebdo et sur leur lieu de travail. Une telle pratique est assurément contraire à la morale humaine. Répondre à la violence morale ou verbale par  la violence physique est une forme de légitimation celle-là. La vie du prophète Mahomet (PSL) est remplie d’exemples de tolérance (entendue à la fois comme respect de la différence et comme endurance de l’altérité). Des femmes et des hommes ayant fait preuve d’adversité à son égard ont rencontré son infinie générosité et ont, par là même, embrassé l’Islam. Nous pensons que la meilleure façon de répondre aux inepties de Charlie était de s’inspirer de ces exemples prophétiques. Il est temps que les musulmans se rappellent que le fondement de leur religion est la sagesse, la science, la pensée et non la violence. Quand on est du côté de la vérité on n’a besoin de la violence qu’en cas d’extrême urgence et lorsque tous les recours sont vains. Cependant la participation des présidents africains à la marche de Paris nous semble tout à fait inopportune, voire carrément déplacée. Car comment comprendre leur mutisme face aux provocations de Charlie ?  Comment comprendre que le Président en exercice de l’OCI soit le plus prompt à répondre à l’appel d’une France de plus en plus islamophobe ? On ne peut pas ne pas souffrir de voir des Présidents piteusement occuper les périphéries de la marche comme pour servir de décoration. Toujours volontiers à occuper les faubourgs de l’humanité, les présidents africains se contentent de leur rôle de faire-valoir sans jamais initier des évènements. Macky Sall n’avait rien à faire là-bas : nous avons déjà trop fait pour la France et pour sa liberté, et en retour n’avons récolté que mépris et inféodation culturelle. Il faut rappeler à ces marcheurs de « décor pour la liberté de l’autre » que la liberté sans la responsabilité mène inévitablement à l’anarchie et, par conséquent, à la violence. Je préfère des Présidents africains faire une marche de protestation contre Bokko Haram, Georges Bush le criminel d’Irak, Sarkozy le xénophobe irresponsable plutôt que contre deux fous qui ne représentent ni violence structurelle ni projet de domination. La vraie violence est structurelle, elle est organisée pour enlever à l’homme sa dignité, sa capacité critique, son identité. L’ultime violence est celle qui empêche à l’autre d’exister, d’être différent. Il faut dire à Macky Sall et ses pairs que liberté et responsabilité sont indissociables : sans liberté il n’y a certes pas de responsabilité, mais sans la responsabilité la liberté se détruit ou se vide de son sens. La responsabilité signifie littéralement le fait de supporter le poids, la charge des ses actes. La responsabilité signifie aussi la pleine mesure des conséquences de ses actes, la prise en compte des implications de ses actes. Sous ce rapport, la responsabilité est comme un contrepoids de la liberté. Faire ou dire tout ce que l’on veut, ce n’est pas être libre : cela s’appelle de la licence. La différence et la frontière entre liberté et licence c’est donc la responsabilité. Lorsque la liberté menace l’ordre social ou le consensus de l’humanité, transgresse la loi et met en péril la liberté collective, ce n’est plus de la liberté. Max Weber a forgé le concept d’éthique de responsabilité qui incombe à l’homme politique dans certaines situations où il doit mesurer les implications et conséquences de ses actes. Il lui arrive même de violer ou de sacrifier l’éthique de conviction (conviction morale, valeur ou conviction personnelles) parce que les conséquences qu’implique son choix ou sa décision lui semblent excessives. C’est cela la vraie responsabilité : être apte, au nom de certaines valeurs supérieures, à renoncer à des choses auxquelles sa liberté donne pourtant droit. Charlie a-t-elle agi ainsi ? Les échansons de la liberté occidentale ont-ils compris cela ? 

Alassane K. KITANE, professeur au Lycée Serigne Ahmadou Ndack Seck de Thiès

Mardi 13 Janvier 2015 - 16:24



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