Des survivants racontent l’horreur de l’attaque des shebabs à Garissa

Le bilan de l’attaque lancée jeudi par les terroristes shebabs contre l’université de Garissa, au Kenya, ne cesse de s’alourdir : 148 personnes ont été tuées, dont 142 étudiants. Tandis que les autorités kényanes pensent avoir identifié le commanditaire et ont annoncé cinq arrestations en lien avec l'attentat, les premiers témoignages de survivants permettent de mesurer à quel point l'attaque fut effroyable.



Au lendemain de l’attaque contre l’université de Garissa, jeudi 2 avril dans l’est du Kenya, plusieurs survivants racontent le cynisme des terroristes shebabs. Equipés de masques et d'uniformes militaires, ils ont surtout visé les chrétiens, les sélectionnant en fonction de leurs habits, et les utilisant dans des mises en scène macabres.

« Cela va être de bonnes vacances de Pâques pour nous », disaient-ils en swahili, rapporte un témoin. Un étudiant raconte comment les shebabs se sont même amusés avec leurs otages, les faisant par exemple ramper dans des mares de sang. D'autres ont dû téléphoner à leurs parents pour leur demander de réclamer le retrait des troupes kényanes de Somalie, avant d'être exécutés froidement. Certains jeunes se sont même barbouillés du sang de leurs amis abattus afin de passer pour morts, alors que les islamistes ratissaient les salles une par une.

Des scènes « trop horribles pour être imaginées »

« Nous sommes venus pour tuer et nous faire tuer. " C'est ce qu'ils criaient », raconte une femme, épargnée, découverte au milieu de cadavres après avoir été contrainte de s'allonger sur eux. Un secouriste explique avoir vu des corps partout, des gens exécutés en ligne ou éparpillés dans le désordre. Des scènes « bien trop horribles pour être imaginées », dit-il. Auxtémoignages d'horreur  s'ajoute l'inquiétude. Des dizaines de personnes se pressent encore devant l'université, à la recherche de leurs proches dont ils sont sans nouvelles. Beaucoup d'autres sont à la morgue pour identifier leurs corps.

 

Selon le dernier bilan, 148 personnes ont été tuées, parmi lesquelles 142 étudiants, trois policiers et trois militaires. On compte également au moins 79 blessés. C’est l’attaque terroriste la plus meurtrière qu’a connue le Kenya depuis l’attaque d’al-Qaïda contre l'ambassade américaine, en 1998, qui avait fait 213 morts. Les quatre assaillants ont été tués et un homme fait figure de principal suspect : Mohammed Kuno, ancien professeur d’une école coranique de Garissa et désigné comme le commanditaire de l’attaque par les autorités kényanes, qui ont promis une récompense de 200 000 dollars pour tout renseignement qui permettrait de l'arrêter. Cinq individus ont été arrêtés en lien avec l'attaque, a rapporté la chaîne américaine CNN, citant le ministre de l'Intérieur Joseph Nkaissery.

Répondre aux défis médicaux

A Garissa, l’atmosphère reste ce samedi extrêmement tendue. L’urgence de l'organisation des secours médicaux et de l'évacuation des blessés et rescapés prédomine. « Ces dernières 24 heures ont été horribles et chaotiques », rapporte au micro de RFI le docteur Bashir Abdiweli, chef des opérations de Médecins sans frontières dans la région. Les équipes de l'ONG sont arrivées à Garissa vendredi après-midi, répondant à l'appel du ministère kényan de la Santé. « Après des événements aussi brutaux, les défis sont nombreux en matière de réponse médicale, notamment en ce qui concerne les médicaments et le matériel nécessaire », insiste Bashir Abdiweli.

Le médecin de MSF a été envoyé à Garissa depuis le camp de Dadaab, à quelques dizaines de kilomètres de là. S’il juge que « la réaction a été la meilleure possible » et salue les « nombreux personnels sur place qui ont tous fait leur maximum en terme humain et médical », il souligne aussi que l’hôpital de Garissa « est mal équipé pour faire face au type de blessures qui ont été constatées ». « Le plus difficile est de faire le tri entre les patients qui peuvent être soignés sur place, ceux qui peuvent rentrer chez eux et ceux qui dont l'état nécessite des soins plus délicats », expose-t-il.

Mais les équipes de Bashir Abdiweli apportent également un soutien en matière d’interventions chirurgicales et de soins postopératoires. MSF est par ailleurs intervenu vendredi près de la piste d’atterrissage de la base militaire de Garissa, où ont été envoyés certains des étudiants blessés. « Certains sont malades, d'autres sont surtout traumatisés. Aujourd'hui, nous avons vu au moins 74 survivants là-bas. Et les autorités kényanes s'organisaient pour leur déplacement et pour les faire sortir de la ville », précise le responsable de MSF, qui ajoute que des bus ont d’ores et déjà commencé à faire sortir ces rescapés de la ville.


• Le pape François dénonce un « silence complice »

Lors des célébrations du Vendredi saint, le 3 avril, le souverain pontife a adressé une prière particulière au nom de « nos frères persécutés, décapités et crucifiés en raison de leur foi sous nos yeux et avec notre silence complice ». Une prière bien sûr adressée aux chrétiens d'Orient et d'Afrique.

Le président des Etats-Unis, Barack Obama, a pour sa part contacté son homologue kényan, Uhuru Kenyatta, pour lui réaffirmer son soutien face au « fléau du terrorisme ». Le président américain, qui doit se rendre au Kenya en juillet prochain, a par ailleurs salué « l’extraordinaire ténacité du peuple kényan ».


Rfi.fr

Samedi 4 Avril 2015 - 13:43



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