Direct procès : arrêté, un pro-Habré face aux juges des CAE

Pour trouble à l’audience, Mahamad Togoy est en effet, face aux juges des Chambres Africaines Extraordinaires (CAE). En chemise claire et pantalon sombre, l’étudiant risque deux (2) ans de prison ferme, selon le réquisitoire du Procureur général, Mbacké Fall. Pour l'heure, il est placé sous mandat de dépôt. Et la chambre va délibérer. A la barre, Mahamad Togoy assume ses propos.



Témoin à charge, le président de la commission d’enquête des crimes et détournements commis par Habré, Mohamed Hassan Abakar est la barre. Il faut dire que son témoignage n'est pas du tout au goût des proches d’Habré qui assiègent la salle 4 du palais de Justice de Dakar depuis l’ouverture du procès. Parmi eux, Mahamad Togoy n’a pas manqué de manifester son ressentiment à l’égard du témoin. «On s’en fout de ce que vous croyez, donnez une preuve», scande-t-il en persistant sur ses déclarations. C’est ainsi que le Procureur général demande à la Cour d’ordonner son arrestation pour trouble à l’audience.

 
Il faut souligner que Mahamad Togoy est un récidiviste pour avoir été déjà expulsé de la salle pour ce même délit. L’étudiant arrêté, l’audience sera suspendue pour permettre à la Cour de statuer sur l’incident. A la reprise de l’audience, le président Gustave Kam demande à ce que le jeune homme soit présenté à la barre. La première question du juge à l’endroit de Mahamad Togoy sera s’il s’est trouvé un avocat pour assurer sa défense. «Aucun conseil ne peut me sauver», sert l’étudiant. « Ah bon », rétorque le président Kam. «On vous a nommé pour sceller des sorts», enfonce Mahamad Togoy. La réplique du juge ne tarde pas : «Nous avons une procédure que nous suivons et ce sont ces règles que nous allons suivre». «On a demandé votre expulsion et vous avez continué à vociférer, est-ce que vous pouvez vous expliquer sur ça ? », pose Gustave Kam.
 

«Je n’ai pas vociféré mais j’ai réagi à haute voix », campe le Tchadien qui confirme qu’il a déjà été expulsé de la salle pour trouble à l’audience. C’est ainsi que la parole est donnée au Parquet général pour poser ses questions. Ce qu’il ne fallait pas faire puisque le Procureur général en prend pour son grade. Mbacké Fall demande à l’étudiant s’il a des liens de parenté avec l’accusé. «Je ne réponds pas à ce monsieur », lance sèchement Mahamad Togoy. «Ce n’est pas un monsieur mais le Procureur général », coupe le juge. Mais rien n’y fera, l’étudiant campe sur sa position. «Tout homme est un monsieur », dit-il. Le réquisitoire du Procureur général est sans complaisance. Selon lui, le délit de trouble d’audience est constitué et Mahamad Togoy doit être déclaré coupable car il n’a aucun respect pour le tribunal. Dans sa dernière déclaration, l’accusé dira n’avoir rien prémédité, «si c’était le cas, j’aurai fait quelque chose de mieux», assène l’étudiant. Ce, pour marteler qu’il « assume sa réaction». «Chacun a un pays, une patrie, vous ne pouvez pas imaginer les effets que ce monsieur (Mohamed Hassan Abakar) et son rapport ont eu à l’extérieur et l’intérieur de mon pays», charge le Tchadien.
 

L’audience suspendue, la chambre s’est retirée pour décider du sort de l’étudiant. Assurant la défense de l'étudiant, Me Alioune Cissé a plaidé la clémence. Selon lui, son client a été emporté par la fougue de la jeunesse et il ne s'agit nullement de "rébellion". 


Mercredi 16 Septembre 2015 - 11:02



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