Ebola et terrorisme inquiètent mais les chiffres de la croissance de l'Afrique redonnent l'espoir

Elle est assaillie de toutes parts par les calamites, mais l'Afrique tient le coup. Les économies de ses pays continuent de se développer à un rythme soutenu malgré une croissance mondiale plus faible que prévue et une stagnation voire une baisse du prix des matières premières. Africa's Pulse, publication semestrielle de la Banque mondiale qui analyse les perspectives économiques du continent, en donne la preuve avec ses prévisions sur une forte croissance du PIB en 2015-16.



Ebola et terrorisme inquiètent mais les chiffres de la croissance de l'Afrique redonnent l'espoir
La forte hausse des investissements publics dans les infrastructures, l’augmentation de la production agricole ainsi que le développement des services dans les domaines du commerce, des télécommunications, des transports et de la finance devraient continuer de booster la croissance. Cette reprise de la croissance est attendue en dépit d’une conjoncture marquée par la baisse du prix des matières premières et des investissements directs étrangers liée au ralentissement de l’économie mondiale. Le rapport souligne que le prix des matières premières n’en demeure pas moins un facteur essentiel pour les perspectives économiques du continent: “Les matières premières représentent toujours les trois quart des exportations totales de biens de l’Afrique subsaharienne et la part des cinq premiers exportateurs de la région dans le volume total des exportations a atteint 60% en 2013 contre 41% en 1995. »

 
« L’Afrique devrait rester, selon nos prévisions, l’une des trois régions du monde à la croissance la plus rapide et devrait poursuivre sur la lancée de ces 20 dernières années, marquées par une croissance ininterrompue », a indiqué Francisco Ferreira, économiste en chef pour la Région Afrique de la Banque mondiale. « Parmi les risques à anticiper figurent la hausse des déficits publics dans de nombreux pays, les répercussions économiques liées aux activités de groupes terroristes tels que Boko Haram et Al Shabab et de manière plus urgente l’épidémie Ebola qui s’est abattue sur Afrique de l’Ouest. » En septembre dernier, la Banque mondiale a publié une étude sur les conséquences économiques potentielles d’Ebola. Elle a conclu que si le virus continuait de se propager dans les trois pays les plus touchés, à savoir la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone, son impact économique pourrait s’en trouver quasiment décuplé, avec des répercussions catastrophiques pour ces États déjà fragilisés.


La méfiance ralentie le rythme
Les tendances de la croissance en Afrique: des problèmes structurels et le manque de confiance des investisseurs ont considérablement ralenti la croissance en Afrique du Sud, deuxième économie du sous-continent. L’économie sud-africaine affichait un timide taux de croissance de 1% au deuxième trimestre 2014 en glissement annuel, son niveau le plus faible depuis la crise financière de 2009. L’activité économique s’est au contraire renforcée au Nigeria, la première économie de la région. Le PIB y est passé de 6,2% au premier trimestre 2014 à 6,5% au deuxième trimestre 2014 en glissement annuel.
 

La croissance est restée soutenue dans beaucoup de pays à faible revenu tels que la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie, le Mozambique et la Tanzanie. En Côte d’Ivoire, par exemple l’importante augmentation de la  production de cacao et de riz a stimulé le secteur agricole et contribué à soutenir la forte croissance économique du pays. L’agriculture et les investissements publics (en particulier dans les infrastructures) continuent de booster l’économie éthiopienne. Les taux d’inflation ont progressivement augmenté dans un certain nombre de pays. On constate un pic d’inflation dans les pays en voie d’émergence qui ont connu aussi une forte dépréciation monétaire, en particulier le Ghana. Pour quelques pays tels que le Ghana et la Zambie, la situation des finances publiques demeure fragile en raison de l’augmentation des dépenses courantes, tirées par une augmentation des salaires, et dans certains cas, de recettes plus faibles qu’attendues. Par ailleurs, les déficits publics importants réduisent la capacité des pays à répondre à des chocs exogènes, en diminuant leur réserve budgétaire.


 80 % de revenus tirés de l’agriculture vivrière
Il est crucial de transformer les économies africaines: en analysant les transformations structurelles et les dynamiques de pauvreté en Afrique, Africa’s Pulse constate que la région s’industrialise peu, passant à côté d’un facteur essentiel de croissance et d’emploi. Cette étude montre que l’extraction de ressources naturelles et le secteur des services soutiennent la croissance africaine. La contribution de la production industrielle et agricole à la croissance baisse, alors même que la plupart des travailleurs et 80% des populations les plus démunies tirent l’essentiel de leurs revenus de l’agriculture vivrière.

 
“Les économies africaines ont été transformées par près de deux décennies de forte croissance, mais les évolutions structurelles n’ont pas été au rendez-vous. La majorité des emplois en Afrique restent agricoles, même si les services progressent fortement, à l’inverse du secteur industriel et manufacturier » indique Punam Chuhan-Pole, économiste principale à la Banque mondiale et coauteur de cette publication. « La bonne nouvelle, c’est qu’en Afrique la croissance de l’agriculture et des services a davantage contribué à réduire la pauvreté que la croissance de l’industrie. Dans le reste du monde, on constate, en revanche, une plus forte contribution de l’industrie et des services à la baisse de la pauvreté. »
 

Punam Chuhan-Pole précise qu’entre 1996 et 2001 la croissance par habitant dans les services s’est élevée à 2,6% en moyenne, contre 0,9% dans l’agriculture et 1,7% dans l’industrie. Elle ajoute que le modèle de croissance et de transformation économique de l’Afrique a un impact important sur la réduction de la pauvreté: augmenter la productivité agricole et encourager la diversification des revenus dans les zones rurales (en libérant une partie de la main d’œuvre agricole) conduit à des transformations structurelles susceptibles de réduire la pauvreté. Le développement des économies locales et des emplois en zone rurale appelle davantage d’investissements publics, afin d’améliorer l’offre de biens et services dans les secteurs de l’éducation, la santé, le transport, l’énergie et des technologies de l’information et de la communication (TIC).

 
Enfin, le rapport souligne que « si l’industrie manufacturière n’est pas la panacée, il faut toutefois que l’Afrique développe sa base industrielle. L’ensemble des secteurs tireraient parti de meilleurs fondamentaux : climat des affaires favorable, stabilité macroéconomique, accès à une énergie fiable et bon marché,  transports moins coûteux et  main d’œuvre plus qualifiée. » Le soutien de la Banque mondiale en Afrique : Le Groupe de la Banque mondiale a renforcé son engagement en faveur de l’Afrique en finançant 160 projets au cours de cette année fiscale, pour un total de 10,6 milliards de dollars. Cet effort comprend un montant record de 10,2 milliards de dollars de prêts à taux zéro et de dons, accordés par l’Association internationale de développement (IDA), un record dans l’histoire de la Banque mondiale.


Mercredi 8 Octobre 2014 - 12:44



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