Ecoles coraniques: les enfants toujours victimes de sévices de leurs maîtres, Human Rights Watch dresse les députés contre Macky Sall



C’est pire que le rapport sur les longues détentions dans nos prisons. Annoncé depuis hier, le rapport est tombé. Et le constat pour Human Rights Watch (HRW) est là : Le Sénégal a réalisé des progrès insuffisants dans la protection de milliers de jeunes garçons vivant dans des écoles coraniques contre l'exploitation et les sévices souvent extrêmes qu'ils subissent aux mains de leurs maîtres. Ainsi, l’organisation en charge de veiller sur la déclaration Universelle des Droits de l’homme et surtout la protection des enfants, l'Assemblée nationale devrait accorder la priorité à l'adoption d'un projet de loi visant à améliorer les conditions de vie et à mettre fin à la mendicité forcée dans ces écoles. Et que le gouvernement devrait l'appliquer sans tarder.

 
Intitulé : « Exploitation sous prétexte d'éducation : Progrès mitigés dans la lutte contre la mendicité forcée des enfants au Sénégal » et long de 53 pages, ledit rapport juge le Sénégal dans ses efforts pour résoudre ce problème. A ce propos, HRW de rappeler à Macky Sall le fameux incendie de 2013 qui a ravagé une école coranique et tué pas moins de neuf (9) talibés à la Médina. Après cet incendie, note l’organisation, le président Macky Sall s'était engagé à prendre des mesures immédiates pour fermer les écoles où les élèves vivent dans des conditions insalubres ou sont exploités par des maîtres qui les forcent à mendier et leur infligent des punitions sévères s'ils ne parviennent pas à rapporter le quota d'argent exigé. Mais, malgré d'importantes avancées sur le plan législatif les autorités n'ont pris que peu de mesures concrètes pour mettre fin à ces abus, dresse le rapport où Matt Wells, chercheur sur l'Afrique de l'Ouest à Human Rights Watch, assène.

 
« Après des années au cours desquelles divers gouvernements n'ont apporté qu'un soutien de façade à la nécessité de réglementer les écoles coraniques, le gouvernement du président Sall a élaboré un projet de loi qui imposerait enfin à ces écoles des normes minimales en termes de santé, de sécurité et d'éducation ». Avant de marteler : « les autorités devraient faire adopter cette loi sans tarder et s'assurer qu'elle soit appliquée. Chaque jour supplémentaire d'inaction signifie que des enfants souffrent dans des environnements où ils sont maltraités».


De nombreux garçons interrogés par HRW notamment à Saint-Louis où vivent des garçons à peine âgés de sept ans et situés à une dizaine de mètres d'une décharge publique jonchée de carcasses d'animaux, de pièces d'automobiles usagées et d'ordures calcinées et Guédiawaye, une banlieue de Dakar, au moins 150 jeunes garçons, dont certains ont à peine six ans, dorment dans un bâtiment de béton abandonné sans portes ni fenêtres et envahi de moustiques sans eau ni électricité, ont affirmé qu'ils subissaient des sévices corporels lorsqu'ils ne parvenaient pas à rapporter le quota journalier d'argent et de denrées que leur maître leur impose. Ces sévices s'apparentent parfois à des tortures, les garçons étant dans certains cas brutalement châtiés à coups de fouet, de fil électrique ou de corde; enchaînés et placés dans des positions douloureuses pendant de longues périodes; et brûlés avec des substances caustiques. Comme cela est souvent le cas à Dakar, chaque garçon doit aller mendier pour rapporter chaque jour 500 francs CFA (un dollar) au maître qui, lui, vit ailleurs.

 
Des écoles semblables qui malheureusement existent dans d'autres zones urbaines du pays selon le rapport qui tempère. Toutefois, des milliers de maîtres coraniques à travers le Sénégal traitent bien les garçons qui leur ont été confiés par leurs familles pour apprendre le Coran et recevoir une éducation morale », assure HRW qui indique que  « c’est l'absence totale de réglementation de ces écoles qui a permis à d'autres individus d'ouvrir des écoles coraniques dans des bâtiments abandonnés ou des taudis délabrés qui constituent une menace pour la santé des enfants, leur sécurité et leur développement. Comme c'était le cas dans l'école où huit garçons ont péri dans l'incendie, les maîtres abusifs vivent en général ailleurs ».

 
Basé notamment sur des entretiens approfondis réalisés en octobre 2013 et janvier 2014 avec des militants de la société civile sénégalaise, des responsables gouvernementaux, des maîtres coraniques, des autorités religieuses et des garçons fréquentant ou ayant fréquenté des écoles coraniques, le rapport de HRW fait suite à un précédent rapport publié en avril 2010 et intitulé « Sur le dos des enfants: Mendicité forcée et autres mauvais traitements à l'encontre des talibés au Sénégal », qui documentait en détail la manière dont de nombreux hommes avaient détourné la longue tradition d'éducation religieuse du pays à leur profit pour en faire un système d'exploitation basé sur le travail de jeunes garçons qui sont forcés de mendier.

 
Pour HRW, il urge que le projet de loi et des projets de décrets d'application qui instaureraient une réglementation et une supervision gouvernementale des écoles coraniques -qui, selon des responsables gouvernementaux, soient très prochainement présentés aux députés. Ce qui, constituerait une avancée importante, décrète HRW qui ne manque pas de dénoncer qu’au Sénégal,  « seulement deux inspecteurs d'écoles coraniques sont employés à plein temps, un nombre très insuffisant pour surveiller les milliers d'écoles de ce type existant dans le pays » car « pour effectuer des inspections ou même superviser des inspections dans tout le Sénégal, nous avons besoin de davantage de personnel et d'équipement », déclarait en janvier dernier un responsable de l'Inspection des écoles.  


Mercredi 19 Mars 2014 - 16:20



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