Edito! La montée des périls

La violence a refait surface. Verbale et physique. La campagne électorale pour ce second tour gros d’une alternance générationnelle est émaillée d’incidents et de sorties de plus en plus violents. On se lâche au propre comme au figuré dans les deux camps. Cela vole bas. Hier, mercredi 14 mars à Kébémer, la caravane du candidat Macky Sall a été attaquée par des individus logés dans le camp de son adversaire, le candidat des Forces alliées (Fal 2012), Abdoulaye Wade, originaire de la ville. Sa sécurité et les éléments du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (Gign) et de la Brigade d’intervention polyvalente de la police (Bip) ont riposté aux jets de pierres des assaillants. Des agresseurs qui ont été mis en déroute, rapportent les journalistes qui ont suivi le convoi de Macky Sall. Ce dernier a condamné cette agression qui fait suite à celle un plus tôt perpétrée à Saint-Louis contre encore sa caravane.



Edito! La montée des périls
Avant Saint-Louis et Kébémer, on a eu droit les jours précédents à des échauffourées à Dakar, notamment aux Parcelles Assainies où des coups de feu et de gourdins ont permis de disperser le meeting de la coalition Benno Bokk Yakaar. Le mardi 13 mars dernier, la manifestation présidée par le président du Sénat, Pape Diop à Grand Dakar a été le théâtre d’affrontements brutaux entre partisans, des « frères » ou alliés du camp libéral. Le déballage et les attaques verbales dans un débat de caniveaux rythment de plus en plus la campagne du second tour où l’obscurantisme est assurément à la page. Des pratiques en effet, d’un autre âge, notamment ces meurtres ou ces curieux morts démembrés qui renvoient à des rites sacrificiels moyenâgeux, sans ajouter l’appel à la magie noire et autres rituels du même acabit avec à la clé l’effroi qu’éprouvent les albinos d’être sacrifiés à l’autel d’on ne sait quel Dieu à même d’élire ou de réélire le président, masquent le discours sain et programmatique, plongent la campagne dans le sordide et la terreur.

Des hommes encagoulés descendus à bord d’un véhicule 4x4 noir ont aspergé dans la nuit du 12 au 13 mars de sang les murs de la mairie de Fatick dont le locataire est le challenger du président sortant, avant de détaler, a informé la presse. Ripostant dans le même registre, le camp d’en face a effectué des sacrifices simultanément dans différentes places du pays, notamment à Yoff, Saint-Louis et Rufisque ont rapporté nos confrères du journal la « Tribune ». Au total, neuf chèvres, neuf bœufs et neuf coqs ont été tués.

Ces sacrifices ont été effectués sous la direction de dignitaires Lébous. Lesquels ont expliqué que ces pratiques sont destinées à contrer les féticheurs recrutés par les libéraux. On se croirait aux âges farouches ! Mais dans un pays où la modernité est devenue vice, les croyances archaïques vertus, cela n’est certainement pas étonnant.

A l’irrationalité de la campagne s’ajoute la violence physique de bandes de nervis conditionnées ? Verbale, d’hommes politiques à court d’arguments intelligents. Alors cela s’embrase un peu partout. Entre les deux camps et au sein de chaque camp aussi.

Les stigmatisations, les appels au meurtre, les agressions notées de plus en plus, font ressurgir les craintes du pire pour le 25 mars prochain. Heureusement vains le 26 février dernier, jour du scrutin du premier tour, malgré quelques petits incidents vite circonscrits, ces risques sont redevenus réels pour le dimanche 25 mars prochain, malgré les assurances du président sortant qui les nie tout en les favorisant par son discours et son comportement ainsi que celui de son camp. Si rien n’est fait pour étouffer dans l’œuf ce qui semble se préparer, un sabotage du vote des citoyens, tout peut arriver.

Mais est-ce que tout cela avait été prévu et planifié de longue date à l’insu du grand public ? Quelques 1556 demandes de permis de port ou détention d’armes à feu étaient enregistrées auprès des services compétents du ministère de l’Intérieur, nous apprend son rapport annuel d’activités en tout cas. Ceux là qui ont sollicité le manteau de la légalité pour détenir et faire usage d’arme (s) à feu, s’attendaient-ils à la dégradation du climat social et politique que l’on a observé dans la précampagne et la campagne du premier tour avec leurs 15 morts recensés pour chercher à s’armer ainsi ? Pourquoi ce subit intérêt aux gourdins et autres objets contendants ? Pourquoi en fabrique-t-on en quantité industrielle en cette période ci ? Pour quel usage ? Qui paie et pourquoi ? Que viennent faire les milices et factions à connotation religieuse sur la scène politique ?

Si seulement 456 de ces demandes ont été satisfaites, on peut bien se demander ce qu’il est advenu des 1100 autres armes de poings ou de feu dont la détention et l’emploi ont été requis auprès de la Division des armes et munitions ? Même si parmi les 456 permis délivrés, 220 constituent des renouvellements, il n’en demeure pas moins que 236 demandes sont nouvellement agréées et leurs bénéficiaires de s’ajouter aux détenteurs d’armes à feu. Certains d’entre eux n’hésitent point à exhiber publiquement leurs armes ou de tirer en l’air en attendant de le faire dans le tas ?
C’est donc à juste titre que le président de la Commission électorale nationale autonome (Cena), le magistrat Doudou Ndir a exprimé, lundi dernier sa vive préoccupation pour la sécurisation du second tour de la présidentielle et a exhorté le ministre de l’Intérieur à maintenir l’ordre sur l’ensemble du territoire.

Curieux si ce que la presse a rapporté sans être démentie s’avère, que le commissaire centrale de Dakar, le trop médiatique Arona Sy dise qu’il n’a pas vu ni les gourdins, ni leurs utilisateurs qui se pavanent cependant dans les rues de nos cités comme en territoire conquis. La sécurisation du vote, conditionnée par le maintien de l’ordre sur l’ensemble du territoire, demeure une véritable préoccupation a indiqué le président de la Cena. Le président Doudou Ndir a invité « les forces de défense, de police et de gendarmerie à mener le travail de sécurisation de l’espace public avec la fermeté qu’exigent les circonstances du moment, dans le respect du droit des citoyens ». Rappelant à Me Ousmane Ngom son arrêté interdisant le port d’arme sur tout l’étendu du territoire national, il lui a demandé de l’appliquer et de le faire appliquer strictement pour prévenir les troubles qui pourraient perturber le déroulement normal du scrutin. Sera-t-il entendu ?

Rien de moins sur, d’autant plus que ses injonctions semblent laisser de marbre les autorités du ministère de l’Intérieur qui reçoivent ordre ailleurs ou fonctionnent selon des paradigmes qui leur sont propres. Le ministre de tutelle, n’a-t-il pas déclaré hier avoir reçu l’assurance du marabout Cheikh Béthio Thioune que ses talibés se comporteront de façon irréprochable le 25 mars prochain et n’agresseront personne avec leurs gourdins qui ne sont qu’une « expression de foi religieuse ». Qu’est ce qui nous garantit que si cette foi est agressée selon leur entendement, leurs gourdins n’entreront pas en action ? Rien. Il est encore temps de faire entendre raison à tous les acteurs du jeu public. A l’Etat qui a lui, le monopole de la violence légale, de l’empêcher pour quiconque et pour quel que groupe que ce soit, en assurant la sécurité de tous et des biens sur l’ensemble du territoire national. C’est son devoir et du ressort de son pouvoir régalien. Mais, il n’y a plus une minute à perdre. Il faut agir.
Madior FALL (Sud quotidien)


Jeudi 15 Mars 2012 - 10:07



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter