Election présidentielle au Togo: cinq hommes pour un fauteuil

Ce samedi 25 avril, les électeurs togolais sont invités à se rendre aux urnes pour élire leur nouveau président. Cinq candidats sont en lice pour briguer la magistrature suprême. La campagne s’est terminée jeudi soir et, dans l’ensemble, elle s’est déroulée dans le calme.



Trois millions cinq cent mille électeurs, près de neuf mille bureaux de vote, cinq candidats, et beaucoup d’interrogations en ce jour de scrutin au Togo. Interrogations sur la capacité de la Commission électorale à gérer les doutes de l’opposition sur la qualité de son travail. Une partie de l’opposition dont son chef de file, Jean-Pierre Fabre, conteste toujours le manque de fiabilité du mécanisme de transmission des résultats. Interrogation également sur la capacité de l’opposition à empêcher le président sortant de profiter à plein d’un mode de scrutin taillé sur mesure pour lui faciliter le travail. Avec un seul tour, il suffit en effet d’avoir une majorité relative sur ses concurrents. Nul besoin de franchir la barre des 50%. De plus, l’opposition n’a pas pu se mettre d’accord sur le principe d’une candidature unique qui aurait pourtant renforcé ses chances.

 
Interrogation aussi sur la mobilisation des électeurs ; outre le fait que certains opposants comme Paul Dodji Apévon appellent au boycott, la campagne n’a pas soulevé l’enthousiasme de la population. Interrogations enfin sur la capacité des Togolais à préserver jusqu’au bout le climat paisible qui prévaut jusqu’ici. Les précédents scrutins présidentiels ont été marqués par la violence.
 

Quatre candidats face au président sortant
Deux têtes d’affiche et trois outsiders briguent la présidence togolaise. Les 3,5 millions d’électeurs ont donc moins de choix qu’en 2010 où sept candidats étaient en lice. En revanche, ils découvrent de nouvelles têtes. A commencer par le benjamin du scrutin, Gerry Taama, 40 ans, ancien officier de l’armée togolaise. Gerry Taama prône la rupture. Mohamed Tchassona Traoré, ancien notaire, espère hériter pour sa part de bon score dans la région centre. Il est issu de la deuxième ville du pays, Sokodé. Aimé Gogué, vice-recteur de l’université de Lomé, professe une rupture idéologique dans le nord du pays, acquis depuis toujours à la famille Gnassingbé. Jean-Pierre Fabre et Faure Gnassingbé en sont à leur deuxième confrontation après celle de 2010. Près de 30 points séparaient alors les deux hommes. L’opposant qui n’a jamais accepté le moindre compromis avec le pouvoir estime que 2015 marquera le début de l’alternance. Et prend en exemple la présidentielle au Nigeria. Le candidat président, Faure Gnassingbé brigue son troisième mandat. Dix ans après avoir entamé une lente mutation de l’appareil politique hérité de son père, il prône aujourd’hui la poursuite de réformes et se prévaut d’avoir amené au pays une croissance annuelle de 5 à 6%.
 

Les polémiques entre la Commission électorale et l’opposition ne se sont pas éteintes. Après la qualité du fichier électoral mise en doute par plusieurs candidats, c’est le logiciel de compilation et de transmission des résultats, un logiciel appelé « Succes », système unifié de collecte et de centralisation pour les élections et les statistiques, qui fait l’objet des craintes. L’opposition a peur du « Succes ». Ce logiciel de compilation et de transmission des résultats est, selon plusieurs candidats, la porte ouverte à la fraude. Jean-Pierre Fabre, le leader de l’opposition a envoyé une lettre au chef de l’Etat pour souligner les risques de violences qui peuvent naître si ce logiciel est utilisé pour la proclamation des résultats. Même tonalité chez le candidat Aimé Gogué qui précise qu’il ne reconnaîtra pas les résultats s’ils sont proclamés à l’aide du logiciel. Le candidat Gerry Taama note cependant que ceux qui crient au loup aujourd’hui auraient dû ouvrir les yeux lorsque la Céni a voté la mise en place de ce logiciel.
 

Pour sa part, la commission électorale se défend en affirmant que Succes permet à la fois de faire remonter en toute sécurité les résultats partiels, mais aussi le taux de participation et les éventuels incidents. Il ne se substitue pas aux procès-verbaux de bureaux de vote, affirme la Céni, il s’y ajoute. Des arguments qui ne rassurent pas l’opposition qui redoute d’être mise devant le fait accompli de résultats annoncés de façon précipités. En un mot, Succes n’est pas synonyme de confiance.
 

Rfi.fr

Samedi 25 Avril 2015 - 00:17



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