«Emmanuel Macron fait un rêve comme Martin Luther King»



«Emmanuel Macron fait un rêve comme Martin Luther King»
Le linguiste et écrivain Damon Mayaffre a analysé la rhétorique d'Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Il observe un discours de la conciliation chez le candidat d'En Marche!, centré sur le vocabulaire onirique.
Les deux derniers candidats en lice à la présidence de la République ont rivalisé ces derniers mois de mots percutants pour marquer les esprits. Le spécialiste de l'analyse du discours politique et chercheur au CNRS, Damon Mayaffre, a passé au scanner ces éléments de langage, très différents, qui reviennent dans les discours de Marine Le Pen et d'Emmanuel Macron.
LE FIGARO - En quoi diffèrent Emmanuel Macron et Marine Le Pen sur le plan linguistique?
Damon Mayaffre - Grammaticalement, les discours d'Emmanuel Macron sont portés par les pronoms, là où ceux de Marine Le Pen sont portés par les noms. C'est-à-dire qu'ils sont centrés sur les personnes, la sienne d'abord puis celles des électeurs, là où Marine Le Pen appuie sur les idées, les substantifs, les mots forts qu'elle utilise. Cela signifie qu'Emmanuel Macron cultive l'adhésion, l'échange, l'interaction. Il veut faire le lien entre le «je» du leader et le «vous» de l'auditeur, pour potentiellement créer un «nous» rassembleur et dynamique. La substance de son programme n'est pas l'essentiel.
La candidate du Front National, elle, insiste sur un lexique idéologique, notamment des mots en -isme (mondialisme, islamisme, fondamentalisme). Particulièrement, pour le deuxième tour, elle a souvent un vocabulaire fort mélenchonien (finance, argent, oligarchie) qui diffère complètement de celui d'Emmanuel Macron qui évite de se positionner.
Comment comprendre l'appellation de son parti En Marche!?
Il est significatif. Le nom Les Républicains est au fond un programme à lui seul. Le Parti socialiste véhicule une histoire et une idéologie. Ici, avec En Marche!, Emmanuel Macron est davantage dans la dynamique que dans la thématique, dans l'interaction plus que dans l'idée. Il est dans le mouvement plus que dans le programme. Son affiche du deuxième tour va dans le même sens. «Ensemble» insiste sur la forme ou la modalité avant d'indiquer un contenu. Le but est de rassembler évidemment par-delà le programme.
«L'espoir», le «rêve», «pardon», «en même temps»... Ces mots reviennent systématiquement chez Emmanuel Macron. Que veulent dire ces répétitions de l'homme politique?
Emmanuel Macron évite d'utiliser des concepts qui fâchent, marqués à droite ou à gauche de l'échiquier politique. En revanche il n'hésite jamais à piocher dans un vocabulaire positif et émotionnel loin du combat idéologique. On note ainsi chez lui la rengaine du rêve, de l'espoir, de la jeunesse, de l'avenir. Emmanuel Macron, dans plusieurs discours, fait un rêve, comme Martin Luther King. Le candidat d'En Marche! est le candidat de la positive attitude dans le cadre d'une campagne plutôt anxiogène.
Quel est, selon vous en tant que linguiste, le meilleur orateur de ce second tour?
Si l'on se fie à la tonalité du discours et au niveau de la grammaire des deux candidats, je pencherais plutôt pour Emmanuel Macron. Sa rhétorique me semble en effet plus adaptée pour un second tour. Ses discours sont fondés sur le consensus et le rassemblement. Il y a chez lui un sentiment de communion qui va au-delà de son corps militant, ce qu'a beaucoup de mal à faire Marine Le Pen, dont le discours plus clivant et plus marqué idéologiquement empêche le ralliement de tous. Emmanuel Macron a un discours plus creux, mais plus rassembleur. Sera-t-il pour autant suffisant?
 
 


Mercredi 3 Mai 2017 - 10:32



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