Emploi au Sénégal-les "SDI" remplacent CDD et CDI: les jeunes diplômés crient leur désarroi



Trouver un emploi est devenu un véritable casse-tête chinois au Sénégal. Du coup, les jeunes sont prêts à signer un "Stage à Durée Indéterminée"  (SDI), faute de Contrat à Durée Déterminée (CDD) ou de Contrat à Durée Indéterminée (CDI). De jeunes diplômés désireux de mettre en pratique leurs connaissances acquises dans les écoles,  se confient à Pressafrik.com. Aïssatou Sabaly, 30 ans, ouvre le débat. Selon elle, il s’agit d’une nouvelle forme d’esclavage.
 

« C’est de l’esclavage, car les patrons d’entreprises sont en train de nous exploiter en toute impunité. J’ai  ma licence en banque finance et assurance Bac+3. J’ai travaillé dans une grande boîte de la place pendant huit (8) mois sans rémunération, ni prime de transport » a-t-elle témoigné. Une expérience qu'elle partage avec beaucoup de jeunes au Sénégal, pourtant la loi est claire: « Un stage doit durer au maximum six (6) mois, ce délai dépassé, l’employeur est tenu d’emboucher ou de remercier le stagiaire.


Mais face à un taux de chômage très élevé les jeunes n’ont plus le choix et continuent à accepter cette forme d’esclavage en espérant d’être embauché un jour. C’est le cas d'Ousmane Sow qui estime que mieux vaut rester dans une entreprise deux (2) ans sans être payé que de rester devant sa maison à boire du thé. « C’est une situation assez délicate certes mais que voulez-vous qu’on fasse, on garde l’espoir d’avoir un contrat, donc nous sommes tenu de rester dans les entreprises même si nous ne sommes pas payer. Je travaille dans une grande entreprise très connue depuis un (1) an maintenant, avec un statut de stagiaire. Et je perçois une somme dérisoire en guise de rémunération ». Ousmane d’ajouter: «Je n’ai pas quitté l’entreprise mais je postule dans les autres sociétés tout en espérant être embauché, car je ne songe pas rester chez moi à ne rien faire ».


Selon lui le plus dur, c’est de travailler et de devoir demander à ses parents le transport pour aller au boulot. « C’est de la torture » dit –il en éclatant de rire.Toutefois, d’autres qui sont dans des situations beaucoup plus délicates pensent que ces jeunes qui ont la chance d’intégrer une entreprise devraient se réjouir. Anta Sakho explique: « Eux au moins ils ont du travail; j’ai fait cinq (5) ans à l’université et jusqu’à présent je n‘ai pas pu trouver ne serait ce qu’un stage, donc à leur place je continuerais à travailler en espérant un contrat ». Son ami Daouda, 28 ans abonde dans le même sens. «Le Sénégal va de mal en pis, le taux de chômage est de plus en plus élevé. Nous souffrons, à mon âge je devrais conduire une voiture (éclat de rire) mais hélas,  « Awma lou soukeur café » je suis fauché et sans boulot. Macky Sall doit prendre des mesures et penser aux jeunes qui sont l’avenir de ce pays », lance t-il.

 
Ce directeur d’une petite entreprise qui a préféré garder l’Anonymat soutient que ce n’est pas de la faute des employeurs mais c’est le pays qui est concerné. « Nous  faisons de notre mieux pour donner la chance aux jeunes diplômés mais, il n y a pas de mesure d’accompagnement, les petites et moyennes entreprises doivent bénéficier d’une subvention de la part de l’Etat pour pouvoir subvenir à leurs besoins. La demande d’emploi est supérieur à l’offre donc on ne peut pas prendre le risque de signer des contrats qu’on ne sera pas en mesure d’honorer, je préfère être clair avec mes employés, je ne peux pas signer de CDD ou CDI à tout le monde », explique ce dernier.


Ainsi, les SDI sont de plus en plus en vogue, les employeurs se disent être dans l’impossibilité de garantir un contrat en bonne et due forme, résultat les jeunes diplômés en payent les pots cassés.
 


Jeudi 16 Avril 2015 - 11:31



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