«En 10 ans, plus de 30 greffiers ont démissionné»: le SYTJUST alerte sur une insuffisance de ressources humaines



Le Syndicat des Travailleurs de la Justice (SYTJUST) semble inquiet. «Le service public de la justice est l’objet d’une grande désertion de ses agents. En effet, il a été constaté qu’en moins d’une décennie beaucoup de travailleurs de la justice ont migré vers d’autres secteurs d’activités professionnelles tant publiques que privées.  A ce titre, on a pu relever qu’en moins de dix (10) ans, plus de trente (30) greffiers ont démissionné de leurs fonctions pour se reconvertir ailleurs, sans compter le nombre impressionnant de secrétaires, de commis et d’agents d’administration qui quittent le Ministère de la Justice par affectation à d’autres secteurs de l’administration », lit-on dans le communiqué parvenu à Pressafrik.com.

 
Départs qui entraînent selon le SYTJUST, «une insuffisance de ressources humaines à même d’assurer une offre de service public de qualité aux usagers et aux justiciables. Effectivement avec la dernière promotion du Centre de Formation Judicaire CFJ, le Sénégal ne compte que sur 308 greffiers et 514 magistrats pour assurer l’offre de Justice et cela en dehors des standards internationaux qui fixent le ratio de deux (02) Greffiers pour un (01) magistrat ». De manière globale, «les travailleurs de la Justice sont réduits au nombre de 928 agents à côté des magistrats pour assurer le service public sur l’ensemble du territoire national. C’est ce qui explique les lenteurs constatées dans les procédures judiciaires telles qu’ il ressort du rapport d’étude d’octobre 2014 d’une équipe d’experts de B&S Europe qui a conclu en ces termes : « la durée moyenne d’une procédure pénale au Sénégal est de 17 à 21 mois, 7 mois concernant l’attente de la première audience (soit près de 30% de la durée totale de la procédure)…L’insuffisance du personnel et la surcharge du travail ont été évoquées comme cause principale de ces retards qui freinent la procédure », indiquent ces travailleurs qui précisent que « cette situation va inexorablement s’aggraver avec la création de nouvelles juridictions du fait de la mise en œuvre de la nouvelle carte judiciaire qui nécessitera un redéploiement du personnel qui est déjà insuffisant ».
 

Pour le SYTJUST, «cette désertion du personnel du ministère de la justice s’explique par les conditions difficiles de travail dans les juridictions, l’absence d’une bonne perspective de carrière ainsi que la pauvreté qui les afflige depuis des générations : aucun membre de ces catégories professionnelles ne bénéficie de rémunérations descentes en adéquation avec le coût actuel de la vie ». De ce fait, « le service public de la justice est devenu un terreau propice à des déviances libérées par cette précarité qui frise la paupérisation. Tout cela découle d’une absence d’une prise en compte des préoccupations réelles et légitimes de la cheville ouvrière que constitue les travailleurs de la Justice qui ont toujours été les oubliés du secteur. Pour preuve, au nom de la Gouvernance Judiciaire des réformes ont été initiées parmi lesquelles la nouvelle carte judiciaire, la réforme du code pénal et du code procédure pénale, sans qu’il soit jugé nécessaire d’initier des reformes allant dans le sens d’améliorer les conditions de travail et d’existences des travailleurs de la Justice ».


 
« Les Travailleurs de la Justice ont été toujours oubliés alors que sans eux il ne saurait avoir de service public de la Justice. A titre illustratif les rentrées des cours et tribunaux ont toujours été des tribunes solennelles pour exposer devant le Président de la République les multiples difficultés inhérentes à la bonne marche de la justice, et pourtant le sort de ses travailleurs n’y a jamais eu droit au chapitre.  Ainsi, les Travailleurs de la Justice ont été toujours contraints à faire recours à la protestation qui se traduisait par des paralysies endémiques de l’appareil judiciaire résultant de grèves cycliques qui ont occasionné de graves dysfonctionnements du service public de la Justice aux regrettables conséquences d’une trop grande ampleur.

 
Cette situation appelle de la part du Gouvernement une attention particulière sur le sort des Travailleurs de la Justice qui, avec responsabilité sensibilisent les autorités à différents niveaux pour éviter une nouvelle ébullition du front social qui serait dommageable pour le Sénégal qui aspire à l’émergence », préconise le SYTJUST. 


Jeudi 22 Janvier 2015 - 12:42



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