En Afrique, l'homosexualité toujours largement criminalisée

Ce dimanche marque la journée mondiale contre l’homophobie. 77 pays dans le monde pénalisent aujourd’hui l’homosexualité par de la prison, de la torture ou des travaux forcés. Dans onze pays, l'homosexualité est passible de la peine de mort. A ce jour, les deux tiers des pays du continent africain criminalisent l’homosexualité. L'Ouganda a par exemple durci sa législation l'an dernier. En revanche, au Kenya où ces pratiques sont passibles jusqu'à 14 ans de prison, la Haute Cour a donné raison en avril dernier aux ONG spécialisées qui se battaient pour obtenir le droit de s'enregistrer.



Des militants ougandais de défense des droits des homosexuels en Ouganda. REUTERS/Edward Echwalu
Des militants ougandais de défense des droits des homosexuels en Ouganda. REUTERS/Edward Echwalu

Pour protester contre cette criminalisation de l’homosexualité, samedi, à la veille de lajournée mondiale contre l’homophobie, quelques dizaines de personnes se sont rassemblées samedi sur le Parvis des droits de l’homme à Paris.

Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty international, l’un des organisateurs de l’événement attire l’attention sur la situation des personnes homosexuelles en Afrique : « C’est très variable d’un pays à l’autre, mais en règle générale, la majorité des pays de l’Afrique subsaharienne ont des politiques ou des lois qui sont très discriminantes voire criminalisantes pour les homosexuels, souligne-t-elle. Les pays qui sont le plus au-devant de la scène à l’heure actuelle, ce sont l’Ouganda  et le Nigeria  parce que régulièrement ils proposent des lois qui soient encore plus répressives. Le Cameroun est également un pays qui est extrêmement connu parce que les personnes suspectées d’être homosexuelles sont emprisonnées et subissent soi-disant des tests pour savoir si elles le sont. Au niveau africain, le pays qui sort finalement du lot, c’est l’Afrique du Sud puisque ça a été un des premiers pays à adopter le mariage pour les personnes de même sexe. Par contre, on voit que dans la pratique les homosexuels sont toujours persécutés et notamment les lesbiennes. Et donc on voit qu’au-delà d’adopter des lois, il y a toute une éducation à faire pour que les gens comprennent réellement que l’homophobie est un crime, et que ce n’est pas le fait justement d’être homosexuel qui l’est. »

En Afrique, les personnes homosexuelles risquent la peine de mort en Mauritanie, au Nigeria, au Soudan ou encore en Somalie. Et dans beaucoup de pays, si l’interdiction n’est pas inscrite dans des textes de loi, dans la pratique l’homosexualité reste stigmatisée dans la société, par les communautés religieuses et les responsables politiques. C'est ce que dénonce Graeme Reid, directeur du département LGBT (lesbiennes, gays, bi et transsexuels), à Human Rights Watch :

« Ce qui est intéressant c’est que la plupart des lois en vigueur en Afrique subsaharienne sont des lois coloniales qui ont été imposées par les Britanniques au temps des colonies, et qui n’ont pas été abrogées, dénonce-t-il. Autre aspect intéressant : au cours des 25 dernières années, on a vu l’émergence d’un mouvement LGBT, et d’une certaine façon, il y a eu des réactions contre cela. Les gays et lesbiennes sont plus visibles qu’avant, plus organisés, ils revendiquent leurs droits à l’égalité, il y a une sorte de réaction à cela. Et il y a aussi des avancées. L’an dernier, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a voté une résolution qui condamne les violences à l’égard des personnes LGBT et qui demande que les auteurs soient présentés à la justice. Donc il y a un mouvement positif, mais aussi une réaction négative. Je pense que ce qui est dérangeant, c’est la manière dont de nombreux dirigeants utilisent l’homophobie comme moyen de distraction pour dévier l’attention des véritables problèmes économiques et politiques. Donc ils s’en prennent à une communauté vulnérable, dans ce cas les personnes LGBT, et en font le problème central, plutôt que de s’attaquer aux problèmes économiques du pays. »


Rfi.fr

Dimanche 17 Mai 2015 - 12:58



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