En Afrique, les enfants handicapés trop souvent exclus de l’école

Qu'ils soient malvoyants, sourds ou atteints d’un retard psychomoteur, selon un rapport publié par Human Rights Watch, en Afrique du Sud, 500 000 enfants seraient exclus du système scolaire à cause de leur handicap. Quelle est la situation sur le continent ?



Des élèves dans une école primaire de Dougouba au Mali (Capture d'écran). Unicef
Des élèves dans une école primaire de Dougouba au Mali (Capture d'écran). Unicef

Pour Elin Martinez, chercheuse auprès de Human Rights Watch qui publie un rapport, en Afrique du Sud, les établissements scolaires ignorent, sciemment ou non, qu’ils ont l’obligation d’accueillir ces élèves. « Souvent, les écoles disent qu’elles ne peuvent pas accueillir un enfant avec un handicap sans donner plus d’explications aux parents, explique-t-il.Et la plupart des parents ne connaissent pas les droits de leurs enfants. De plus, on leur fait comprendre très tôt que leurs enfants ne pourront pas faire les mêmes choses. Ce qu’il faut savoir, c’est que toute école publique a pour obligation d’accueillir n’importe quel enfant et dans le cas d’un enfant avec des besoins particuliers, l’école doit s’adapter. »

Et pourtant l’Afrique du Sud dit travailler pour que tous les enfants sud-africains soient inscrits dans des écoles primaires suivant l’un des Objectifs du millénaire pour le développement  de l’ONU. Seule alternative pour ces enfants, les écoles spécialisées qui sont trop peu nombreuses et coûtent cher. Il existe 22 écoles pour les non-voyants dans toute l’Afrique du Sud, alors qu’il y aurait environ 100 000 enfants aveugles.

  • Niger : Naima, sourde et muette à Agadez

La ville d’Agadez, dans le nord du Niger, abrite 113 000 habitants mais ne compte que deux écoles spécialisées pour les enfants handicapés : une pour les malvoyants et une autre plus récente pour les sourds-muets. La fréquentation de ces écoles reste très faible cependant du fait de parents qui préfèrent souvent cacher le handicap de leurs enfants ou qui n’ont pas les moyens pour assurer la scolarisation de ces enfants.

Sourde et muette, Naima a presque 9 ans aujourd’hui. Issue d’une famille pauvre, la petite fille est bien habillée, propre et même voilée comme c’est à la mode ici. Zeinabou, sa maman, nous explique son désir d’aller à l’école. « Le temps que ses frères se préparent pour aller à l’école, elle est déjà prête, raconte-t-elle. Elle se lève tôt le matin, elle met ses habits et ses chaussures et prend son sac. »

La seule école pour sourds et muets à Agadez est assez loin de chez Naima. Ses parents n’ont pas les moyens d’assurer son transport aller-retour de l’école à la maison chaque jour. Faute de mieux, sa maman l’envoie pour l’instant dans une école classique. Mariama, l’une de ses éducatrices, apprécie sa volonté d’apprendre. « Elle écrit bien, elle dessine bien. Même quand elle veut sortir, elle imite les gens, rapporte-t-elle. Elle sait qu’on doit demander la permission. Elle s’avance, elle demande la permission et elle sort. Au retour, elle dit encore merci. » Malgré tout, cette école non spécialisée n’est sans doute pas des plus adaptées pour Naima. Mais pour l’instant, c’est la seule solution. « On s’en remet à Dieu », confie sa maman.

  • Au Nigeria, une politique volontariste mais des moyens trop faibles

Le handicap d’un enfant au Nigeria rime avec tabou et exclusion, car bien des parents vivent cet état avec honte et de fait enferment leur enfant dans une situation d’exclusion, en retardant leur inscription à l’école voire, dans certains cas, en s’abstenant de faire les démarches.

Pourtant, le Nigeria propose bien une éducation universelle de base. En quelques décennies, la scolarisation générale est montée en flèche, et par ricochet la situation s’est améliorée dans les années 1980-1990 pour les enfants relevant du handicap : construction de centres spécialisés dédiés, ouverture d’unités dans les écoles classiques. Une politique volontariste néanmoins freinée par le manque d’enseignants et de matériel pédagogique, des frais de scolarité quatre à dix fois supérieurs au coût moyen. De nombreux parents nigérians ne peuvent pas payer.

Poussés par le lobbying d’associations de défense, certains Etats ont adopté des décrets pour combattre les discriminations. Cela reste trop timide et trop à la marge surtout dans un pays où selon les estimations, plus d’un Nigérian sur huit vivrait avec un ou plusieurs handicaps, soit un peu plus de 20 millions de personnes.


Rfi

Vendredi 21 Août 2015 - 10:42



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