En ouverture, la Berlinale swingue avec le biopic « Django » et « résiste » à Donald Trump

La 67e édition du festival allemand a démarré jeudi avec la projection d’un film consacré à Django Reinhardt.



En ouverture, la Berlinale swingue avec le biopic « Django » et « résiste » à Donald Trump
Un air de swing et l’ombre de Donald Trump ont plané sur l’ouverture de la Berlinale, jeudi 9 février. Ce rendez-vous de cinéma à la dimension politique assumée a débuté avec un premier appel à la résistance au président des Etats-Unis et la projection du film d’ouverture consacré à la fuite du jazzman Django Reinhardt face aux nazis.
 
Quelque 18 films sont en lice pour l’Ours d’or qui sera remis le 18 février par un jury présidé par Paul Verhoeven, le réalisateur sulfureux de Basic Instinct et plus récemment Elle, avec Isabelle Huppert.
 
« Résister » à Donald Trump
 
Avant le coup d’envoi des festivités, le cinéaste néerlandais, qui navigue entre Hollywood et cinéma d’auteur européen, a confié vouloir des surprises et des films « controversés », jugeant que le cinéma y parvenait de plus en plus rarement, quitte à avoir des « échanges musclés » au sein du jury pendant les onze jours du festival. « J’espère qu’il y aura des idées que je n’ai pas encore vues, qu’elles soient éthiques ou immorales, peu importe », a-t-il déclaré mercredi dans un quotidien allemand.
 
Certains de ses collègues ont d’emblée dénoncé la politique du nouveau locataire de la Maison Blanche. « Je veux que l’on sache qu’il y a de nombreuses personnes dans mon pays qui sont prêtes à résister », a déclaré à la presse l’actrice américaine Maggie Gyllenhaal.
 
Valeur montante à Hollywood, l’acteur mexicain Diego Luna a usé d’humour pour dénoncer le projet de mur entre le Mexique et les Etats-Unis que souhaite bâtir M. Trump. « Je vais enquêter sur la façon d’abattre les murs, il y a de nombreux experts ici », a-t-il dit à propos de la capitale allemande qui fut hermétiquement divisée entre 1961 et 1989.

Air de swing

Le marathon cinématographique a démarré avec Django, un biopic racontant comment le célèbre guitariste a été forcé de fuir en 1943 Paris occupé en raison de son appartenance à la communauté manouche persécutée par les nazis, un épisode peu connu de sa vie. C’est l’acteur français Reda Kateb, révélé dans Un prophète, qui prête ses traits au fondateur du jazz manouche, d’abord aveugle au sort réservé aux siens avant d’ouvrir les yeux. Il ira ensuite jusqu’à composer un requiem en mémoire des Tsiganes tués par les nazis.
 
Django « est un personnage tiraillé, ce n’est pas un héros. Par contre, ce requiem, c’est sa réponse » aux drames qui l’entourent, a estimé le réalisateur Etienne Comar, dont c’est le premier film, devant la presse à Berlin. Jusqu’ici connu comme scénariste et producteur (Des hommes et des dieux), le cinéaste a voulu éviter de réaliser un biopic classique, préférant se concentrer sur le portrait d’un artiste qui s’engage à travers sa passion.

De facture classique, le film doit beaucoup à l’interprétation de Reda Kateb, qui a appris à jouer de la guitare à trois doigts comme le maestro et compose un Django romanesque, entouré de femmes, dont Cécile de France.

« Oui à la vie »

« Nous avons là un programme qui dit “oui à la vie” et des artistes qui décrivent des quotidiens bouleversés par des apocalypses mais dans lesquels il y a toujours une porte de sortie », a résumé Dieter Kosslick, directeur de la Berlinale. Fidèle à sa tradition, le festival accueillera films d’auteur et grosses productions américaines, comme Logan, le troisième volet des aventures du superhéros Wolverine avec Hugh Jackman.

Face à ces grosses machines, la Polonaise Agnieszka Holland (Europa Europa), une des quatre réalisatrices en compétition, et le Roumain Calin Peter Netzer, lauréat de l’Ours d’or 2013, viendront présenter leur nouveau film. Richard Gere, Laura Linney, Rebecca Hall et Chloë Sevigny seront à l’affiche du thriller The Dinner, présenté vendredi, sur deux familles liées par un terrible secret.

Ardent défenseur de la cause tibétaine, l’acteur américain en a profité pour rencontrer dès jeudi la chancelière allemande Angela Merkel. Elle avait reçu l’an dernier George Clooney pour évoquer le sort des réfugiés en Europe. La Berlinale avait ensuite récompensé de l’Ours d’or le film italien Fuocoammare, par-delà Lampedusa, sur la crise migratoire. Cette thématique reste très présente cette année avec des actions de solidarité et le dernier film d’Aki Kaurismäki (L’Autre Côté de l’espoir), en compétition, sur le parcours d’un réfugié syrien dans Helsinki.

Au total, pendant onze jours, quelque 400 films provenant de 70 pays vont être diffusés dans le cadre du festival, un des plus grands en Europe et le seul à être ouvert au public.

 

lemonde.fr

Vendredi 10 Février 2017 - 07:39



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