Face à l'afflux de migrants, l'Espagne doit «minimiser les blessures»

La situation est très tendue à Melilla, cette enclave espagnole de la côte marocaine qui correspond à la frontière sud de l'Europe et où des centaines d'Africains tentent de passer illégalement chaque mois, malgré une frontière grillagée très haute hérissée de fils barbelés. Alors que deux « assauts d'immigrants », comme dit la police espagnole, ont eu lieu en 48 heures ce week-end, les agents ont reçu l'ordre de « minimiser les blessures » contre les sans-papiers.



Des officiers de la Garde civile espagnole tentent d’arrêter les migrants africains qui veulent rejoindre l’Espagne par l’enclave de Melilla, en territoire marocain, le 15 octobre 2014. REUTERS/Jesus Blasco de Avellaneda
Des officiers de la Garde civile espagnole tentent d’arrêter les migrants africains qui veulent rejoindre l’Espagne par l’enclave de Melilla, en territoire marocain, le 15 octobre 2014. REUTERS/Jesus Blasco de Avellaneda

Il y a beaucoup de violences à cette frontière depuis des années, et de manière singulière depuis des mois, et encore ces dernières semaines. La nuit surtout, des centaines d'Africains tentent d'escalader le grillage en différents endroits. En face, les gardes civils espagnols, bien moins nombreux mais armés jusqu'aux dents, tentent de les en empêcher.Cela donne lieu à des affrontements très durs, très violents entre agents et immigrés - qui doivent escalader une frontière très haute, très périlleuse. Au moment de sauter du côté espagnol, les agents jouent de la matraque. Plusieurs vidéos récentes montrent des passages à tabac à faire frémir.

Une vidéo qui fait spécialement polémique

Parmi ces vidéos, celle filmée par l'organisation des droits de l'homme Prodein, à Melilla, fait spécialement polémique. On y voit des gardes civils frapper avec force sur un immigrant inconscient, sans défense. Il s'appellerait Danny, il est Camerounais et aurait 23 ans. Après avoir été tapé à la matraque, Danny est traîné, la porte du grillage est ouverte et il est reconduit au Maroc pour finir à Nador, dans un camp de migrants de fortune. Aujourd'hui, on ne connait pas son état de santé. Mais ce qui choque plusieurs associations de défense des sans-papiers, c'est cette sauvagerie sur un sans-papiers qui est ensuite reconduit à la frontière. Rappelons qu'il y a environ 1 200 immigrés à Melilla qui ont pu passer la frontière.

Un « no man's land »

En fait, ce qui est en jeu, au-delà de la brutalité, c'est le droit ou pas de rendre un immigrant vers le Maroc. Le 18 juin et le 13 août, des vidéos montraient déjà des gardes civils espagnols en train de pousser des sans-papiers qui avaient escaladé le grillage dans un couloir vers le Maroc de nouveau. Les associations des droits de l'homme comme Human Rights Watch disent que c'est totalement illégal, et que dès lors qu'un immigrant foule le sol espagnol, en aucun cas il ne peut être expulsé sur le champ. Le droit international oblige à lui donner un toit et de l'aide dans un centre. La Garde civile et le ministre de l'Intérieur affirment au contraire que cette zone est un no man's land, et qu'il est souhaitable de rendre immédiatement ceux qui ont été surpris dans l'escalade du grillage. Le ministre de l'Intérieur voudrait même légaliser cette pratique habituelle, mais là, elle se heurte à l'Union européenne.


Rfi.fr

Mardi 28 Octobre 2014 - 09:10



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