Face à l’effondrement du Peuple des Assises nationales, quelle alternative pour imposer la Refondation de nos institutions ?



Je m’attendais à une forte et ferme résolution des Assises nationales. Mais toute conclusion visant à trouver des justificatifs au Président de la République ne refléterait nullement la tendance qui s’est dégagée lors du séminaire de partage des conclusions de la Commission Nationale de Réforme des Institutions (CNRI) tenu le 28 septembre 2014. En effet, il s’est dégagé une tendance en faveur de l’application des conclusions de la CNRI lesquelles confirment dans une large mesure celles des Assises Nationales. Au regard de la nécessité de refondation de notre République et de l’ampleur des réformes préconisées par la CNRI, il va de soit qu’il nous faut changer de Constitution.


Or, en dépit des intentions proclamées,  l’actuelle Constitution semble aller au Président comme un gant.
Force est de reconnaître que les membres de la CNRI a fait preuve de professionnalisme dans la souplesse et la loyauté républicaine. A titre d’exemple, elle a coupé la poire en deux, à propos de la lancinante question de la nature du régime, en proposant dans son avant-projet de constitution que le Président de la République détermine la politique de la nation (art. 66) tandis que le Premier ministre est chargé de la conduire (art.76). Au fond, sans carapace faite de convictions fortes taillées dans le granit de la foi, notre valeur intellectuelle aura tendance à se dissoudre aisément dans nos intérêts économiques et dans  la sauce très épicée des privilèges du trône.   


Nous interpellons le peuple des Assises, notamment les initiateurs quasiment regroupés aujourd’hui dans BENNO BOKK YAKKAR. Certes les leaders de cette coalition politique ont brillé par leur absence au séminaire décisif des Assises nationales consacré aux conclusions de la CNRI, mais ils ont tous été présents à la rencontre avec le Président de l’Alliance pour la République. Ou bien devrions-nous comme le suggère M. Latyr FALL, nous rendre à l’évidence et arrêter avec cette nébuleuse appelée pompeusement le peuple des assises qui apparaissent de plus en plus comme un regroupement de partage des délices du pouvoir et travailler plutôt a une mobilisation citoyenne pour imposer la refondation de nos institutions. Par ces temps qui courent, où l’on court derrière les cadeaux exhibés aux alliés, mon ami peut-il avoir tort d’avoir une telle perception ?
Permettez-nous, avant de fermer définitivement cette riche et salutaire parenthèse de notre histoire vécue avec des personnalités de diverses générations, de saluer le mérite des initiateurs et de louer l’engagement patriotique, l’expérience et la compétence des membres du comité national de pilotage (CNP) des Assises nationales ainsi que le professionnalisme des membres de la CNRI.
N’est-ce pas la même classe politique, qui au début du mandat de WADE avait battu campagne pour l’adoption de l’actuelle Constitution, attend la fin du mandat de MACKY pour en cautionner quelques modifications. 
Nous n’espérons plus grand-chose de cette classe politique qui a déjà oublié ses engagements par rapport aux Assises nationales!   
A propos de l'Acte III de la décentralisation et de l’éventuel retour du texte à l’Assemblée nationale pour l’intégration de la deuxième phase de la réforme, ces questionnements me taraudent l’esprit : 
1.       Peut-on envisager d'entériner la phase 2 de l'Acte III de la décentralisation sans engager de larges concertations et des débats publics sur les enjeux et perspectives de la réforme, qui tiennent aussi compte des couacs notés dans la mise en œuvre de la phase 1 ? 
 
2.       Pourquoi a-t-on ignoré le principe de continuité qui caractérise le fonctionnement de l'Etat au point de donner place à une rupture dans la mise en place et l’exécution du budget des collectivités locales? 
 
3.       Serait-il judicieux d'opérer un découpage du Sénégal en "territoires viables, compétitifs, et porteurs de développement durable" après l'installation des conseils locaux élus démocratiquement? 
 
4.       La réforme de la politique de décentralisation devrait-elle se réduire en un code général des collectivités locales?
En vérité, l'on se focalise depuis le début de la réforme sur le contenant et non pas sur le contenu. Or les problématiques soulevées devraient conduire à cerner les vrais enjeux de la réforme: assurer l'autonomie et le développement des terroirs à travers une intercommunalité poussée, des pôles et de grandes métropoles en vue d’assurer une prise en charge plus efficace des besoins des populations et un mieux-être palpable. Le développement urbain, transversal et complexe, doit aussi être inspiré par la modernité et orienté vers les défis propres à toutes grandes métropoles de l'Afrique et du monde.
Si l’on n’a pas une réelle maîtrise sur la nature d'une marchandise, il est probable que l'on ne soit en mesure d'assurer les conditions appropriées pour la convoyer.
Que dire du manque de communication. En effet, au delà de la vision déclinée par le Président, il aurait été utile d'organiser de nouvelles assises de la décentralisation où tous acteurs de la base au sommet se retrouveraient et que les conclusions seraient appliquées comme celles de l'enseignement supérieur, de l’éducation et la formation...


Je me rappelle que même aux plus intenses moments de la controverse autour de l'acte 3 et ses implications sur le processus électoral, le pouvoir envoyait débattre des seconds couteaux qui n'avaient aucune maîtrise sur le sujet. Hélas, l'on a longtemps fuit le débat jusqu'à ce que le Président lui-même tente l'autre jour de justifier (ou de se justifier sur) les motivations de la réforme de la décentralisation. Toutefois, les plus grands défis restent à venir : des ressources humaines compétentes et des moyens financiers suffisants.
N’en déplaise au Chef de l’Etat, qu’on démontre au peuple que les logiques politiques ne prennent le dessus!

Ndiaga SYLLA, Expert électoral

Mercredi 1 Octobre 2014 - 17:05




1.Posté par Djiby le 01/10/2014 17:58
Mr Ndiaga SYlla vous êtes l'un des rares à apporter une voix discordante et à dire la vérité. Dans un Sénégal ou tout le monde ou presque regarde Macky faire ce qu'il veut.

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