Fatoumata Kebe, doctorante en astronomie, nous explique son métier !

Figure de proue de l’exposition Space Girls Space Women, qui se tient actuellement à Paris, Fatoumata Kebe cherche des solutions pour éradiquer les débris spatiaux. Rencontre avec cette scientifique de 29 ans passionnée d’espace.



Fatoumata Kebe, doctorante en astronomie, nous explique son métier !
Ils sont plusieurs millions à tourner autour de la Terre. Ils menacent nos outils de télécommunication et pourraient même, un jour ou l’autre et avec un peu de malchance, tomber en plein milieu de notre salon. Ce sont de vieux satellites en fin de mission qu’on a abandonnés sur orbite, des morceaux de fusée, des écailles de peinture, des gouttes de carburant. Ces vestiges d’activité humaine dans l’espace, appelés débris spatiaux, sont le sujet de thèse de Fatoumata Kebe. À 29 ans, cette doctorante en astronomie étudie nuit et jour leur comportement, afin, espère-t-elle, de pouvoir les éradiquer.
 
Dépolluer l’espace
 
Passionnée d’astronomie depuis son plus jeune âge, Fatoumata Kebe a “grandi avec des images”. Celles, notamment, de l’encyclopédie qu’elle feuilletait dans le salon de ses parents avant d’avoir la chance tardive, à 20 ans passés, d’observer son premier vrai ciel étoilé. Plus jeune, cette francilienne qui a grandi à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis) ne s’était jamais suffisamment éloignée des lumières de la ville pour plonger son regard dans la voûte céleste. C’est finalement un séjour aux États-Unis, dans le cadre du programme d’été de l’International Space University, qui lui en donnera l’occasion en 2009, lors d’une soirée à la belle étoile dans le parc de Yosemite: “Quand j’ai vu le ciel, j’étais perdue, je n’arrivais pas du tout à me repérer. Je me suis rendu compte que je connaissais la théorie mais que, niveau pratique, c’était zéro”, se souvient-elle.
“Je me suis dit que les débris spatiaux, c’était le top du top, car ça réunissait l’espace et l’environnement.”
 
C’est aussi au cours de cet été décisif qu’elle choisira sa spécialisation actuelle. Sensibilisée aux questions environnementales pendant son master en mécanique des fluides à l’Université Pierre et Marie Curie à Paris, l’étudiante vit l’un des cours dispensés à la NASA cette année-là comme une révélation. “Je me suis dit que les débris spatiaux, c’était le top du top, car ça réunissait l’espace et l’environnement”, explique cette scientifique à la conscience écologique affûtée, qui déplore que “l’être humain [ne soit] pas foutu d’aller quelque part sans salir”.
Casser les préjugés
 
Résolument engagée, Fatoumata Kebe dit avoir besoin de “concret” pour avancer. En parallèle de ses recherches spatiales, elle met son savoir au service de divers projets beaucoup plus terre-à-terre. Dernièrement, elle a notamment travaillé sur un capteur solaire pour limiter le gaspillage de l’eau dans l’agriculture. Et c’est vers le Mali, pays de ses racines, qu’elle s’est envolée pour travailler à la mise en œuvre de son invention au sein d’une coopérative de femmes.
 
Les femmes, c’est d’ailleurs l’autre sujet qui lui tient à cœur. L’astronome en devenir est l’une des figures de proue de l’exposition Space Girls, Space Women, qui se tient actuellement au Musée des arts et métiers à Paris et sur les grilles du jardin de l’Observatoire. Organisé par l’Agence spatiale européenne et l’agence photo Sipa Press, cet événement regroupe trois générations de femmes qui ont fait de l’espace leur domaine de prédilection. Même si cela lui “fait bizarre” de se retrouver médiatisée à une échelle qu’elle n’avait jamais connue auparavant, elle considère que mettre en avant les femmes qui travaillent dans le domaine spatial est “super important”.
“Les femmes sont dans l’administratif, ou bien stagiaires ou doctorantes.”
 
“Je travaille avec des petites jeunes et quand je leur demande si elles connaissent une astronaute, elles ne savent pas quoi répondre. Certaines un peu plus âgées citent Claudie Haigneré mais c’est tout, alors qu’il y a des femmes à des postes très importants dans le milieu”, explique-t-elle. Membre de deux associations de femmes scientifiques, Femmes et sciences et Women in Aerospace, Fatoumata Kebe se déplace aussi au sein des collèges pour raconter son parcours et dispense aux élèves volontaires des cours d’astronomie en dehors des heures de classe. Son souhait? Permettre aux plus jeunes de “démystifier, de casser les préjugés”: “Pour eux, l’astronome-type est un vieux monsieur avec une longue barbe”, affirme-t-elle un peu amusée.
 
La réalité, hélas, n’est pas si loin de l’imaginaire d’un enfant de douze ans. À l’Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides (IMCCE), où Fatoumata Kebe travaille, il n’y a pour l’heure aucune femme astronome. “Les femmes sont dans l’administratif, ou bien stagiaires ou doctorantes”, résume-t-elle. Si la jeune femme a du mal à se projeter au-delà de sa thèse, qui se terminera à la fin de l’année, elle conserve le même objectif à moyen terme: continuer à travailler sur les débris spatiaux et commencer à imaginer une méthode de nettoyage de l’espace. Et dans 20 ans? “Vous voyez cet institut? J’en serai directrice!”, plaisante-t-elle. Ce à quoi on a envie de répondre: “Et pourquoi pas?”.


Jeudi 29 Décembre 2016 - 19:37



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