Financement des femmes sous Macky Sall: Corruption industrielle et servage de la femme sénégalaise



Financement des femmes sous Macky Sall: Corruption industrielle et servage de la femme sénégalaise
Edward Bernays, le plus grand théoricien de la propagande moderne a dit que « la vapeur qui fait tourner la machine sociale, ce sont les désirs humains. Ce n'est qu'en s'attachant à les sonder que le propagandiste parviendra à contrôler ce vaste mécanisme aux pièces mal emboîtées que forme la société moderne ». En analysant la ruse et la perfidie avec lesquelles le régime de Macky Sall a réussi à transformer les désirs des sénégalais en fantasmes et ceux-ci en une machine de répression sournoise qui empêche l’expression libre et spontanée du génie sénégalais, on ne peut que donner raison à Bernays. La musique, la lutte, la presse, le cinéma, ainsi que tous les moyens du loisir et de l’épanouissement sont investis par des agents industrieux et méthodiques pour phagocyter l’opinion. 

 L’alliance entre Macky et certains magnats de la presse et des industriels de la musique est révélatrice d’un état d’esprit invariable : Macky a toujours  pensé que le monde est manipulable par le système de ce que ses lieutenants appelaient (en 2008 déjà) le « réseautage ». Ce concept a bâti l’APR, l’a porté au pouvoir et lui sert de moyen de gouverner. La façon scandaleuse dont le financement des femmes est pensé et mis en œuvre obéit à cette stratégie de réseautage : le centre de gravité de toute cette activité est l’APR. Tous ceux qui cherchent à se faire un nom au sein de cette formation politique ont investi le domaine du financement des femmes et en ont fait une échelle pour leur ascension politique.

 Le besoin de financement de la femme sénégalaise, rurale ou urbaine, est tellement tyrannique qu’il est en train d’être dévoyé par des pratiques infâmes. Jadis simple bétail électoral, la femme sénégalaise est aujourd’hui réduite à un moyen d’enrichissement occulte et immoral. Alors qu’en Inde, on a théorisé et appliqué des mécanismes de financement simples et articulés à la société et à la culture, au Sénégal, on a fait du financement de la femme un moyen de vassalisation et d’infirmité à l’autonomie. Alors qu’en Inde le micro-financement a pour finalité de libérer économiquement les couches sociales défavorisées, chez nous la misère de la femme est exploitée par des entrepreneurs politiques d’un genre tout à fait nouveau.

  Le régime de Macky Sall, fidèle à sa ligne de conduite qui est l’amateurisme et le maquillage de la réalité ferme les yeux sur les dérives inqualifiables qui sont en train de chosifier les femmes. Le système AVEC (association villageoise d’épargne et de crédit) a fini de montrer l’ingéniosité et la capacité productrice de la femme sénégalaise. Partout, dans les villages comme dans les villes, ces associations ont permis aux femmes non bancables de bénéficier de crédits pour entreprendre, investir et réussir sans être étouffées par des banques trop exigeantes. Mais la politique est venue, là encore, polluer un univers sain et dynamique. A Thiès, comme dans les autres localités du pays, des politiciens et des apprentis politiciens néo-apéristes ont investi cet espace pour en faire un tremplin politique. L’astuce consiste à parasiter les AVEC en promettant des financements douteux aux femmes sans apport ni garantie. Comme des champignons des financeurs de femmes fourmillent partout au Sénégal.

 Des femmes relais sont identifiées et chargées de recruter les solliciteurs de financement : ces dernières sont chargées de récolter des cartes d’identité nationale et des sommes modiques (entre 200f et 5000f selon le montant sollicité) et de remettre le magot au mécène politicien. Le promoteur disparaît quelques mois avec les pièces d’identité et l’argent amassé, pour aller financer des femmes d’une autre localité ou d’un autre quartier. Au gré du remboursement de ces dernières il peut revenir (ou jamais) chez les dernières clientes pour les financer à auteur de dix mille (voire moins) remboursables en deux mois. Est-ce vraiment sérieux ? Qu’est ce qu’une femme peut faire avec des sommes si modiques ? Quelle valeur ajoutée ces mécènes politiciens apportent-ils au système AVEC qui, en plus d’être quasi autonome, est plus opérationnel ?

 Dans leur AVEC les femmes bénéficient de financements plus consistants et plus transparents, mais voilà que des entrepreneurs du malheur ont investi le domaine et sont en train de le corrompre. Le gouvernement laisse faire parce qu’il y trouve son compte : puisqu’il n’a pas les moyens politiques de ses tâtonnements, il se réjouit de voir des particuliers faire l’arnaque à sa place. Ces femmes sont doublement exploitées : d’abord on leur fait croire que c’est le gouvernement qui les finance alors qu’elles s’autofinancent par un système de rotation ; ensuite on les maintient dans la dépendance par rapport à des truands professionnels convertis en politiciens. Ces entrepreneurs financiers sans aucun capital exploitent la naïveté et le désarroi des femmes pour bâtir une base politique. Ils prétendent avoir des dizaines, voire des centaines de groupements de femmes derrière eux et en font un fond de commerce politique. C’est ainsi que des personnes lugubres utilisent leurs réseaux de connaissances à travers les différentes sources de financement existant pour appâter les femmes et en faire des vassales. 

  Les journalistes, les organisations féministes et les défenseurs des droits de l’Homme ont l’obligation morale et politique de mener des enquêtes sérieuses dans ce domaine pour freiner la mascarade.  On ne peut pas laisser des femmes être exploitées de façon si éhontée dans une démocratie. Dans sa théorie de l’idéal démocratique, Rousseau explique le danger que constitue la convoitise de l’argent dans un système démocratique en des termes quasi prophétiques : « … peu ou point de luxe, car ou le luxe est l’effet des richesses, ou il les rend nécessaires ; il corrompt à la fois le riche et le pauvre, l’un par la possession, l’autre par la convoitise ; il vend la patrie à la mollesse, à la vanité ; il ôte à l’État tous ses citoyens pours les asservir les uns aux autres, et tous à l’opinion ». Voilà une réflexion qui devrait être méditée par tous les intellectuels et les défenseurs de la démocratie sénégalaise au regard de la gestion que le régime actuel fait du financement. Dans l’entendement des tenants de ce régime, financement équivaut à achat de consciences et conquête électorale, or c’est proprement indécent.

Alassane K. KITANE, professeur au Lycée Serigne Ahmadou Ndack Seck de Thiès


Jeudi 25 Août 2016 - 22:00



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