Fonds publics: Le peuple peut-il espérer la vérité sur les fautes de gestion ?

Plus 400 milliards de Fcfa auraient ont été transférés de Paris vers les pays du Golfe par des dignitaires de l’ancien régime. La révélation a été faite à Thiès par un membre influent de l’Ong Forum civil, Moussa Félix Sow. Cette affaire s’ajoute à la longue liste des dossiers d’argent nébuleux révélés dans l’espace public. Les personnes incriminées se défendent souvent, martelant qu’elles n’ont rien à se reprocher. Mais devant la persistance des accusations et le mécontentement causé par la dilapidation des fonds dans un contexte de morosité économique, le devoir de tous les citoyens, y compris ceux ciblés est de faire en sorte que la lumière jaillisse. Le peuple a le droit de savoir.



Aminata Touré, ministre de la Justice Garde des sceaux
Aminata Touré, ministre de la Justice Garde des sceaux

« Des organismes qui s’occupent de blanchiment ont vu transiter, il n’y a pas longtemps, de Paris vers les pays du Golfe, plus de 400 et quelques milliards », s’est étonné Me Sow, lors d’un déplacement à Thiès. Les dignitaires de l’ancien régime sont indexés. Mais au nom de la présomption d’innocence, il semble difficile pour les Sénégalais de formuler des accusations à l’endroit de qui que ce soit. Mais les citoyens du pays ont le droit de connaitre les personnes qui ont volé les deniers publics. La lumière doit provenir de l’Etat à travers ses démembrements, principalement le ministère de la Justice, mais aussi des personnes incriminées et du Forum civil. Me Sow a posé un acte en révélant ces gros transferts de fonds. Mais il doit aller plus loin. A travers ses différents partenaires nichés à travers le monde, le Forum civil doit être en mesure de donner plus de précisions sur l’identité des individus qui ont volé l’argent des Sénégalais. Depuis quelques années, des personnalités africaines sont interpellés en France à travers des procès sur les biens mal acquis. Moussa Félix Sow a souligné que ces fonds ont été transférés de Paris. Les organisations françaises de lutte contre le blanchiment n’ont-elles pas les moyens d’éclairer les Sénégalais ? Au nom de la transparence et de la solidarité franco-sénégalaise, les François ne devraient pas trouver des difficultés pour aider leurs « frères » sénégalais à recouvrer leurs biens.

Les populations ont besoin de cet argent dont la disparition a été annoncée dans un contexte de morosité. Après l’installation du nouveau président de la République, Macky Sall, le 03 avril dernier et la formation du gouvernement, le ministre du budget avait déclaré que les caisses de l’Etat sont vides. Le même refrain a été emprunté par le ministre de l’Intérieur, Mbaye Ndiaye qui avait martelé que l’Etat va mobiliser tous ses moyens pour entrer en possession de ses biens pillés. L’Etat du Sénégal a une belle occasion pour remplir ses caisses. D’où la nécessité pour le ministre de la justice de sévir. Mais les personnes accusées doivent elles aussi réagir. Au lendemain de la défaite, le pouvoir de Wade a été accusé d’avoir volé plus de 600 véhicules. Les collaborateurs de l’ancien président avaient juste fait une sortie pour démentir au moment où la presse annonçait l’immobilisation de véhicules par les forces de sécurité. Les Sénégalais sont restés sur leur faim en ce qui concerne cet épisode. Mais ça ne doit pas être le cas à propos des 430 milliards révélés par Me Sow. Le montant est énorme. « Nous n’avons rien à nous reprocher », a déclaré ce vendredi, l’ancien porte-parole du président de la République, Serigne Mbacké Ndiaye sur les ondes de nos confrères de la Rfm. Wade demande un audit national et international qui part de 1960 à nos jours. Beaucoup de Sénégalais doutent de la pertinence d’une telle demande. Certains pensent même que Wade tente de divertir ses concitoyens, parce qu’ils estiment que le pouvoir libéral avait bien les moyens de faire jaillir la lumière sur la gestion socialiste à son arrivée au pouvoir en 2000. La réponse aux révélations de Me Sow ne mérite pas une telle attitude. Les citoyens doivent être édifiés sur leur argent.

Issa NDIAYE

Jeudi 10 Mai 2012 - 10:58



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