Foot sénégalais, un cimetière de fonds perdus



Foot sénégalais, un cimetière de fonds perdus
Alain Giresse vient d'être limogé, mais comme d'habitude, toute l'infrastructure d'échec qui a accompagné cette campagne des Lions semble devoir rester en place, inébranlable, comme si elle n'avait rien à se reprocher. On n'est pas loin de l'absurde ! 
Il faudra bien un jour se rendre compte qu’il n’est pas possible, éternellement, de cogner le mur, de secouer la tête et de repartir, comme s’il ne s’était rien passé. Un jour ou l’autre, il faudra vraiment s’arrêter, se poser des questions, surtout de bonnes questions, oser y répondre de façon pertinente et courageuse, et prendre des décisions radicales s’il le faut car, en fin de compte, cette accumulation d’échecs et de contre-performances par l’équipe nationale de football du Sénégal n’est pas tenable. Elle nous renvoie fondamentalement à d’autres considérations, tellement plus essentielles, qui dépassent le monde passionné du ballon rond. Sous cet angle, le limogeage du technicien français ne changera pas la donne. 
 

Sans doute, le sport en général, le foot en particulier, est devenu par la force des choses un phénomène de société irrépressible avec une puissance de polarisation incandescente, et finalement un quotient politique de très haut niveau avec lequel les pouvoirs publics, en Afrique notamment, sont obligés de composer, de bien composer. On ne reviendra pas ici sur l’extrême politisation par laquelle des régimes divers, à travers les temps, administrent les compétitions sportives locales et internationales au nom de l’identité nationale, du drapeau national, parce qu’ils y trouvent un intérêt... politique. Mais pour le cas du Sénégal, il est plus que temps de changer de route. A tout le moins d’entamer la réflexion sur l’avenir d’une discipline assimilable à un cimetière de fonds perdus.
Petit pays sans grandes ressources, empêtré depuis plusieurs décennies dans des programmes de développement qui n’en finissent pas de sous-développer la majeure partie de ses habitants, le Sénégal doit-il continuer à investir chaque année plus ou moins un milliard de francs Cfa dans le sport-roi sans un retour sur investissement ? Sur un point, il est incontestable que le football reste une « demande sociale » qui draine des centaines de milliers de militants et de fans à travers le territoire national. Il est également un puissant vecteur de familiarisation et de connaissance de notre pays à l’étranger. Mais ensuite ? Mais après ? 
En l’an 2015 de l’ère dite moderne, alors que la nation se sacrifie pour élever « l’honneur » et « l’image » du pays autour d’un ballon rond, on meurt encore et toujours à tous les niveaux de la pyramide de notre système de santé. Pour une poche de sang manquante, des seringues infectées, des urgences ultra défaillantes, un personnel dangereusement incompétent et inconscient pour partie. Et sur les bords, une vilaine bête dénommée Ebola est venue en sus nous rappeler que notre vie peut tenir à une goutte de sueur… 
En l’an 2015 de notre ère, on meurt majoritairement encore et toujours sur les routes nationales ou départementales, par la faute de l’alcool et du téléphone portable, mais aussi des nids-de-poules, de l’éclairage défaillant, de l’étroitesse des voies, de la complaisance dans les contrôles de qualité, etc. 
En l’an 2015 de l’ère dite moderne, à quelques encablures de Dakar, des milliers d’enfants gueux entament leur scolarité dans des salles de classes que le dialecte des politiciens appelle pudiquement « abris provisoires » pour mieux masquer un cynisme d’enfer. Dans ces mêmes contrées, des paysans, à force d’être bernés au rythme des calendriers politiques, ont décidé de se prendre en charge, par désespoir, abandonnant de grands espaces à des programmes latifundistes. Bienvenue aux exilés ruraux ! 
En l’an 2015 de notre ère, le niveau de pauvreté dans nos ménages, en centres urbains comme en zones agricoles, le spectacle ahurissant d’hommes et de femmes devenus mendiants professionnels ne dérangent plus, ni même celui des enfants talibés, tous désormais intégrés mentalement à notre environnement social et identitaire. En l’an 2015…
Faut-il continuer à investir dans une discipline sportive qui ne rapporte rien de bien concret à notre pays en ignorant l’extrême urgence à revenir à des priorités plus en rapport avec le quotidien des gens ? Une chose paraît sûre et certaine : il est plus facile pour des politiciens de libérer des centaines de millions de francs Cfa dans un secteur comme le football que de réfléchir à une adéquation possible entre une politique sportive raisonnable qui tienne compte des capacités financières de notre pays, et les intérêts fondamentaux de la collectivité nationale. A certains, c’est trop demander. 

L’idée n’est point de faire tuer le foot, loin de là ! L’objectif est plutôt d’en arriver à une situation où le pouvoir politique sera capable d’exiger des résultats probants en contrepartie des efforts financiers consentis. Encore qu’on pourra toujours nous rétorquer que « la glorieuse incertitude du sport » dont parlait Roger Chabaud ne permet pas une telle assurance. Mais faudrait-il juste commencer pour voir… 
http://momardieng.blogspot.com/2015/01/foot-senegalais-un-cimetiere-de-fonds.html


Jeudi 29 Janvier 2015 - 10:17



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