Gaspillages dans les cérémonies familiales et religieuses: JAMRA & Mbañ Gacce réclament la résurrection de la loi 67-04 du 24 février 1967



Gaspillages dans les cérémonies familiales et religieuses: JAMRA & Mbañ Gacce réclament la résurrection de la loi 67-04 du 24 février 1967
Invité par le Regroupement Communautaire pour l’auto-développement de Fissel (Recodef) - une association à but non-lucratif de producteurs, créée en 1999 dans la communauté rurale de Fissel, département de Mbour, région de Thiès, comprenant pas moins de 13.000 adhérents -, l’Organisation islamique Jamra et l’Observatoire de Veille et de défense des valeurs culturelles et religieuses, Mbañ Gacce, ont animé une conférence sur la place publique de Fissel, ayant pour thème : «Le gaspillage des revenus lors des cérémonies familiales et religieuses, conséquences socio-économiques, foi et sécurité alimentaire.


Cette rencontre, animée par le Président exécutif de Jamra Imam Massamba Diop, était présidée par le sous-préfet de l’arrondissement de Fissel M. Djibril Diallo, en présence du sous-préfet de l’arrondissement Ngoy (département de Bambey) Moustapha Sarr, du magistrat à la Cour suprême Makhtar Ndiaye, de l’Inspecteur du Trésor Ibrahima Dieng, des autorités administratives locales, du Conseil régional de Thiès, des présidents des communautés rurales de Ndondol et de Ndiaga, du directeur de l’Agence régionale de développement (Ard), des notabilités religieuses et coutumières venues de Matam et de Ndiaganiaw ; avec la participation de l’Adc (Action de carême suisse) un partenaire au développement suisse, investissant dans la localité.


D’entrée de jeu le conférencier, Imam Massamba Diop tourna en dérision la tendance de nos bonnes femmes à faire souvent du "bëtëlé" ou "acc xéw" (report du cérémonial lié à un baptême), non pas pour s’épargner des dépenses non nécessaires mais, bien au contraire, pour mieux faire dans la prodigalité. En effet, quand les femmes sénégalaises font du "bëtëlé", en changeant la date d’un baptême, elles ne font que reculer pour mieux sauter !


C’est-à-dire prendre davantage de temps pour glaner ça et là des sommes d’argent supplémentaires, qu’elles vont malheureusement dilapider en un après-midi. Et souvent c’est des mois de durs labeurs, péniblement thésaurisés dans des "tontines" (épargne associative) qui partent en fumée en seulement quelques heures !
Les cérémonies religieuses, notamment les "ganalés" (célébration d’un retour de pèlerinage des Lieux Saints) ne sont pas en reste.

Elles sont devenues des occasions de rivalités inopportunes. On rivalise en alignement de nombre de bovidés et en dépenses de prestige, avec en toile de fond les "pukarés" (dépenses ostentatoires) du maître de cérémonie, s’érigeant pour la circonstance en distributeur automatique de gros billets de banque, faisant sans retenue étalage de son occasionnelle force de frappe financière, sous les dithyrambes intéressés de "ses" communicateurs traditionnels, qui ne tarissent pas – et pour cause - d’éloges à son égard, en psalmodiant son arbre généalogique (en lieu et place de louages à Allah et de Son Message, qu’on est pourtant sensé allé honorer à la Mecque !). Si bien que cette occasion de consécration, par des actions de grâce, de ce cinquième pilier de l’Islam est de nos jours complètement galvaudée.


Ont été également visitées les conséquences dramatiques de la surenchère dans la fixation des "warugar" (la dot), dans les pactes matrimoniaux. Les dots faramineuses ont fini par constituer un véritable facteur de blocage, décourageant les jeunes gens à prendre femme. A la limite, a ironisé Imam Massamba Diop, paraphrasant son défunt prédécesseur le député Abdou Latif Guèye, "c’est comme si certains parents véreux procédaient à une vente aux enchères de leurs jeunes filles, en âge de se marier !".


Et les résultats sont là, déplorables : de nombreux jeunes garçons, économiquement modestes, rechignent à pendre femme, préférant souvent, malheureusement, emprunter des raccourcies et des voies de contournement qui ne peuvent que contribuer à encourager des pratiques et des conduites peu recommandables. "Et avec ça, s’insurge l’Imam, on se permet de déplorer que "rang-bi doxul" ! (les mariages se raréfient). Rang-bi doxul parce que nous parents avons la fâcheuse tendance à vendre carrément nos filles, en âge de se marier, au plus offrant et à des prix exorbitants ! Indirectement, ces pratiques encouragent les détournements de deniers publics, parce qu’on pousse les futurs maris et les jeunes époux à vivre au-dessus de leurs moyens ! ".


Ainsi, de nos jours, à de nombreuses échelles, les rapports sociaux ont été lamentablement mercantilisés. Tout se monnaye. Et le comble : on n’hésite même plus à refuser à un malade moribond le plus modeste soutien, dans ses frais médicaux, pour ensuite, paradoxalement, se retourner pour consentir des dépenses faramineuses aux funérailles, dés lors que l’on vous annonce le décès de celui qui aurait peut-être pu être sauvé, s’il avait été soutenu dans l’acquittement d’une petite ordonnance médicale.
La solution qui semble s’imposer, pour épargner à notre société de sombrer dans un individualisme et un égocentrisme destructeur, serait, de toute évidence, un "retour aux sources", que constituent les valeurs cardinales de solidarité et d’entraide. Mais il s’agit surtout de retourner nous abreuver aux mamelles nourricières de la Sunnah du Prophète Mouhamed (psl) et aux enseignements du Saint Coran, qui nous rappelle à juste titre : qu’"Allah n’aime pas ceux qui gaspillent indûment" (s7, v31). Car, "Les gaspilleurs sont les frères du démon ; et le démon est très ingrat envers son Seigneur" (s17, v26, 27).


Dans sa conclusion, Imam Massamba Diop, président exécutif de l’Organisation islamique Jamra et coordonnateur de l’Observatoire de veille et de défense des valeurs culturelles et religieuses Mbañ Gacce, a suggéré, pour mieux juguler le phénomène des gaspillages excessifs qui ponctuent nos cérémonies familiales et religieuses, que l’Etat (comme il l’a si bien fait contre la pratique usuraire qui a déstabilisé nombre de fonctionnaires) réhabilite la loi 67-04 du 24 février 1967, institué par le président Senghor – et qui n’a souffert d’aucune abrogation - réprimant les dépenses démesurées dans les cérémonies familiales. Ce qui, à l’évidence, contribuerait à réduire leurs impacts dans les inégalités sociales et la paupérisation des faibles couches sociales.


Lundi 27 Janvier 2014 - 13:01



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