Général Trinquand: «Il y a un revirement important dans l'opération en RCA»

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, est en en République centrafricaine. Il a été reçu par les nouvelles autorités du pays, à commencer par sa présidente Catherine Samba-Panza. Ces derniers jours, le ministre avait déjà tenu un discours très ferme vis-à-vis des groupes anti-balaka. Le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire auprès des Nations unies, est l'inivté de Caroline Paré.



Un soldat de la force Sangaris dans les rues de Bangui, le 18 janvier 2014. REUTERS/Siegfried Modola
Un soldat de la force Sangaris dans les rues de Bangui, le 18 janvier 2014. REUTERS/Siegfried Modola

Général Dominique Trinquand : Oui, probablement. L’intervention française au mois de décembre, concomitante avec le renforcement de la mission africaine, avait pour but d’arrêter les exactions qui étaient commises à ce moment-là. Il y a eu changement puisque Michel Djotodia est parti, qu’une présidente intérimaire a été élue, et les choses auraient dû revenir dans un état de calme permettant de préparer les élections.

Or il semblerait qu’actuellement, après les exactions commises par les milices musulmanes, ce sont les milices anti-balaka qui sont en train de faire un commencement de nettoyage ethnique. Et donc à l’évidence, M. Le Drian a parlé de l’usage de la force pour faire respecter le mandat des Nations unies et empêcher ces exactions d’être commises. Il y a apparemment, effectivement, un revirement important dans l’opération qui se déroule actuellement en Centrafrique.

Avec une responsabilité qui est clairement pointée de la part du responsable de l’opération Sangaris, le général Soriano. Il dit que, ces derniers jours, les anti-balaka sont les principaux ennemis de la paix.

Oui, il a tout à fait raison. Il a d'ailleurs souligné lui-même la difficulté : la mouvance anti-balaka est très difficile à contrôler, dans la mesure où il n’y a pas d’organisation du commandement centralisé qui permettrait d’avoir un seul interlocuteur. Il s’agit de milices qui se répartissent un peu partout, apparemment pas coordonnées et qui agissent, et contre lesquelles il va falloir utiliser la force très certainement.

Est-ce que ça veut dire que les réponses apportées ces derniers jours par les forces qui sont sur place, qu’il s’agisse des forces africaines ou bien des forces d’intervention françaises, n’étaient pas adaptées ?

Je ne dirais pas « pas adaptées », je dirais insuffisantes, probablement. L’utilisation de la force a pour objet de montrer que très rapidement, les choses doivent s’arrêter et non s’envenimer. Or il semblerait que les anti-balaka pour différentes raisons, d’abord par esprit de vengeance mais aussi dans l'esprit probablement de reprendre le pouvoir – parce qu’il y a des partisans de l’ancien président Bozizé dans ces anti-balaka – n’ont pas compris le message. Message qu'il s’agit donc d’appuyer.

Je voudrais par ailleurs souligner que dans cette action il y a, bien sûr les forces françaises, mais il y a aussi les forces africaines. Et dans ces forces africaines, il y a des contingents voisins de la République centrafricaine, mais également des Burundais et des Rwandais. Or, il y a vingt ans exactement avait lieu le génocide au Rwanda. Et il est intéressant de voir que les soldats français à côté des soldats rwandais, veulent éviter un nouveau génocide.

On l’a dit, le ministre français a pu rencontrer les autorités. Est-ce que précisément ce nouveau pouvoir de transition a une quelconque influence sur les événements en cours ?

Il a beaucoup de difficultés parce que les Faca (Forces armées centrafricaines) – on l’a vu lors de la cérémonie officielle de mise en place de la présidente, ont-elles mêmes lynché un musulman.

C’était la semaine dernière à Bangui…

Exactement. Donc les Faca sont quasiment incontrôlables et la seule réaction à avoir, c’est de les désarmer, de les cantonner et d’essayer de remettre les choses en ordre.

En revanche, il semblerait que les forces de police, en particulier de gendarmerie, sont des forces sur lesquelles la présidente peut compter. Donc il s’agit que la présidente avec l’appui des forces internationales et de sa gendarmerie, puisse rapidement remettre le calme à Bangui et ailleurs.

Il y a eu cet avertissement signé Ban Ki-moon. Il a estimé qu’un éclatement du pays était tout à fait possible. Il s’est aussi inquiété des changements démographiques de population avec cet exode qui n’en finit pas.

Oui, tout à fait. Je rappelle aussi qu’un rapport du secrétaire général doit être remis à la fin du mois au Conseil de sécurité pour ouvrir la perspective d’une opération de maintien de la paix de l’ONU dans les mois qui viennent. Il y a vraiment urgence d’agir, et d’agir en force. Car une fois que la spirale de la violence est enclenchée, et malheureusement, c’est déjà le cas, les choses deviennent rarement réversibles. Les évènements qui se déroulent de par le monde le montrent à l’évidence.

Je pense que là, on est en train de changer de nature. Et il faut que la communauté internationale réagisse très vite. La France l’a fait, un certain nombre de critiques sont apparues. Je pense qu’il vaut mieux critiquer ceux qui ne font rien que ceux qui font quelque chose. Et actuellement la planification de l’opération de l’Union européenne m’inquiète beaucoup, parce que je trouve que ça prend beaucoup de retard et ça ne correspond pas du tout au rythme auquel il est nécessaire de réagir face à la violence.

Source : Rfi.fr
 



Jeudi 13 Février 2014 - 09:54



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