Gnima Faye en finale du 100 m haies: « Être championne olympique pour Ibou ! »

Les Jeux africains n’ont jamais réussi à Gnima Faye. Mais la Sénégalaise repart à l’assaut du podium à Brazzaville (finale ce mardi 15 septembre) avec un appétit qui vient de loin : c’est l’histoire d’une petite fille discrète qui voulait devenir championne parce que son grand frère était triste. Gnima Faye a gagné toutes les médailles possibles sur 100 mètres haies aux Championnats d’Afrique y compris l’or en 2012 à Porto-Novo



 Gnima Faye, qu’êtes-vous venue chercher aux Jeux africains ?

Gnima Faye : Cette année j’ai fait le maximum pour faire les minima pour les Championnats du monde mais il fallait courir en 13’’00 et je n’ai fait que 13’’20. Souvent quand on cherche les minima, on est crispé. Je n’ai pas fait ce qu’il fallait faire donc je suis restée à la maison devant ma télé et vous ne pouvez pas savoir à quel point c’est dur ! J’ai continué ma préparation pour les Jeux africains et je suis là pour gagner parce que l’année dernière je suis passée à côté (5ème des Championnats d’Afrique à Marrakech, ndlr). J’ai faim !

 Une médaille aux Jeux Africains manque à votre palmarès…

Oui ici ce sont mes quatrièmes Jeux africains. Je me souviens des premiers en 2003 à Abuja. J’avais 18 ans, j’étais championne d’Afrique juniors et j’étais tombée en finale. Je n’avais pas d’expérience, j’étais surprise de voir des filles courir aussi vite. J’étais en panique ! Je ne savais pas quoi faire… Quand je repense aux derniers Jeux africains, à Maputo il y a quatre ans, je pleure (elle avait fini 7e en 14’’10, ndlr). J’avais raté ma course mais l’année suivante j’étais championne d’Afrique. Cette année, ça n’a rien à voir avec Maputo : j’ai mes deux jambes, je ne suis pas blessée, tout va bien, je n’ai pas d’excuses, il faut courir !

Manifestement, vous aimez toujours autant votre sport !

J’adore l’athlétisme ! Quand je passe les haies, je suis 100 % moi-même. Parfois je croise des gens qui me disent : « Mais Gnima, ça fait longtemps que tu es là ! » Je réponds : « Ben ouais, j’ai 30 ans, je ne suis pas encore vieille ! » (rires). Il m’est souvent arrivé d’arrêter pendant quatre ou cinq mois et le fait de ne pas faire la saison entière me permettait de récupérer et de revenir comme il faut. Je n’ai pas encore fait 12’’ mais bon, je suis toujours là.

Quel est votre modèle ?

Gail Devers (sprinteuse américaine au palmarès et à la longévité exceptionnels -19 ans sur le circuit international -, notamment double championne olympique sur 100 mètres et triple championne du monde sur 100 mètres haies). Je l’adore, c’est une référence. Tous les matins, je regarde ses courses pour m’en inspirer. C’est une sprinteuse et sa technique est nulle (sic) mais quand il faut avaler les haies, elle n’a pas peur.

Vous êtes née à Thiaroye de parents casamançais. Quand vous étiez enfant, l’athlétisme a tout de suite été une évidence pour vous ?

Non, pas du tout. Je ne pensais pas à devenir athlète. Mais en 1996 mon grand frère Ibou Faye a couru les demi-finales du 400 mètres haies aux Jeux olympiques à Atlanta. Il est parti tellement vite, c’était incroyable mais dans les cent derniers mètres, tu voyais tout le monde passer et il a terminé dernier. Je le voyais : il était tellement triste ! Alors j’ai dit à mon père : « Je veux être athlète et je ferai tout pour être championne olympique un jour pour Ibou ». Mais je suis une fille discrète et personne ne croyait que j’étais capable de devenir une athlète de haut niveau. Je me rappelle qu’en 2001, j’étais qualifiée pour les Championnats du monde cadets à Debrecen (Hongrie) et quand je l’ai annoncé chez moi, mes frères ne voulaient pas me croire. J’ai dit : « Je suis forte ! » Ensuite ils ont commencé à me prendre au sérieux.

  Au sujet du Sénégal, représenté par un seul athlète (invité) aux Championnats du monde à Pékin le mois dernier, le désormais ex-président de la Fédération internationale d’athlétisme Lamine Diack a dit sur RFI : « C’est un échec lamentable ». Qu’en pensez-vous ?

Vous savez, dans la vie, on ne peut pas se mentir. Quand on n’investit pas, quand on ne met pas les moyens, on n’a pas de résultats. Nous les athlètes, on se débrouille chacun de notre côté et on fait ce qu’on peut. C’est dommage, mais pour avoir des qualifiés aux Monde ou aux J.O., il faut mettre des moyens.


rfi.fr

Mardi 15 Septembre 2015 - 17:53



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