Guinée-Bissau : quand « Jomav » joue à l’apprenti sorcier

En limogeant son Premier ministre contre l'avis de tous - et même de son parti -, le président José Mário Vaz prend le risque de replonger son pays dans l'instabilité.



«Il est regrettable qu’au moment où des consultations étaient en cours le président José Mário Vaz  ait exacerbé les tensions en intronisant un nouveau Premier ministre. » Dans son tweet, le président nigérian, Muhammadu Buhari, ne s’embarrasse pas de diplomatie à l’endroit de son homologue bissau-guinéen. Adepte du passage en force, « Jomav », élu en mai 2014, a amorcé le 12 août une crise potentiellement désastreuse pour ce pays soumis depuis trente-cinq ans à une instabilité politique chronique. Sa décision de remplacer à la hussarde son populaire Premier ministre, Domingos Simões Pereira (alias « DSP »), fait, depuis, l’unanimité contre elle.

Le nouveau chef du gouvernement, Baciro Djà, aura du mal à obtenir la confiance de l’Assemblée

Jomav versus DSP

Entre Jomav et DSP, tous deux militants du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), la crise couvait depuis plusieurs mois. Il est vrai que le régime bicéphale en vigueur en Guinée-Bissau accouche à intervalles réguliers de rivalités entre le président et son Premier ministre – issu de la majorité parlementaire et qui est le véritable homme fort de l’exécutif.

La feuille de route qu’avaient endossée les deux hommes un an plus tôt était pourtant claire : redresser et stabiliser le pays, devenu exsangue et ingouvernable après deux années de transition qui faisaient suite au coup d’État militaire d’avril 2012. Mais, le 12 août, Jomav invoquait « une crise de confiance » au sommet de l’État nuisant au « bon fonctionnement des institutions » pour limoger brutalement son rival.


Jeune Afrique

Mardi 1 Septembre 2015 - 09:19



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