Hommage à Abdoulaye LY

Abdoulaye Ly vient de nous quitter. A cette occasion, nous présentons nos sincères condoléances à la famille éplorée et à l’ensemble du peuple Sénégalais qui vient de perdre un patriote révolutionnaire exemplaire. Paix à son âme. Le texte ci-dessous est un message d’hommage présenté lors du 1er congrès ordinaire de Yoonu Askan Wi, tenu les 4 et 5 décembre 2010 à Guédiawaye-Dakar.



Hommage à Abdoulaye LY
Yoonu Askan Wi a décidé à l’occasion de son 1er congrès de rendre un hommage solennel et particulièrement chaleureux au camarade Abdoulaye LY, vétéran de la lutte anticolonialiste, anti-impérialiste et pour le socialisme. 60 ans de lutte opiniâtre !  L’exemple vivant de ce combattant révolutionnaire constant et persévérant, rigoureux et travailleur, qui allie admirablement  politique et éthique,  doit inspirer les nouvelles générations de militants de la gauche révolutionnaire, particulièrement la jeunesse  de Yoonu Askan Wi /  Mouvement pour l’autonomie Populaire. Abdoulaye LY, nous a donné le concept de « Présidentialisme néocolonial » pour décrire avec une rigueur scientifique implacable et une précision de chirurgien le système qui a produit le monarque qui règne sur notre pays et veut instaurer une funeste dynastie (cf. « L’émergence du Présidentialisme néocolonial au Sénégal » Editions Xamle 1980 ;  « Sur le Présidentialisme néocolonial au Sénégal » Editions Xamle 1983 ; « D’où sort l’Etat Présidentialiste » Editions Xamal 1997). Le doyen Abdoulaye LY  et ses compagnons ont dissout leur organisation, l’Organisation Démocratique Prolétarienne (ODP) pour rejoindre AJ / MRDN, le 23 mai 1981. Pour marquer cet événement dans la perspective, Ô combien actuelle, de construire une grande et forte organisation de la gauche révolutionnaire panafricaniste, une déclaration historique a été publiée. Dans cette déclaration Abdoulaye LY disait : « … Je dois en ce jour aider la jeunesse de mon pays, que je rallie ici sans façon et sans condition dans une lutte qui lui appartient en priorité, à apprécier le chemin parcouru depuis une trentaine d’année…pour avoir davantage foi dans les destinées de notre pays  ». Quelle admirable humilité, quel sens du sacrifice pour l’unité de la gauche révolutionnaire ! Abdoulaye LY doit nous inspirer ici et maintenant. Quelques années après, en désaccord par les pratiques opportunistes embryonnaires qui allaient dans les années 2000 se cristalliser en une ligne capitularde, Abdoulaye LY a quitté And Jëf et a continué son combat à travers la production d’œuvres politiques de haute portée. 


Qui est Abdoulaye LY ?


Abdoulaye Ly est né le 25  février  1919  à Saint-Louis. Après une scolarité secondaire à Dakar, il poursuit ses études supérieures à MontpellierParis et Bordeaux. Avec une thèse principale, « L'Évolution du commerce français d'Afrique noire dans le dernier quart du XVIIe siècle. La Compagnie du Sénégal de 1673 à 1696 », et une thèse complémentaire, « Le Journal de bord de l'Amitié, journal d'un voyage en Afrique, Sénégal et pays voisins, 14 janvier-14 novembre 1685 », soutenues à l'Université de Bordeaux  en 1955, il devient le premier Sénégalais titulaire d'un doctorat  d'Histoire et inaugure un courant historiographique dans la mouvance de Cheikh Anta Diop, connu sous le nom d'École de Dakar.
 

Durant son séjour en France dans les années 40, Abdoulaye LY a dirigé le Groupement Africain de Recherche Economique et Politique (GAREP) qui regroupait de jeunes militants révolutionnaires anticolonialistes radicaux dont le Président des assises nationales Amadou Makhtar MBOW. Ces jeunes, de retour au pays se sont engagés ensemble dans le BDS de Senghor qui devient le BPS puis  l’UPS pour traduire en actes leur engagement politique.
 

Abdoulaye Ly est nommé ministre de la Production dans le gouvernement du 20 mai 1957, présidé par Pierre Lami  et Mamadou Dia. Il démissionne en juin  1958, déçu par les contradictions, les querelles intestines et le « manque d'austérité et de rigueur » dont fait preuve selon lui le Conseil de gouvernement.


Aux côtés d'Amadou Makhtar M'BowAssane Seck, Ablaye GUEYE, Fadilou DIOP…..  Abdoulaye Ly quitte l'UPS, qui décide de voter « OUI » au référendum du 28 septembre 1958. Abdoulaye LY et ses compagnons créent le 20  septembre  1958  le Parti du regroupement africain-Sénégal  (PRA-Sénégal), dont il devient le secrétaire général et qui jouera aux côtés du PAI un rôle essentiel dans le combat contre le colonialisme et le pouvoir néocolonial de Senghor. Accusé « d'appel à la rébellion » pendant la campagne électorale qui précède les élections présidentielles et législatives de 1963 il est arrêté, condamné et emprisonné. En 1966, le PRA Sénégal fusionne avec l’UPS et Abdoulaye LY est nommé ministre de la santé, poste qu’il occupera jusqu’en 1970 année où il démissionne du gouvernement et retourne dans l’opposition. En février 2009, la communauté scientifique lui rend un vibrant hommage à l'Université Cheikh Anta Diop, à l'occasion de son 90e anniversaire.
Vie simple, lutte intransigeante et ardeur au travail


Yoonu Askan Wi milite pour la pédagogie par l’exemple. Nous pensons que les dirigeants d’un pays très pauvre comme le Sénégal doivent cultiver un style de vie simple et sobre pour économiser les ressources du pays et mobiliser le maximum de moyens pour l’investissement économique et social au service des masses populaires. Le pouvoir des Wade, stade suprême du Présidentialisme néocolonial est un état patrimonial. Rien n’est trop beau pour eux : voyages ruineux et inutiles, grosses cylindrées, 8 X 8 avec vitres teintées, costumes griffés, cravates et pochettes de mauvais goût, villas et châteaux arrogants. Pendant ce temps le peuple croupit dans les eaux stagnantes, les enseignants ne sont pas payés, il n’y a pas de courant. Aux uns les coupes de cristal dans les hôtels de luxe à l’étranger aux autres la misère la plus crasse. Mais, comme le souligne opportunément Abdoulaye LY, « le triomphe éclatant du système de domination et d’exploitation ne commande pas la capitulation ni une quelconque perte de foi. Il appelle au contraire l’organisation d’un puissant contre- pouvoir, animé par les consciences nouvelles mobilisées dans un ordre de bataille nouveau », une nouvelle politique de gauche « complètement dégagée de l’activisme électoraliste, sinon démagogique, et de la ‘’real politik quotataire’’ qui s’installe » (A. LY : « Faire vivre la Nouvelle Gauche », contribution diffusée en janvier 1997, in DIALOGUE AVEC ABDOULAYE LY, IFAN CHEIKH ANTA DIOP, Dakar, 2001 –Cité dans le Manifeste de Yoonu Askan Wi, Mai 2008).
 


Abdoulaye LY est un exemple, de ce point de vue. Sa maison de la SICAP Liberté au style simple et dépouillé, son obsession pour la simplicité de port (un modeste caftan, un costume sobre, une saharienne), pour le style de vie simple et une extraordinaire ardeur au travail le caractérisent.  Le camarade Abdoulaye LY nous rappelle qu’un révolutionnaire dans un pays pauvre doit être simple, sobre et modeste.


Longue vie et santé de fer camarade Abdoulaye LY ! Nous promettons de suivre ton exemple.
 

LE CONGRES

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Vendredi 31 Mai 2013 - 17:31



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