Ibrahim Boubacar Keïta sur RFI: les assassins des deux envoyés spéciaux de RFI «n’auront plus jamais la paix»

« Tout sera fait pour retrouver ceux qui ont osé les abattre froidement ». Le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, qui a décoré lundi à titre posthume nos deux confrères assassinés, n'a pas caché son immense émotion, hier à Bamako, en recevant la direction et les journalistes de RFI présents dans la capitale malienne. IBK répond aux questions de nos deux correspondants à Bamako, Serge Daniel et David Baché.



Ibrahim Boubacar Keïta sur RFI: les assassins des deux envoyés spéciaux de RFI «n’auront plus jamais la paix»

RFI : Vous étiez très ému après la cérémonie en hommage à nos deux confrères...


Ibrahim Boubacar Keïta : Je dois dire que je suis atterré. Je suis atterré et j’ai beau tourner cette tragédie dans tous les sens, je ne lui trouve aucune espèce de logique. Il est vrai que la logique est d’ordre humain. Ce qu'il s’est passé est de l’ordre infra-humain, de la non humanité. Ce sont des journalistes, venus ici pour informer le monde de la réalité malienne, qui ont l’habitude de venir dans ce pays et qui se sont toujours trouvés à l’aise, chez eux.


Homme et femme de bonne volonté, venant devant d’autres, pour que la réalité de ce peuple soit connue, que la difficulté de ce peuple soit connue, dans la tragédie qui était la nôtre. Que ceux-là, dont tout le Mali avait fait des amis, aient été ici froidement privés de leur vie, cela est indicible. On ne sait pas quoi dire. Mon émotion est tout à fait normale, elle n’est pas moins forte que la vôtre.


Et vous avez choisi de décorer Ghislaine Dupont et Claude Verlon.


Je crois que c’était le minimum que nous leur devions. Et sans les règles de chancellerie, j’aurais fait beaucoup plus, parce qu’ils sont morts pour le Mali aussi, pour la cause malienne, pour que la tragédie que vit notre peuple soit connue. Ils ont payé le prix fort. Moi j’aurais voulu de tout mon cœur, de toute mon âme, que mon pays ne fut pas le lieu où la liste des martyrs de RFI s’allongerait, après Johanne Sutton, après Jean Hélène.


Ibrahim Boubacar Keïta sur RFI: les assassins des deux envoyés spéciaux de RFI «n’auront plus jamais la paix»
Vous avez dit que vous allez tout faire pour trouver les coupables. Il y aurait déjà eu des interpellations. Avez-vous des indices ? Avez-vous donné des instructions pour que l’on fasse totalement la lumière sur ces assassinats ?

J’ai été très clair. Toutes les forces maliennes sont mobilisées. Nos services de renseignement, nos troupes, tout le monde. Je crois que, en cela, je suis parfaitement en phase avec le président français. Nous nous sommes dit déterminés à faire tout pour que cette affaire soit éclaircie. Que ceux qui ont osé abattre froidement Ghislaine et Claude, où qu’ils se trouvent, sachent qu’ils n’auront plus jamais la paix.

Parmi les hypothèses, on parle de « sous-traitants », on parle d’al-Qaïda au Maghreb islamique, on parle du Mujao, on parle de bandes de criminels, sans privilégier une piste par rapport à une autre...

Vous comprendrez qu’en ce moment précis, je ne m’aventure dans aucune espèce de conjecture, je pense que nous sommes tous encore sous le choc. Mais les équipes sont au travail et vous comprendrez tous que je ne puisse partager quoi que ce soit de sensible à l’heure où nous sommes.

Rien sur l’identité, mais peut être sur le profil des personnes arrêtées, sinon des ravisseurs ?

Même pas.

La justice française a envoyé des enquêteurs à Bamako. Le Mali a ouvert ce lundi une enquête judiciaire. Y aura-t-il une coopération judiciaire entre les deux pays ? Que va-t-il se passer ? Allez-vous mobiliser des fonds pour accélérer ce processus d’enquête, Monsieur le président ?

Nous ferons tout ce qu’il faudra faire, quoi qu’il en coûte. Nous le ferons pour que cette affaire soit éclaircie. Nous avons dit que nous mettrons tous les moyens, et quand je dis, je fais. Je ne prends pas l’évènement à la légère. Cette affaire est suffisamment grave pour qu’aucun de nous ne s’avise de manquer à quelque engagement que ce soit. Si on le dit, nous le ferons. Et je me ravi de l’arrivée du magistrat français. Il y a une coopération judiciaire entre la France et le Mali, et elle sera totalement mise en œuvre.

Vous avez dit quelque chose de très émouvant, vous avez dit : « RFI, au Mali, n’a pas d’auditeur. Nous sommes de la famille RFI »...

Nous tous. Nous commençons d’abord par connaître la voix. Et après, nous vous situons par le visage. Et cela, au-delà des interviews, crée une relation presque de fraternité. Et quand l’un d’entre vous s’en va dans de telles conditions, c’est révoltant, c’est un des nôtres qui est parti ! C’est un frère qui est parti, ou une sœur, et cela, je le dis très profondément.
 
 

Rfi.fr

Mardi 5 Novembre 2013 - 12:11



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