Il remporté sa plus grande victoire contre le cancer : Eric Abidal, plus qu’un footballeur, un survivant

L’ancien international a remporté sa plus grande victoire contre le cancer. Elle lui vaut un statut particulier, une aura qui dépasse largement celle d’un joueur à la carrière pourtant irréprochable.



Il remporté sa plus grande victoire contre le cancer : Eric Abidal, plus qu’un footballeur, un survivant
 
Trois titres de champion de France, quatre titres de champion d’Espagne, deux Ligues des Champions, 67 sélections avec les Bleus : la carrière d’Eric Abidal a tout pour nourrir les rêves des jeunes footballeurs. Tout, à une petite tache près. Celle qu’une échographie du foie a révélée, en 2011, lors d’un contrôle médical de routine. «Il y a une image qu’on n’aime pas trop», lui dit-on. Quelques heures plus tard, un médecin lui confirme le diagnostic. «Eric, tu as un cancer.» Quatre ans plus tard, il est toujours là. En bonne santé. Fraîchement retraité des terrains mais beaucoup de projets en tête, dont celui de développer la fondation qui porte son nom. «Ce que le cancer m’a enlevé ? Rien. Au contraire : il m’a beaucoup apporté.» A commencer par une aura toute particulière qui dépasse celle du footballeur lambda. Dans les esprits, il reste comme le joueur qui a vaincu la maladie bien plus que Manchester United ou le Brésil. Cela lui vaut une admiration unanime, des stars qui l’ont côtoyé aux supporters.
A 36 ans, le miraculé dégage une tranquillité absolue. Il parle à voix basse, choisit soigneusement ses mots. Sa maladie a dopé sa générosité et lui a appris à relativiser, dit-il. Cela vaut pour les petits tracas du quotidien («Aujourd’hui, j’ai le temps dans les embouteillages»), comme pour les regards qu’il jette sur sa carrière de footballeur : ses succès sont ceux d’une équipe, ses moments difficiles, des expériences dont il dit avoir appris.
 
Toujours de retour
Avec ses clubs successifs, le joueur d’origine martiniquaise a tout gagné. Il a connu les grandes années de l’Olympique Lyonnais, entre 2004 et 2007, puis celles du Fc Barcelone, jusqu’en 2013. Il était là quand les Blaugrana ont remporté six titres en une saison parfaite. C’est en sélection qu’il a connu des moments plus difficiles. En 2006, quelques minutes après le fameux coup de boule de Zidane, la finale de la Coupe du monde se joue aux tirs au but. Abidal inscrit le sien, mais la France s’incline contre l’Italie. Quatre ans plus tard, il est un des acteurs de la grave crise des Bleus en Afrique du Sud. Il y a des mots, l’exclusion de Anelka, puis une grève. Il refuse de jouer le dernier match.
Mais son histoire, c’est surtout celle d’un homme qui a toujours su revenir. Après l’épisode qui restera dans l’histoire comme «le fiasco de Knysna», Laurent Blanc le rappelle en Equipe de France, au contraire d’autres. Bien des années auparavant, il avait quasiment enterré son rêve de gosse de faire une carrière de footballeur quand il a eu l’opportunité de signer son premier contrat pro. Surtout, alors qu’il évoluait à Barcelone, il a fait son retour au plus haut niveau après avoir vaincu son cancer. Deux fois.
 
Compagnon formidable
«Quand on m’a dit que j’avais une tumeur, ma femme s’est écroulée, se souvient-il. Moi, j’ai juste demandé quand on me l’enlevait. On m’a dit : la semaine prochaine. J’ai répondu que je n’allais pas attendre aussi longtemps.» Deux jours après, il était opéré. Moins de deux mois plus tard, il reprenait l’entraînement, à quatre semaines de la finale de la Ligue des Champions. Il sera aligné d’entrée. «Beaucoup de ceux qui subissent une ablation d’une partie du foie ne peuvent plus faire de sport, note-t-il. J’ai eu beaucoup de chance.» Une année plus tard, c’est la rechute. Il doit subir une greffe du foie. La rémission est plus longue. «A un moment, je pesais 58 kg pour 1m 85. J’ai dû reprendre du poids. Il a aussi fallu que la greffe prenne.» Le 16 avril 2013, 402 jours après son dernier match, il fait son retour avec la première équipe du Fc Barcelone.
Le parcours impressionne, l’homme fait l’unanimité. «C’est un compagnon formidable, il est très apprécié par le vestiaire et par les Catalans», déclarait son coéquipier Sergio Busquets en 2012. L’ancien international suisse Patrick Müller, qui l’a côtoyé à l’Olympique Lyonnais, n’est pas moins élogieux: «Je me souviens de quelqu’un qui arrivait le matin avec le sourire et qui ne le quittait pas de la journée. Il avait toujours le mot pour rire, c’est précieux dans un groupe. Je pense qu’il a laissé un excellent souvenir partout où il est passé.»
Au-delà des mots, les actes : en 2011, Carles Puyol, capitaine du Barça, lui offre le brassard en fin de rencontre et le privilège d’être le premier à soulever le trophée de la Ligue des Champions. En 2012, Dani Alves se propose comme donneur lorsque le Français a besoin d’une greffe. Ce dernier acceptera finalement le don de son propre cousin, soucieux de ne pas porter préjudice à la carrière du Brésilien. A la fin de la saison 2013, le Fc Barcelone ne lui soumet pas de nouveau contrat, mais un statut d’ambassadeur, qu’il décline ; il veut encore jouer au foot. Tous ses coéquipiers assistent à sa conférence de presse d’adieu. Dani Alves lui rend encore hommage en reprenant son numéro de maillot, le 22, la saison suivante.
 
Le choix du moment
Tous ces gestes en son honneur, Eric Abidal se les remémore sans fierté déplacée, sans orgueil. Leurs auteurs ont été «plus qu’humains», «plus que généreux». Des «plus que…» qui font écho au «Més que un club», le slogan du Barça. De fait, il y reste très attaché. Si Joan Laporta avait remporté l’élection présidentielle ce printemps, il en aurait été nommé directeur sportif, mais c’est Josep Maria Bartomeu qui a été élu. Tant pis ? «Ou tant mieux», sourit le Français, qui n’a pas le temps de s’ennuyer. Il a mis un terme à sa carrière en décembre dernier, après cinq mois dans l’équipe grecque d’Olympiakos, alors qu’il avait signé pour une année. «Je suis allé voir le président et je lui ai dit que je n’avais plus envie, que le football, ce n’était plus pour moi. J’ai été franc, comme toujours.» Eric Abidal a voulu choisir son moment. Pas question, après avoir terrassé un cancer, de prendre sa retraite sportive contraint par une blessure.

Le gamin de Saint-Genis-Laval, dans la région lyonnaise, était sur le point de devenir plâtrier-peintre. L’ancien footballeur se partage désormais entre le marketing de l’Olympiakos, pour honorer son contrat, un master en management et sa fondation, qui soutient des enfants atteints d’un cancer. A côté de ça, ce père de famille profite de passer du temps avec sa femme et ses trois enfants, à Barcelone, où il habite. Et puis, le lundi, il joue au futsal avec des amis. Quoi qu’il arrive, celui qui a fait sienne la passion de son père en usant les cassettes de Maradona revient toujours au ballon. 

Khadim FALL

Vendredi 6 Novembre 2015 - 15:15



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter